GRANULES

 

SOMMAIRE

 

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2005

 

1- Granule : «  petite pilule renfermant une quantité infime mais rigoureusement dosée d’une substance très active . » C’est pas moi qui le dis , c’est le Dictionnaire Larousse .

 

2- Je suis une plante d’intérieur , je ne fleuris que dans l’intimité .

 

3- Certains individus souffrent de déficience physique , d’autres , de déficience intellectuelle . Les racistes , malgré leur bonne santé physique et la normalité de leur intelligence , sont atteints de déficience culturelle grave .

 

4- Je prendrai mes médicaments jusqu’à ma dernière seconde . Je tiens à mourir en bonne santé .

 

5- Quand tu es là , je deviens tout à l’envers , je ne sais plus ce qui est à terre et ce qui est en l’air , car tout ressemble à un beau ciel bleu , couleur de tes yeux .

                       

6- Personne ne me fera croire que la vie puisse avoir un sens qui serait décidé d’en haut par un être surnaturel , si puissant qu’il fût . La vie n’a pas de sens en soi . Ma vie a le sens que je lui donne et rien d’autre .

 

7- Comment expliquer qu’un objet aussi stupide et inutile qu’une cravate soit devenu , dans le monde entier , l’emblème même de la respectabilité ? Un savant aussi éminent qu’Hubert Reeves risquerait de se voir refuser l’entrée d’un cercle huppé , s’il a le col en liberté , alors que le dernier des imbéciles pourrait y accéder pourvu qu’il portât une cravate .

 

8- Faut-il faire l’amour quand l’amour n’existe pas ?

 

9- L’enfant aux prises avec une forte adversité réagit selon ses forces et ses faiblesses . L’enfant fragile peut s’agripper toute sa vie à une enfance qui lui a toujours refusé le bonheur auquel il avait droit et ne jamais accéder à la vie adulte . Celui qui possède des forces exceptionnelles peut s'en servir pour quitter tout de suite cette enfance dénaturée pour se réfugier , de façon précoce , dans des modes de pensée et de vie adultes . Cela ne se fait pas sans risques , car il peut s’agir là d’une maturité de façade qui ne remplace en rien celle que procure la réelle et lente expérience de l’existence .

 

10- La musique de Beethoven contient , en germe , toute la musique à venir .

 

11- Il y a des hommes qui aiment UNE femme . C’est leur port d’attache et ils ne le quittent que brièvement que pour y revenir très vite . Il y a des hommes qui aiment LES femmes . Ils les collectionnent comme une quête incessante de renouveau , comme une recherche inassouvie de satisfaction personnelle . Il y a enfin un groupe restreint d’hommes qui aiment LA femme . Cet être un peu mythique , dont ils apprécient même les défauts , qu’ils idéalisent un peu mais dont ils retrouvent les traits essentiels chez à peu près toutes les femmes ,  réelles celles-là , qu’ils rencontrent . Ils peuvent bien vivre seuls  , mais ne se passeront jamais de ce monde féminin qu’ils aiment par dessus tout . Un de ceux-là a déjà dit : « J’aime tellement la femme que si j’étais femme je serais lesbienne . » .

 

12- Je n’écris pas des choses que d’autres peuvent dire , et mieux .

 

13- Quelle belle chose que le fantasme ! L’être le plus sérieux et le plus religieux de la terre peut se livrer aux pires débauches dans le secret de son imaginaire sans que personne n’en ait jamais le moindre soupçon . C’est comme le trésor de la caverne d’Ali Baba , dont lui seul possède le sésame de la porte d’entrée .

 

14- Quand l’hiver commence , il ne reste plus que trois mois pour qu’arrive le printemps .

 

15- Les retombées positives d’une guerre ne peuvent jamais justifier le coût humain considérable qu’elles exigent . Fallait-il absolument les batailles contre les sous-marins allemands pour bénéficier aujourd’hui des bienfaits de l’échographie ? Ou les ravages du napalm pour mettre au point les techniques modernes du traitement des grands brûlés ? Je fais le pari que non .

 

16- L’important , ce n’est pas d’être ensemble , mais d’être uni .

 

17- L’espagnol s’écrit comme il se prononce . L’anglais ne se prononce jamais comme il s’écrit . Le français se situe entre les deux . Plus proche de l’espagnol , il nous réserve souvent des surprises étonnantes . L’espagnol écrirait beau « b-o » , et l’anglais le prononcerait « bou » . Malgré toutes ces divergences linguistiques , tout ce beau monde est toujours arrivé à se comprendre , ne serait-ce que pour se faire la guerre . « Messieurs les Anglais , tirez les premiers ! » .

 

18- Il y a quelques années , une dame de mes amies m’a demandé si j’avais un télécopieur au bureau . Voulant faire de l’esprit , j’ai répondu : « Qu’est-ce que tu veux que j’en fax ? Dans les jours qui ont suivi , au moins trois interlocuteurs téléphoniques m’ont posé la même question , car ils avaient l’intention de me faire parvenir tout de suite des documents importants . J’ai alors compris qu’une page de l’histoire technologique venait de tourner . Une grève aux Postes Canadiennes a ensuite ouvert la porte à l’utilisation généralisée de ce commode moyen de communication .

 

19- La santé est essentiellement une question d’équilibre entre un certain nombre de facteurs : la génétique , le mode de vie , les expériences de toutes sortes , les facteurs psychologiques , dont le principal est à mon avis le plaisir . Mais , quand bien même on réussirait à maintenir tous ces éléments à leur niveau optimal , il en resterait un que l’on ne pourra jamais contrôler : c’est la chance .

 

20- Faire du ski , moi ? Personne n’a jamais réussi à m’entraîner sur ces terrains glissants .

 

21- Il convient certes de bien surveiller son alimentation et de bien choisir les produits que l’on consomme . De là à en faire une religion aux exigences implacables , voilà où en arrivent certains spécialistes de la question , du moins , les plus intransigeants .  Un de ces ayatollahs n’a-t-il pas fortement conseillé le bannissement complet du vin rouge , malgré les bienfaits et l’innocuité d’une consommation très modérée . Pour qui connaît toute la splendeur de la civilisation du vin , dont les origines remontent aux lendemains de l’Arche de Noé , et qui étend ses ramifications dans divers domaines de la science , des lettres et de la musique , c’est faire là l’étalage d’une inculture absolument abyssale .

 

22- Je n’aime la neige qu’au printemps , quand elle fond .

 

23- Quand l’on mène une lutte acharnée aux OGM et que les compagnies productrices affolées cessent les recherches à leur sujet , on fait l’affaire des gens riches comme nous qui n’en veulent pas pour des raisons idéologiques et qui , de toutes façons , n’en ont pas vraiment besoin . On ne pense guère aux populations pauvres pour lesquelles les bienfaits de ces produits pourraient dépasser largement leurs hypothétiques effets nocifs . Imaginons un seul instant ce que signifieraient pour la prospérité ou simplement la survie de peuples sahariens des pommes de terre et des carottes géantes qui pousseraient dans les sables desséchés du désert !

 

24- La liberté est un bien que l’on tient à posséder , quitte à ne pas s’en servir .

 

25- Je me suis retrouvé , un soir de concert , attablé à côté d’un violoniste montréalais très connu à l’époque (les années 70) . Quand il a su ma profession , il s’est écrié : « Vous êtes chanceux ! Moi , j’ai toujours rêvé d’être psychiatre ! » . Je lui ai répondu : « Confidence pour confidence , moi , j’ai toujours rêvé d’être violoniste ! » . Comme quoi , malgré nos regrets , l’on est souvent le chanceux de quelqu’un d’autre .

 

26- Il y a des gens qui attendent le bonheur comme la terre sèche attend la pluie . Il y a des endroits au monde où la pluie ne vient jamais .

 

27- J’ai aidé des enfants à se débarrasser de leur peur du petit monstre caché en dessous de leur lit , en leur suggérant de s’en faire un ami . A l’un d’eux , j’avais conseillé de se pencher , une fois couché , et de dire à son « ami » : « Salut , petit monstre ! Passe une bonne nuit ! Veux-tu un verre d’eau ? » . Il en a ri pendant des années . J’espère qu’aujourd’hui il en rit encore et qu’il affronte de la même façon ses grandes peurs d’adulte .

 

28- L’enfer , ce serait d’être mort et de le savoir . Imaginez la déception d’un pape qui se rendrait compte , au moment de son décès , que tout ce auquel il a cru durant toute sa vie n’existe pas ! Je préfère pour lui qu’il ne le sache jamais .

 

29- Quelqu’un a écrit que si Einstein enfant avait reçu du Ritalin , le monde aurait été privé de l’un de ses plus grands savants . Il n’y a rien qui me fasse penser qu’Einstein a souffert de déficit d’attention . Je ne vois pas comment , en plus , une médication stimulante pourrait supprimer le génie . Et cette assertion eût-elle été vraie , pour un savant de perdu , combien de millions de jeunes ont pu , grâce à une médication appropriée , devenir des adultes responsables , socialement intégrés , autonomes et stables , au lieu de vivre en parasites , drogués , sans amis , s’ils ne sont pas en prison ou décédés de mort violente .

 

30- En français , et dans bien d’autres langues , le masculin l’emporte sur le féminin . Une femme ne peut donc occuper le haut du pavé que si elle est seule?

 

31- Dans l’ancienne langue grecque , le mot « pharmakon » désignait à la fois un médicament et un poison . Il a donné naissance au mot français pharmacie .

 

32- Je préfère ne pas connaître quelqu’un que ne pas l’aimer , l’ignorer que le détester , en être loin que m’en méfier .

 

33- Les termes français issus de l’ancien grec ne gardent pas toujours , loin s’en faut , leur signification d’origine . Autrefois , le mot « turannos » désignait tout simplement un chef. Certains « turannoi » ont même été d’excellents chefs d’état , qui sont allés jusqu’à protéger la population pauvre contre une aristocratie avide et dévorante . D’autres sont devenus ce que nous appelons maintenant des tyrans , consacrant pour toujours le sens péjoratif de ce mot . Un autre exemple ? Je n’ose évoquer l’effroyable dénaturation qu’on a fait subir au mot pédophilie , qui vient de « païdos » , enfant , et de « philein » , aimer . A I M E R !!!

 

34- Il y a des moments où je pense que je suis mon meilleur interlocuteur . Celui qui me comprend toujours , sans explication supplémentaire et superflue .

 

35- Déjà enfant , j’ai été frappé par la fugacité de certaines rencontres entre des personnes humaines qui , dans des circonstances favorables , auraient pu se connaître , se comprendre m même s’aimer , mais à qui la vie n’a jamais donné le temps où la chance de le faire . Je m’étais promis que tôt ou tard j’écrirais un poème sur ce sujet . Puis , un jour , j’ai lu « A une passante » de Baudelaire et son merveilleux vers final :

                      « Ô toi que j’eusse aimée ! Ô toi qui le savais ! »

J’ai compris que c’était trop tard , que tout était dit et tellement bien que je n’avais plus qu’à m’incliner et à me taire .

 

36- Il y a dans la littérature française bien des phrases que j’eusse aimé avoir écrites !

 

37- La surprotection est l’un des pires services que l’on puisse rendre à un enfant . Se mettre au-devant de lui constamment soi disant pour lui éviter des souffrances inutiles lui fait croire qu’on pourra toujours le faire, ce qui est faux. Prendre des décisions à sa place sous prétexte de lui éviter des erreurs coûteuses l’empêche d’affronter la réalité et de se construire sa confiance en sa propre capacité de résoudre les problèmes au fur et à mesure qu’ils se présentent . On le met finalement dans cette déchirante alternative : ou bien rester toute sa vie dépendant d’une figure parentale qu’il aime ou se battre contre cette même personne pour enfin réussir à affirmer sa personnalité propre .

 

38- Moi , les compliments , je les prends et je les garde précieusement dans ma petite banque intérieure , pour les jours de disette morale .

 

39- A ma connaissance , Frantz Schubert est le seul compositeur des époques classique et romantique à n’avoir jamais écrit de variations sur un thème provenant de quelqu’un d’autre . Il n’en avait pas besoin . Il avait lui-même tellement de chansons dans son havresac qu’il n’avait qu’à y plonger pour en sortir un thème ravissant et le varier à sa fantaisie . Comme disait aux enfants du camp musical de Lanaudière le Révérend Père Fernand Lindsay : « Qu’est-ce que ça fait , Schubert ? Ça chante , ça chante ! » .

 

40- Il y a , à travers le monde et dans toute l’histoire du monde , quelques rares individus sur le front desquels on pourrait écrire :  « Né pour donner » .

 

41- L’opéra est le seul spectacle dont on sorte dans un état proche de l’extase après avoir vu mourir la personne que l’on y a le plus aimée .

 

42- Un jour , en cours d’évaluation , le père d’un enfant de cinq ans m’a longuement expliqué qu’il emmenait son fils avec lui avec lui quand il bricolait , quand il allait magasiner , bref , qu’il s’en occupait beaucoup . Sans rien dire , je me suis levé et je suis allé m’asseoir auprès de l’enfant qui jouait en silence à l’autre coin de la salle . Je lui ai demandé ce qu’il faisait . Il m’a alors raconté toute une passionnante histoire de monstres et de bandits à faire frémir les plus braves des adultes . Quand je suis revenu près des parents , le père m’a dit : « J’ai compris . Je l’implique dans mes affaires mais je ne me suis jamais intéressé aux siennes . » . C’est bien important de parler à un enfant . Ça l’est tout autant de l’écouter .

 

43- La couleur des fleurs est le plus grand mensonge que la nature ait jamais inventé . Une fleur rouge ne l’est pas vraiment . Elle nous fait croire qu’elle l’est , en absorbant presque toutes les couleurs véhiculées par la lumière , et en nous renvoyant celle qu’elle veut bien nous montrer . C’est juste une question de pigment , semble-t-il .

 

44- Quand on a l’envie de faire quelque chose , on n’a souvent pas le temps et quand on a le temps , on n’en a plus envie .

 

45- Un jour , à mon bureau , un enfant a réalisé , avec mon aide , un  dessin à l’ordinateur . Quand il l’a vu imprimé , il s’est écrié : « c’est la première fois de ma vie que je fais quelque chose de beau . Je vais le montrer à ma mère . » . Il suffit parfois de peu pour remontrer d’un cran dans sa propre estime de soi .

 

46- Certains termes du vieux français ont complètement disparu du vocabulaire et c’est bien dommage . D’aucuns sont restés dans le créole haïtien . Il serait bien temps de les récupérer . Un exemple : ce délicieux petit mot « mignonner » qui signifie donner de la tendresse à une personne qu’on aime .

 

47- La nature nous a donné de fort belles choses . Une puissante chute d’eau , un lever de soleil sur un fleuve irisé , un superbe étalon musclé , une rose aux pétales épanouis , une volée d’hirondelles printanières et que sais-je encore ? Je prétends , moi , que ce que la nature a fait de plus beau , c’est le corps de la femme .

 

48- Bon ! Je vais sûrement m’attirer de gros yeux pour ce que je viens d’écrire . Alors , j’efface tout et je recommence . La nature nous donné de bien charmantes choses . Une goutte de rosée qui perle  sur un pétale de rose , des canetons qui s’égayent sur l’eau somnolente , encore la volée d’hirondelles vers l’horizon épanoui et quoi encore ? Mais avez-vous rien vu d’aussi charmant qu’un enfant qui sourit , les bras tendus vers sa mère ?

 

49- Et si le génie n’était autre chose qu’un déséquilibre cérébral , dû à l’hypertrophie de certaines régions au prix du développement rudimentaire d’autres zones , tout aussi importantes ? Le phénomène des îlots de performance chez des enfants autistes est bien connu . Un exemple pourrait être celui d’Albert Einstein , probablement un autiste de haut niveau , doué de remarquables fonctions intellectuelles , mais dont la vie relationnelle et familiale a été une suit e de lamentables catastrophes .

 

50- Où a-t-on déniché que la pornographie était nécessairement dégradante , particulièrement pour les femmes ? De par son origine étymologique , le mot pornographie désigne simplement une description littéraire ou une exposition visuelle d’activités sexuelles . Il s’agit-là d’une forme de production artistique qui peut être bonne ou mauvaise , plaisante ou désagréable , à valeur éducatrice ou franchement immorale .

 

51- Je ne cesse de répéter aux enfants qui viennent me voir ma définition de la discipline de travail : faire ce qu’on a à faire , au moment où on doit le faire , même si cela ne nous tente pas de le faire . Ce qui me surprend , c’est qu’aucun d’entre ne m’ait encore traité de vieux radoteux .

 

52- Combien de pays sont devenus souverains depuis la fin de la deuxième guerre mondiale ? Personnellement , j’en ai compté quatre vingt trois . Et je ne suis sûr de ne pas en avoir échappé quelques uns au passage . Si l’on excepte quelques pays d’Asie et d’Afrique , écrasés pas le poids d’une misère ravageuse , ou de conflits politico-militaires meurtriers , en partie tributaires de l’héritage colonial , la plupart semblent s’en tirer très bien . Un exemple parmi les plus prestigieux : le Canada , tiens ! A quand le Québec et la Palestine ?

 

53- Même si la Fête des Mères est surtout celle des restaurants et des fleuristes , il reste que c’est une excellente occasion que nous avons , nous les hommes , pour vous dire , à vous les mamans , toute notre gratitude et toute notre admiration pour cet acte que vous seules êtes capables d’accomplir : garder en vie au plus profond de vous-mêmes , durant de longs mois , un être humain , nous d’abord , nos enfants ensuite .

 

54- L’immense capacité d’adaptation de l’enfant lui permet souvent , dans des conditions de vie difficiles , d’aller chercher ailleurs ce qu’il ne trouve pas dans sa propre famille .

 

55- Tout juste avant ma mort , je me désolerai de tout ce que je n’aurai pas eu le temps d’apprendre .

 

56- Il paraît que le chant des oiseaux , si délicieux soit-il , n’est en fait que des cris de guerre destinés à éloigner leurs ennemis de leur territoire . Celui de la tourterelle triste m’a toujours semblé être l’expression d’un incurable sentiment d’impuissance et de détresse.

 

57- Au bureau , quand je joue à des jeux comme Sorry ou Jour de Paye avec mes enfants , de façon immanquable , c’est toujours moi qui perds . Allez savoir pourquoi ! C’est vrai que je leur refile des petits trucs qui leur sont bien utiles . C’est vrai que je les invite à mieux observer leur jeu quand je les vois faire une erreur . De là à perdre de façon aussi régulière et systématique ! C’est vraiment pas drôle ! On a tout de même sa fierté !

 

58- Quelle tristesse alanguie que celle d’un dimanche pluvieux !

 

59 Le 20 mai dernier , les seuls qui fêtaient la défaite du Oui étaient ceux qui avaient perdu . Les autres se terraient , en silence , certains peut-être accablés de honte et de regret d’avoir gagné .

 

60- Tout choix comporte un sacrifice .

 

61- En Haïti , il y a un principe culinaire qui dit que c’est dans la graisse de cochon que l’on cuit le cochon . Du point de vue du nutritionnisme moderne , c’est une aberration pure et simple . Sur le plan du plaisir de la dégustation , un bon grillot de cochon , assaisonné d’une sauce Ti-Malice , au citron et au piment fort , est un délice digne des dieux de l’Olympe vaudou , si tant est qu’il existe . Y a-t-il un moyen de concilier ce délectable plaisir avec les exigences de notre précieuse santé ?

 

62- Les crises de certains enfants s’expliquent , bien sûr , par leur propre fragilité émotive , mais aussi par l’incapacité de l’entourage , familial ou scolaire , à créer des conditions propices à l’apaisement de la tempête naissante avant qu’elle ne devienne un ouragan dévastateur .

 

63- Il y a un principe du Droit Canon qui dit : « Summum jus , summa injuria » . Traduction personnelle : le droit poussé à l’extrême aboutit à l’injustice . Une excellente illustration de ce principe n’est-elle pas la création de l’État d’Israël en 1948 , surtout de la façon dont cela a été fait , avec les conséquences que l’on connaît maintenant , et qui auraient pu être facilement évitées ?

 

64- On me dira ce qu’on voudra de la course automobile , je n’arriverai jamais à m’intéresser à un « sport » où la machine est plus importante que l’athlète lui-même . C’est comme si le succès d’un joueur de tennis dépendait en majeure partie de sa raquette électronique commandée par ordinateur .

 

65- J’ai déjà sermonné un père qui , pour une peccadille , avait décidé de priver son fils de bicyclette pendant tout le mois de juin ! Après une semaine , le garçonnet ne se souvenait même plus de la raison de sa punition , tellement disproportionnée qu’elle en devenait , non seulement inutile , mais franchement nuisible .

 

66- Il y a des moments ou il faut souffrir pour être bien . Par exemple , quand on doit installer ses deux climatiseurs chez soi , alors que la température , humidex aidant , dépasse les 40 degrés Celsius !

 

67- Le plus important , quand un jeune se rend coupable d’un quelconque écart de conduite , ce n’est pas de le punir , c’est de l’obliger à réfléchir .Un jour , un de mes ados s’est vanté que , le dimanche d’avant , ses amis et lui s’étaient amusés à dessouffler les pneus d’un camion stationné à l’écart dans un terrain de stationnement à peu près désert .Je lui ai simplement demandé : « Dis-moi ce qu’il y a là de bien intelligent que n’importe quel débile ne pourrait pas faire ? » . Il n’a pas répondu . Mais , à la prochaine rencontre , il m’a avoué en avoir parlé à ses amis .

 

68- Il faut se méfier des termes en « iste » qui comportent une idée de fixation et d’exclusivité . Un exhibitionniste n’est pas simplement quelqu’un qui aime montrer son corps nu , mais dont la sexualité est tout entière centrée autour de ce comportement , qui en devient un élément indispensable . On peut facilement appliquer ce principe dans le domaine des idéologies politiques . Durant la guerre froide , on distinguait un vrai communiste d’un simple communisant .

 

69- A l’aube de mes dix-neuf ans , j’ai passé quelques jours de vacances dans une région de la campagne haïtienne où une compagnie minière américaine déterrait et envoyait par pleines cales de bateau vers les États Unis nos réserves de bauxite et probablement d’autres de nos richesses naturelles . Aux environs , la population paysanne pauvre , démunie , n’a jamais été jamais été aussi choyée : routes spacieuses et bien entretenues , pont suspendu sur la rivière en crue , clinique médicale gratuite … Je me suis dit que , dans certaines conditions de misère , même l’exploitation pouvait devenir un bienfait . Mais ce n’est qu’illusion . Arrive un jour où le bienfait disparaît . Seul demeure le vol .

 

70- Depuis que je n’ai plus que les trois-quarts d’un œil , j’ai beaucoup de difficultés à tuer une mouche . J’ai beau viser avec mon tue-mouches , je frappe toujours à côté . C’est pas drôle du tout et j’en ai honte . Quant aux mouches , s’il y en a qui sont mortes , c’est sûrement de rire .

 

71- Ah , la force des traditions en musique classique ! Récemment , un pianiste s’est fait varloper par Claude Gingras , critique musical de La Presse , parce qu’il a joué tout son récital au Festival de Lanaudière avec ses partitions devant lui . Cela n’est pas permis à un pianiste . Pourtant , les clavecinistes le font régulièrement , sans se faire réprimander , alors qu’ils jouent généralement des pièces bien moins complexes que certaines des formidables œuvres pianistiques des Beethoven , Brahms et Liszt . Pourquoi cette différence de traitement ? Serait-ce parce que le clavecin appartient à l’époque baroque , où la musique garde encore son visage communautaire et où le vedettariat des époques classique et romantique n’est pas encore né ? Je ne sais pas . Il me faudra me renseigner .

 

72- J’avais cinq ans . C’était ma première année d’école . À cette époque-là , il n’y avait pas encore de maternelle . Dès le premier jour , on commençait l’apprentissage de la lecture et de l’écriture . Un jour , en pleine récréation , la maîtresse est venue me demander si je voulais donner un coup de main à une élève qui avait beaucoup de difficultés à apprendre comment faire ses lettres . Je me suis assis près d’elle , je lui ai tenu la main , et , gentiment , patiemment , je l’ai aidée à faire ses a et ses o , ses b et ses d . Et moi , ce jour-là , j’ai dû découvrir ce que c’était que la relation d’aide .

 

73- La magie du « couper – coller » ! Cela me donne toujours l’impression de faire un vrai miracle , d’un simple petit geste . J’espère pour la jeune génération , pour laquelle ce genre d’opération constitue la routine quotidienne , qu’elle aura d’autres raisons de s’émerveiller .

 

74- Certains personnages historiques sont considérés par à peu près tout le monde comme des monstres sanguinaires , à juste titre d’ailleurs . On est pourtant étonnés d’apprendre que , dans l’intimité de leur foyer , ils offraient à leurs proches un visage tout à fait différent . J’ai déjà entendu à la télévision un des fils de Mussolini affirmer que ce dernier avait été un père doux , affectueux , même un peu bonasse , qui laissait à sa femme le soin de distribuer gifles et fessées à sa turbulente progéniture . Ce clivage de la personnalité , qui fait d’un être humain , de toute évidence sain d’esprit , une sorte de dieu Janus à deux visages , l’un de guerre , l’autre de paix , me paraît impossible à expliquer .

 

75- Quand on écrit , il est indispensable de garder du papier et des crayons partout à portée de la main . Sinon la belle idée ou le bout de phrase joliment tourné qui vous traversent  l’esprit , même en pleine nuit , risquent de disparaître à tout jamais si vous ne vous dépêchez de les inscrire quelque part , en lieu sûr de préférence .

 

76- Certains enfants très peu doués pour l’expression verbale spontanée se révèlent cependant excellents élèves en art dramatique . De la même façon , de bons acteurs semblent n’avoir rien à dire quand ils ne récitent pas un texte . Comme s’ils n’étaient capables de s’exprimer que lorsqu’ils rentraient dans la peau d’un autre personnage et qu’ils pouvaient se mettre dans la bouche les mots de quelqu’un d’autre .

 

77- On peut se parler à soi-même , se livrer à de la production artistique et littéraire , bricoler dans son environnement immédiat , savourer de la belle musique sans personne autour de soi . On peut même s’abandonner à des plaisirs sexuels en solitaire (ce que la sagesse populaire haïtienne appelle : « Dieu seul me voit ») . Il est une chose qu’il est impossible de faire tout seul : c’est de donner de la tendresse physique à une personne que l’on aime .

 

78- Une de mes adolescentes m’a dit qu’elle paniquait rien qu’à l’idée qu’elle pourrait avoir peur dans l’autobus scolaire . Je lui ai montré à quel point elle créait ainsi les conditions de stress favorables à l’apparition d’une crise d’angoisse , avec cette peur d’avoir peur . Je lui ai suggéré de dramatiser la situation , de « niaiser » en quelque sorte ses peurs, en se tenant un discours dans le style , très adolescent : « Pis ça! Y a rien là ! ¨Ca fait des années que je panique , je n’ai encore tué personne , et je suis encore vivante ! Alors , vive la panique et envoye fort ! » . La recette est simple : on ne peut avoir peur quand on rit , ne fût-ce que de soi-même .

 

79- Si la séduction n’existait pas , il faudrait l’inventer . En l’accompagnant , bien sûr , d’un strict mode d’emploi et de sévères mises en garde sur ses éventuels dangers .

 

80- J’ai revu , vers 16 ou 17 ans , un adolescent que j’avais suivi à la fin du primaire et le début du secondaire pour un déficit d’attention et des difficultés d’apprentissage . Il venait d’apprendre à sa mère qu’il était homosexuel et cette dernière , paniquée , me l’avait renvoyé pour que je le traite . Je n’en ai rien fait , évidemment . J’ai été cependant étonné de constater que ce jeune , tout à fait sûr de lui , était déjà en sixième année et même avant , parfaitement conscient de son orientation sexuelle et l’avait pleinement assumée . « Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé à l’époque ? » , lui ai-je demandé . Réponse : « Ce n’était pas un problème pour moi , et cela ne l’est toujours pas ! » . Ah ! Bravo !

 

81- Ce que je fais de bon de ma vie ? Je lis (un peu) , j’écris , je me promène avec mon gros tricycle , je parle avec des enfants , des ados et parfois leurs mamans , j’écoute de la belle et grande musique et , quand je n’ai plus rien à faire , je fantasme .

 

82- Certains enfants ont un talent brut , comme du diamant qui n’a pas encore été taillé . Bien des diamants malheureusement ne le sont jamais .

 

83- J’ai déjà donné , je crois , une définition qui se voulait objective de la pornographie . L’érotisme , c’est bien autre  chose et ne peut appartenir qu’au domaine de la subjectivité . Quelque chose ne peut être érotique que pour quelqu’un en particulier , dans la mesure où il déclenche chez cette personne une réaction de nature sexuelle . On peut trouver bien des exemples dans la diversité culturelle des peuples , aussi bien que dans les différentes orientations sexuelles particulières à l’intérieur d’une même société .

 

84- Il y a des gens qui passent leur vie à courir vers l’impossible , et en oublient de jouir de ce que la vie met à leur disposition .

 

85- Quand j’avais besoin d’un coup de main de mon fils adolescent , je lui disais : « Viens aider ton vieux père ! » . Cela marchait toujours . Il y avait cependant quelque chose qui l’étonnait et il a fini par me le dire :  « Quand mes amies viennent à la maison , subitement tu as 18 ans ! » .

 

86- L’essentiel , dans la vie , ce n’est pas comment ça va , mais où ça va . On peut aller très bien , mais tout droit vers la catastrophe . Il est permis de cahoter et de zigzaguer , pourvu que ce soit dans la bonne direction .

 

 

2006

 

87- 1er. Janvier : Bonne et Fructueuse Année à vous tous, et le paradis à la fin de chacun de vos jours ! S’il vous plaît , amis Québécois , n’oubliez surtout pas de souhaiter une Bonne Fête Nationale à tous vos amis haïtiens . Ils ont bien besoin de ce petit réconfort, par les temps qui courent .

 

88- 2 Janvier : la Fête des Aïeux en Haïti , autrement dit , la grande fête de la Famille Haïtienne . Quand j'étais enfant , le 2 janvier , mon père réunissait autour d'une immense table tous les membres de la famille , tant du côté Benjamin que du côté Moreau . J'ai gardé un souvenir impérissable de ces rencontres . Je me disais alors qu'un jour c'est moi qui prendrais la relève et perpétuerais une aussi belle tradition . L'Histoire en a décidé autrement . Durant les années 70 , chacun des six frères et soeurs se trouvait dans une ville et presque dans un pays différent : la première à Port-au-Prince , le deuxième à Paris , la troisième à Dakar , la quatrième à Boston , le cinquième à New York , et moi , à Joliette , au Québec . Les choses n'ont guère changé . J'ai reçu  récemment un courriel de bons voeux d'une de mes nièces , rédigée en cinq langues . Diaspora oblige , certaines familles haïtiennes sont devenues de vraies multinationales essaimées un peu partout à travers le vaste monde . Difficile , dans ces conditions , de maintenir les vieilles traditions .

 

89- Que se passera-t-il de nouveau en 2006 ? Probablement pas grand chose . Bush sera encore là . Jean Charest aussi . A Ottawa , les élections ne changeront rien , à moins que les deux grands partis soient tellement à égalité que personne ne soit capable de former le gouvernement . Éventualité non souhaitable , car le Canada s'empresserait de faire porter le blâme par les Québécois et leur soixantaine de députés bloquistes . En Irak , certains vont continuer à faire la bombe , et les autres , à ne pas la trouver drôle . Petite lueur d'espoir en Palestine , une petite flamme d'allumette , fragile et vacillante . L'Union Européenne avance à petits pas , la Zlea marque le pas , l'Alena... ouais , bon . Et l'Afrique... Le Darfour , le Congo , la Côte d'Ivoire... La guerre des hommes , la misère des femmes et des enfants ... Non , vraiment , peu de changements en vue . Peut-être en médecine ? Des traitements génétiques , un vaccin , pas trop cher , contre le sida ? On peut en rêver .

 

90- Je n’ai jamais blâmé que moi pour mes erreurs. Il m’est déjà arrivé de me tromper en suivant les conseils de quelqu’un d’autre. Je n’en ai pas tenu rigueur à cette personne. Je me suis simplement reproché mon manque de jugement à son sujet.

 

 91- La musique de Mozart! Deux cent cinquante ans, et encore toute pimpante de jeunesse et de spontanéité! Au tournant de la vingtaine, j’ai dit à un de mes amis qui me vantait Mozart, alors que je ne jurais que par Beethoven : « Un enfant – génie est condamné à rester toute sa vie un génie – enfant ! ». C’est le genre de jugement définitif que l’on porte à vingt ans et que l’on tempère prudemment quelques décennies plus tard. J’ai appris depuis à apprécier chez Mozart l’expression de cette jeune maturité, en particulier son sens de la souffrance humaine qu’il nous révèle de façon discrète dans certaines œuvres comme le Quintette en sol mineur K. 516, mais aussi toute la fraîcheur et l’ingénuité qu’il a toujours gardées de ses premières années de composition.

 

 92- A tous les jeunes qui souffrent du syndrome de Gilles de la Tourette, je voudrais dire que bien des spécialistes très sérieux pensent que le grand Mozart lui-même était atteint de cette pathologie. Ce qui prouve qu’on peut faire de très belles et grandes choses, même si on grimace, qu’on toussote, que l’on contrôle mal ses impulsions et ses obsessions, et qu’on est un brin vulgaire.

 

 93- Il parait qu’à côté de gens dotés de pulsions sexuelles faibles, moyennes ou fortes il y a des asexuels complets pour lesquels le désir sexuel n’existe tout simplement pas. Certains se demandent, bien sûr, si cela est normal. Je ne sais absolument pas où peut se situer la normalité dans un domaine pareil. Je me demande même si elle n’est pas, plutôt que dans ce qu’on est et qu’on n’a pas le choix d’être, dans ce qu’on en fait, de nos pulsions, qu’elles soient fortes ou faibles. L’important est, je crois, dans la mesure où l’on parvient à exploiter les particularités de notre identité biopsychologique aux fins d’un épanouissement personnel accru et d’un plus large rayonnement social.

 

94- Un grand compositeur n’est pas nécessairement un chef de file, un promoteur d’école. Exemple, Richard Strauss qui, au début des années 40, écrivait de la musique comme il s’en faisait cinquante ans plus tôt. Mais surtout Jean-Sébastien Bach, dont le décès, en 1750, est considéré comme la fin de l’époque baroque et le début de du classicisme. Et pourtant l’influence de ce musicien au génie incomparable va se perpétuer jusqu’aux confins de l’histoire de la musique classique. Quand Bach écrit L’Art de la Fugue, vers la fin de sa vie, autour de lui, plus personne n’écrit de fugue de cette façon ou même n’écrit de fugue du tout. Il faudra l’arrivée de Beethoven pour redonner vraiment, avec sa Grande Fugue, ses titres de noblesse à ce genre d’une richesse et d’une complexité exceptionnelles. Mais tous ceux qui, après 1750, auront composé la moindre fuguette intercalée dans un mouvement d’une symphonie quelconque devront s’inspirer de façon étroite des lignes tracées par le Maître et lui adresser en silence une petite prière de reconnaissance.

 

95- Quand je fais la cour à une femme, quand je lui adresse un compliment pour sa beauté, son charme, son intelligence, ce n’est pas pour obtenir un quelconque avantage ou un bénéfice particulier. C’est essentiellement un hommage à cet être un peu mythique qu’est La Femme, qui, dès les temps les plus reculés, a symbolisé tout ce que l’être humain et, par extension, la civilisation humaine, pouvaient contenir de grâce, de douceur, de compréhension et de générosité, en même temps que de passion dévorante et discrètement belliqueuse. Le Féminin Sacré, diraient certains.

 

96- C’est bien beau de voir la lumière au bout du tunnel. Encore faut-il pouvoir s’en approcher.

 

97- Si toutes les nations dites sociologiques du monde possédaient les moyens dont dispose le Québec pour devenir une vraie nation au sens juridique du terme, c’est-à-dire souveraine, la plupart s’en seraient déjà servi, sans la moindre hésitation. Le Québec, lui, tergiverse. Pas étonnant que 67% des canadiens pensent qu’il n’est pas près d’accéder à un statut d’état indépendant. Pendant ce temps, le vaillant petit peuple palestinien croule sous les bombes assassines et ne peut que rêver du jour où il aura enfin son pays libre. Pourquoi ceux qui veulent ne peuvent pas alors que ceux qui pourraient n’en font rien? C’est injuste!

 

98- Un jour, tout ignorant que je soie de la chose horticole, j’ai planté deux petits lilas de chaque côté d’un charmant petit banc de pierre, dans l’espoir de créer là un petit coin tout à fait romantique. Quelques années plus tard, les lilas étaient devenus des monstres et le banc avait complètement disparu sous un enchevêtrement de branches. Il parait que les gens qui s’y connaissent parviennent sans difficulté à prévoir ce genre d'inconvénients.

 

99- Il est parfois tentant d’essayer d’imaginer ce que seraient certains pans particulièrement dramatiques de l’histoire du monde si tel évènement s’était déroulé de façon différente. Sur son lit de mort, quand on a demandé à Lénine de désigner son successeur, il a répondu : «Choisissez n’importe lequel d’entre vous, sauf Staline : c’est un fou ! ». C’était trop tard, Staline contrôlait déjà tout l’appareil du parti. Mais peut-on fantasmer sur ce qu’aurait été l’évolution de l’État soviétique et du mouvement communiste, donc du monde entier sous la gouverne d’un humaniste raffiné, et sain d'esprit,  comme Trotski ?

 

100- Déjà un an d’existence de ce site, cent Granules, quelques poèmes et commentaires, et un grand projet bien en chantier! Je mesure toute la chance et même le privilège que j’ai de pouvoir encore faire les choses que j’aime : écrire ce qui me plaît, accompagner de jeunes et même de très jeunes personnes dans l'accomplissement de leur projet de vie, et enfin écouter de la belle et noble musique. Bonne Fête, mon p’tit Maurice !

 

101- Quand on aime quelque chose, on fait attention à ne pas le détruire. Il en est ainsi de nos affaires personnelles  mais aussi de nos relations humaines.

 

102- Le 13 septembre 2006, un jeune homme de 25 ans pénètre armé dans un cégep de Montréal, y tue deux personnes et en blesse une dizaine. Grosse commotion dans tout le Québec, et avec raison. Pendant deux jours, les médias n’ont parlé que de ça. Le même jour, à Bagdad, un attentat suicide a tué environ vingt personnes et blessé une cinquantaine. Le lendemain, les journaux locaux n’y ont consacré qu’un entrefilet en troisième ou quatrième page. Là-bas, c’est devenu une simple façon de vivre. Ou de mourir.

 

103- Je suis la seule personne que je puisse critiquer et dont je puisse rire en toute sécurité.

 

104- Je n’ai pas voulu qu’on me souhaitât un Joyeux Noël. Parce que je suis athée. A-T-H-É-E! Et, malgré l’histoire et les apparences actuelles, Noël est encore une fête chrétienne. Pas non plus de Joyeux Hanoukka. Malgré mon nom d’origine biblique, je ne suis pas juif. Encore moins de Joyeux Solstice de vous-savez-quoi : je déteste l’hiver! Il faut absolument trouver un accommodement raisonnable à tout cela. Et si l’on se souhaitait à tous d’être joyeux, tout simplement, quelle que soit la raison? C’est ça, l’essentiel.

 

105- Nous cherchons tous des prétextes pour nous amuser. Fête de ci, festival de ça… Même moi, le mécréant, je profite de la veille de Noël pour écouter de la grande musique appropriés à la circonstance : l’Histoire de Noël, de Heinrich Schütz, la Messe de Minuit, de Marc Antoine Charpentier, l’Oratorio de Noël, de Jean-Sébastien Bach. Des pièces que je n’écoute jamais à aucun autre moment de l’année. C’est bien d’avoir de tels prétextes. Sinon, on risquerait bien de passer l’année et même plus sans nous amuser. On peut même emprunter les prétextes des autres. Si, au Québec, on profitait des fêtes nationales de tous les citoyens venus d’ailleurs pour chanter et danser dans les rues, on  aurait bien des jours à festoyer!

 

106- Je suis contre la peine de mort, même pour un tyran criminel, sanguinaire et dévastateur comme Saddam Hussein. Il est inacceptable qu'un état, dit de droit, qui bannit et réprime le meurtre, s'arroge le pouvoir d'enlever la vie à quelqu'un, même en punition de crimes les plus abjects.

 

2007

 

B O N N E   F Ê T E  N A T I O N A L E

 

à tous les Haïtiens, tant à ceux qui vivent dans un pays d'adoption, qu'à ceux qui sont restés dans cette belle Haïti encore tourmentée par l'insécurité. A nous tous ainsi qu'à certains peuples, afghan, irakien, palestinien et darfourien, qui , comme nous , mériteraient un peu de paix et un minimum de prospérité, je souhaite une

Bonne et Fructueuse Année 2007!  

 

108- Ah! Ce sentiment d'impuissance devant un problème informatique que l'on est incapable de résoudre! Vous l'avez vu, mon beau drapeau haïtien au granule 107, qui est censé flotter (eh oui, flotter!). Ne la cherchez pas, j'ignore totalement où il est passé. Même les spécialistes auxquels j'ai posé la question, ou bien s'enferment dans un silence prudent, ou bien me baragouinent un charabia tout à fait incompréhensible. Pour me consoler, j'essaie de m'imaginer ce qui doit se passer dans la tête de nos dirigeants politiques qui doivent absolument trouver une solution au problème de l'engorgement de nos urgences hospitalières.

 

109- «Je n'arrive pas à me motiver au travail», me dit un de mes ados, «je suis trop paresseux». Commence par te donner une stricte discipline de travail, lui ai-je répondu, une routine implacable, des heures réservées où tu fais les mêmes choses jour après jour, même si tu n'en as pas envie. Quand les résultats vont s'améliorer, la motivation va revenir. Et tu pourras te dire avec fierté: «Jamais on n'a vu un aussi grand paresseux travailler autant».

 

110- «Les citoyens ont toujours raison», a dit récemment une députée vaincue aux dernières élections. Ah oui? Les citoyens allemands qui ont élu Adolf Hitler en 1933, avaient-ils raison? Les américains qui, par deux fois, ont porté Georges W. Bush au pouvoir et se demandent maintenant comment se sortir de cette guerre insensée que leur gouvernement mène en Irak, avaient-ils raison? Que de gens votent pour des idées qu'ils sont incapables de définir! Quelques années plus tard, ils sortent dans la rue en scandant: «Je n'ai pas voté pour ça!». Bien sûr qu'ils ont voté pour ça. Seulement ils ne le savaient pas, car ils n'ont pas pris la peine de s'en informer avant de faire leur choix.

 

111- J'ai écrit à 16 ans des choses que je ne désavouerais pas aujourd'hui.

 

112- Quels sont les pays les plus susceptibles d'accéder à la pleine souveraineté au cours de la prochaine décennie? L'Écosse. Le Kosovo. Le Kurdistan, Peut-être même la Palestine. Le Québec? Rien n'est moins sûr. Il ne suffit pas d'avoir en main toutes les conditions socio-économiques et politiques indispensables à cette accession. Il faut aussi et surtout un état psychologique inébranlable basé sur des éléments tels la conviction et la volonté.

 

113- Un de mes ex-condisciples d'école primaire et secondaire m'a vertement tancé parce que j'avais employé le mot pétale au féminin. Vérification faite, il est vraiment masculin, malgré toutes les apparences. Mais mon Dictionnaire des difficultés de la langue française Larousse m'apprend que de grands écrivains comme Proust et Zola s'y sont également trompés. Je suis donc en excellente compagnie.

 

114- Un autre de mes ex-condisciples qui, lui, passe ses vieux jours au chaud soleil de Puerto Plata me signale que le mot granule n'est féminin que quand il désigne «une petite tache brillante, de forme polygonale, éphémère, observée sur la photosphère du soleil». On le savait tous, bien sûr. Mais on n'en parlait pas, bon!

 

115- Décidément, je suis surveillé de près, comme les joueurs vedettes d'une équipe sportive. C'est très flatteur et je ne m'en plains nullement.

 

116- A propos de sport, y a-t-il quelque chose de plus décevant, dans les compétitions internationales de hockey et de football, qu'une médaille d'argent? Même sa soeur cadette, celle de bronze, lui est, sur un plan strictement psychologique, infiniment supérieure. Car elle doit se mériter par une victoire à une confrontation entre deux équipes. La médaille d'argent, elle, n'est remise qu'à un perdant.

 

117- J'ai déjà écrit que Jean-Sébastien Bach, malgré son génie, n'était pas un fondateur d'école, mais qu'il fermait la marche et que sa mort, en 1750, signifiait la fin d'une longue et grandiose époque. C'est vrai. Mais il faut également signaler que ce sont certains de ses fils, en particulier Carl Philippe Emmanuel, qui ont opéré la transition entre cette période baroque que leur père avait portée à son apogée et l'époque classique qui verra l'éclosion et l'épanouissement d'autres génies tels Haydn et Mozart.

 

118- A l'époque préhistorique, les parents mouraient à environ vingt-cinq ans, trop jeunes pour avoir le temps de transmettre tout leur savoir à leur progéniture. Aujourd'hui, ils vivent assez vieux pour pouvoir apprendre des tas de choses de leurs enfants, voire de leurs petits-enfants.

 

119- Quand j'étais écolier, j'étais souvent affublé de sobriquets, à l'instar de tous mes camarades, d'ailleurs. Comme j'étais plus clair de peau que la majorité des autres élèves, je me faisais traiter de «ravette blanche», du nom d'un insecte ailé omniprésent en Haïti. Il est généralement de couleur brune, mais certains individus. probablement albinos, sont blancs, entièrement. J'éclatais de rire à chaque fois que l'on m'appelait ainsi. J'avais même développé une certaine sympathie pour cette inoffensive bestiole, surtout envers la minorité qui affichait aussi clairement, c'est le cas de le dire, sa différence.

 

120- Certaines guerres ne suscitent aucune ambiguïté dans mon esprit. Je les approuve ou les condamne. Si j'avais été un adulte français au début des années 40, j'aurais fait partie de la Résistance. Je préfère ne pas dire ce que je pense de la présence américaine et britannique en Irak, je risquerais de verser dans la plus abjecte vulgarité. Dans l'un et l'autre de ces cas, le choix est clair. Mais l'Afghanistan? On peut bien en approuver le principe et critiquer la manière dont elle est menée. Cela ne suffit pas pour étayer une conviction solide et supprimer tous les doutes. Tout ce que l'on souhaite, c'est qu'elle finisse au plus vite, sans que cela mette à nouveau en péril la liberté du peuple afghan.

 

121- Il y a des jeunes, enfants ou adolescents, à la personnalité extrêmement fragile, qui réagissent par une peur diffuse, envahissante, à la moindre exigence extérieure, comme s'il s'agit d'une menace considérable dont ils doivent absolument se protéger. Ce qu'ils font d'ailleurs en s'y opposant de façon systématique, d'où, bien sûr, des affrontements incessants avec leur entourage immédiat, familial et scolaire. Une médication sédative peut bien les aider à diminuer leur anxiété, mais cela ne suffit pas. Il faut les aider à prendre conscience de ce qui se passe en eux et et à faire face à leurs propres peurs en apprenant même à se rassurer eux-mêmes. Mais ça, il faut y mettre le temps.

 

122- La concision dans l'écriture! Dire le maximum avec le minimum possible de mots. J'ai appris cela très jeune d'un certain Jean de La Fontaine. Vous voulez parler d'un homme âgé qui plantait un arbre dans son son champ par une belle journée de printemps? Que de détails inutiles! «Un octogénaire plantait.». C'est tout! Quand j'étais résident en psychiatrie, un de mes superviseurs m'a reproché d'écrire des rapports trop succincts. «C'est pas des rapports de résident, c'est des rapports de patrons!», me disait-il, avec sévérité. Il y a des reproches qui équivalent à un compliment.

 

123- Je considère l'opéra de Richard Strauss, Der Rosenkavalier, comme un hymne à l'homosexualité féminine. A peu près tous les personnages masculins y sont minables, vulgaires, grossiers ou même franchement odieux, comme l'horrible Baron von Ochs. Un seul est infiniment sympathique, le jeune et bel Octavian, le Chevalier à la Rose lui-même. Mais voilà, il est interprété par une voix de soprano (ou plus exactement de mezzo-soprano). Ce qui permet au compositeur de nous offrir, dans le trio qu'il forme avec la magnanime Maréchale et la délicieuse jeune Sophie, l'une des plus belles pages de tout le répertoire lyrique. Comme si, pour Strauss, seule une voix de femme est capable d'exprimer l'amour dans toute sa pureté!

 

124- Je parle beaucoup de musique classique, hein! Je n'y peux rien, c'est la seule que je connaisse.

 

125- Un jour, dans un magasin d'informatique, j'ai été reçu par une toute jeune employée, blonde et jolie, mais timide et malhabile, qui manifestement faisait ses premiers pas dans le métier. Je l'ai revue quelques mois plus tard. Elle était devenue la gérante des lieux. Toujours aussi blonde et jolie, elle dirigeait les opération du magasin et les allées et venues de ses deux ou trois subalternes masculins avec une douce fermeté, une tranquille assurance et une indiscutable compétence. Voilà ce que peut faire l'expérience lorsqu'elle s'allie à l'intelligence, à la discipline et à la motivation. Quand, en prime, la beauté s'en mêle, on ne peut que s'incliner avec respect et admiration.

 

126- Quand on écrit, il faut accepter qu'à certains moments l'on n'ait rien à dire. Dans ces instants de disette, la meilleure attitude à prendre, c'est encore se taire.

 

127- Certaines personnes n'ont aucune chance dans la vie. D'autres en ont, mais ne la reconnaissent pas, ou , pour toutes sortes de raisons, ne la saisissent pas au moment où elle passe.

 

128- Nous sommes tous en deuil de Rostropovitch. Tous les amants de la grande musique ont aimé et admiré ce grand musicien, sûrement l'un des plus grands du siècle dernier. Tous ceux qui vénèrent la démocratie et la liberté ont salué et respecté son courage et sa détermination face à l'oppression stalinienne. Il n'y en aura plus des géants de cette stature avant très, très longtemps. Nous vivons une époque qui nivelle trop les sociétés pour en permettre l'éclosion, comme on aplanit une haie en coupant tout ce qui tend à la dépasser.

 

129- Quand l'amour nous envahit, il arrive même qu ce soit agréable d'être malheureux.

 

130- Il faut, dans la mesure du possible, tirer le maximum de tout ce qui nous arrive, des bonnes choses, bien sûr, mais aussi et surtout, de ces tuiles qui nous tombent sur la tête, au moment où on ne s'y attend pas du tout. 

 

131- Peut-on prétendre combattre le mal en commettant les mêmes crimes que nos ennemis ?

 

132- Le téléphone sonne. Une agréable voix féminine m’invite à m’abonner au journal La Presse. J’ai beau lui répondre que je lis La Presse chaque jour, elle insiste en faisant miroiter les économies que je réaliserais en étant abonné. Ma réponse : «Chère madame, je tiens à sortir chaque jour pour aller chercher mon journal au dépanneur. Cela me permet de prendre une marche, de l’air frais et de saluer mes voisins en passant.» J’aurais pu ajouter le plaisir que cela me procure d’échanger  avec mes dépanneurs chinois les quatre petites phrases que j’ai réussi à apprendre de leur langue. Et aussi conclure que la vie, c’est loin d’être une simple question d’économies.

 

133- Aucun dieu, si puissant soit-il, n’a le droit de brimer la liberté de qui que ce soit, même de ceux qui croient en lui.

 

134- Je serais incapable de me défendre contre une haine gratuite.

 

135- On a beau être préoccupé des dangers que représentent les changements climatiques, quand il fait 24 degrés dans la région de Montréal un 22 octobre, on se surprend à se réjouir du réchauffement de la planète. Quitte à se taper sur les doigts l’instant d’après.

 

136- Si on ne commettait jamais d’erreurs, on serait des robots tout à fait efficaces, mais parfaitement inintéressants.

 

2008

 

137-

Vous rappelez-vous mes péripéties avec mon drapeau haïtien du 1er. janvier 2007? Cette année, ça y est! Il est là, et il flotte. Même celui de l'an dernier a emboîté le pas. J'ai réus... Non, ce n'est pas moi. C'est Amélie qui a réussi. Amélie, ma nouvelle technicienne en ordi. Toute jeune et belle, intelligente, fraîche éclose de son cours d'informatique, d'une compétence à faire pâlir bien des plus vieux. Et un sourire à faire ruisseler en fines gouttelettes le coeur le plus rocailleux de la terre. En quelques clics, elle m'a tout arrangé cette affaire qui me paraissait si nébuleuse. Savez-vous? C'est le temps de citer un adage bien connu, mais avec une légère modification: «On a souvent besoin d'une plus petite que soi!». Merci, Amélie! Et vive Haïti! A tous, une

Bonne et Fructueuse Année 2008!

 

138- Quelle stupidité que cette discussion interminable autour d'un nous inclusif ou exclusif? Chaque personne fait partie d'un nombre incalculable de nous différents et chacun de ces nous exclut forcément un certain nombre de personnes qui n'en font pas partie. Si je dis: «nous, les haïtiens vivant au Québec», j'exclus ma voisine, malgré toute l'affection que j'éprouve envers elle. Quand je dis: «nous, les habitants de St. Eustache», je la récupère, elle, mais j'élimine l'immense majorité de mes amis haïtiens. Il n'y a pas de quoi polémiquer là-dessus. L'essentiel, c'est que personne ne soit jamais ostracisé d'un nous auquel il appartient de droit.

 

139- On affirme tous ne pas croire aux prédictions des astrologues. Et pourtant... L'un d'entre eux m'a certifié que cette nouvelle année m'enverrait sous peu un clin d'oeil de la chance par l'entremise de la loterie. Une semaine plus tard, je recevais de la Lotomatique un beau chèque avec la mirifique somme de... 2,00 dollars! On s'incline bien bas devant une pareille clairvoyance.

 

140- Il y a des moments où donner un simple conseil et manifester un peu de sympathie à quelqu'un devient un impératif qui obéit à la loi du devoir d'assistance à une personne en danger, ou tout au moins en détresse.

 

141- Comment doit se sentir à l'heure actuelle une femme noire américaine à l'aube des présentes élections présidentielles? Déchirée entre sa fidélité à son sexe et celle à sa race? Je n'aimerais pas avoir à trancher ce dilemme.

 

142- Un  de mes enfants semblait un jour, au cours d'une séance de thérapie, désespéré de ne pouvoir réussir un jeu vidéo à l'ordinateur. Tantôt il se traitait de tous les noms, il accusait soit le jeu soit la manette d'être mal faits. Après l'avoir bien observé, je lui ai fait remarquer qu'il lui arrivait souvent de déplacer tout le haut de son corps, alors que sa main, et par conséquent la manette, restaient immobiles. Je l'ai aidé à se livrer pendant quelques minutes à des exercices de manipulation de la manette, en le tenant fermement par les épaules. Cela a marché. Il en était fier de lui. Il a surtout appris qu'il ne servait à rien, devant ses insuccès, ni de se dénigrer, ni de blâmer quelqu'un d'autre. Ce qu'il fallait, c'était une bonne identification du problème suivie de mesures adéquates de solution.

 

143- Il y a dans l'amitié toute une complicité, lentement tissée au cours des ans, à travers les bons et les durs moments de l'existence, les longs entretiens comme les furtives confidences. Elle se teinte d'une discrète tendresse, mouille les yeux quand on se regarde, meuble même le silence d'échanges muets et d'indicible compréhension. Belle et fragile comme une vieille potiche chinoise, elle demande des soins d'une infinie délicatesse. Il est même souvent préférable de ne pas trop y toucher.

 

144- Bien des québécois francophones font jouer à l'équipe de hockey du Canadien de Montréal le rôle que les pays souverains réservent à leur équipe nationale. Cela s'appelle un ersatz, un produit de remplacement.

 

145- Il m'est probablement arrivé, tout au long de ces granules, de raconter deux fois la même anecdote, d'énoncer encore une vieille idée, d'émettre à nouveau une opinion déjà connue. Bref, de radoter. Cela n'est pas très important. Ce qui l'est, c'est que ce soit vrai, et bien dit.

 

146- J'ai déjà écrit quelque part les vers suivants:

Je veux m’offrir un jour de totale liberté ,

Où le rêve gambade, où le fantasme sautille ,

Où le plaisir jaillit comme un geyser irrésistible ,

Et s’essaime en chaudes et luminescentes gouttelettes .

Joli, hein! Mais il y a combien de personnes au monde, ou même juste au Québec, qui sont capables de s'offrir ce simple petit moment de fol abandon?

 

147- Certains peuples de l'Antiquité ont reçu  à l'époque moderne une étiquette tout à fait injustifiée, et leur nom a pris dans la langue courante une signification absolument négative. Ainsi les Vandales, d'origine germanique, qui ont traversé l'Europe centrale, la France et surtout l'Espagne, semant, dit-on, la désolation sur leur passage, saccageant et pillant églises et monastères, mais sûrement pas plus que les autres ostrogoths de leur époque. Ils ont finalement traversé la Méditerranée et fondé au Maghreb actuel un royaume qui fut d'une rutilante vitalité jusqu'à sa disparition en l'année 533. Pourtant leur nom est resté synonyme de destruction sauvage de lieux et d'objets sacrés. Pourquoi cette injustice? Vengeance de l'Église catholique pour leur appartenance à l'hérésie aryenne, le pillage de Rome et le meurtre de St - Augustin? Des peccadilles à cette époque où la propriété privée et la vie humaine avaient fort peu d'importance, même aux yeux de l'Église catholique!

 

148- L'intuition, c'est la capacité d'inventer la réalité. 

 

149- Il existe d'autres peuples au nom dénaturé. Celui des Ostrogoths déjà cités et des Béotiens évoque désormais la grossièreté, la sottise et l'ignorance. Ces peuples ont eu pourtant leur heure de gloire à leur époque respective, produit des personnages importants et laissé leur marque dans l'évolution de la civilisation humaine. Encore des erreurs de l'Histoire qui jamais ne pourront être réparées.

 

150- Je vais avoir 73 ans comme j'ai eu vingt ans. Avec le sourire. Et une belle confiance en la vie que rien ne pourra altérer.

 

151- Nos rêves et nos fantasmes nous permettent souvent de supporter des réalités que nous n'avons pas la possibilité de modifier. A condition, bien sûr, de les distinguer soigneusement les uns des autres.

 

152- Un de mes amis témoin de Jéhovah m'a déjà dit: «Dieu doit être triste parce que tu ne crois pas en lui.» Ce à quoi j'ai répondu: «Il ne peut pas être triste, il n'existe pas!». Bel exemple de ces échanges stériles qui ne mènent à rien car il ne s'agit pas de faits réels, mais de foi et de croyances absolument invérifiables.

 

153- Comment peut-on tenir tout un peuple dans l'ignorance totale des exactions que commettent ses dirigeants et de l'image négative qu'ils projettent de son pays dans le monde entier?

 

154- J'ai souvent dit à mes enfants: «Quand tu fais face à une situation difficile, ne te mets pas à dos la personne la plus susceptible de t'aider à la surmonter. Si tu ne comprends rien à ton problème de maths, ne va pas faire une crise à ta prof, car c'est elle qui peut te l'expliquer. Si ta petite soeur et ton petit frère te crée des ennuis, ne va pas crier des bêtises à ta mère, c'est elle qui peut l'envoyer dans sa chambre. Mets toutes les chances de ton côté et fais confiance à tes alliés naturels.».

 

155- Il n'y a pas de sot métier, bien sûr. Mais il y a souvent des façons tout à fait sottes de pratiquer son métier, quel qu'il soit.

 

156- Quand j'étais enfant, au tournant des années 30 et 40, il restait encore de ces vieux paysans haïtiens typiques, qui venaient parfois en ville, habillés du costume traditionnel en gros bleu, avec, en bandoulière, leur macoute, sorte de grande besace faite de paille tressée. On les appelait des tontons macoute, et on s'en servait pour faire peur aux enfants turbulents et désobéissants. Moi, je n'en ai jamais été effrayé car je les trouvais tellement sympathiques et, je m'en doutais déjà confusément, tellement évocateurs de notre vieux fond culturel national. Plus tard, ce terme a été donné aux sbires cruels et assassins du dictateur Duvalier. Malheureusement, c'est cette seule signification dévastatrice que retiendra l'Histoire.

 

157- Il est préférable d'avoir toute sa raison quand on décide de faire des folies.

 

158- Quoi qu’il arrive, après les prochaines élections présidentielles aux Etats-Unis, le peuple américain ne sera plus jamais le même. Il aura été obligé de se demander si, oui ou non, il était capable de vivre avec un président noir. Et beaucoup de ses citoyens auront répondu par l’affirmative. Les générations futures n’auront plus à se poser la question. Elles sauront désormais que c’est une éventualité tout à fait normale. Et elles voteront, non pour un noir ou un blanc, mais pour un être humain qui répond a leurs exigences.

 

159- Savez-vous qu'en notation musicale une blanche vaut toujours deux noires? Il est absolument inadmissible qu'en 2008 on utilise encore une affirmation aussi raciste. Nous devons exiger de l'Unesco un changement radical à ce sujet. Ce ne serait pas tellement difficile, d'ailleurs. Une simple modification de couleur suffirait: la noire deviendrait verte. Et, du même coup, on donnerait un nouveau nom à la blanche qui s'appellerait désormais mûre. On dirait donc, de façon savoureuse et poétique: une mûre vaut deux vertes! 

 

160- Il y a trente ans aujourd'hui, le 21 juillet 1978, à 5 heures de l'après-midi, j'écrasais ma dernière cigarette. J'avais fumé, de façon régulière et intensive, cigarettes, pipes et cigarillos durant un peu plus de 25 ans. Je n'ai plus jamais fumé depuis. J'ai mis en pratique ce précepte fondamental des Alcooliques Anonymes qui, même après des années d'arrêt, se disent des alcooliques sobres. Je me suis toujours considéré comme un fumeur qui ne fumait pas, mais qui était au courant de sa faiblesse et savait qu'une seule cigarette pouvait le plonger à nouveau dans cet inutile et coûteux esclavage.

 

161- Le préposé à la porte de l'enfer, de toutes les formes d'enfer devrait en fermer l'entrée aux enfants et sévir immédiatement à l'encontre de quiconque essaierait d'y introduire ne serait-ce qu'un seul d'entre eux.

 

162- Il y a des moments où j’aime bien passer pour un vieil imbécile qui n’a rien à dire mais qui a au moins l’intelligence de se taire.

 

163- Un jour d’adolescence, mon frère, deux de mes voisins et moi sommes partis dans les environs de Port-au-Prince pour visiter les vestiges d’un vieux fort historique qui avait vaillamment servi au cours de la guerre d’indépendance de 1803. Nous ne les avons jamais retrouvés. Sur le chemin du retour, les trois autres se plaignaient d’avoir fait tout ça pour rien. J’ai osé sortir un de mes adages préférés : Comme disait Cyrano, «C’est bien plus beau lorsque c’est inutile!». Je suis passé proche de recevoir une bonne raclée. Une chance que c’était tout de même mon frère et mes amis.

 

164- Il y a d’ici quelques millénaires, le gouvernement du peuple athénien a condamné à la peine de mort l’un des plus grands philosophes de toute la civilisation humaine, Socrate, pour avoir, disait-on, perverti la jeunesse. Erreur judiciaire? Oh que non! Un prétexte, tout simplement. On voulait le tuer et on l’a fait, peu en importait la raison.

 

165- Une veille de Noël déjà lointaine, je donnai en cadeau à Marie, l’une des nièces de ma conjointe de l’époque, un système de son de marque Sony. Sur la carte qui l’accompagnait, je lui gribouillai ce petit texte de présentation :
Je vous marie, Sony!……………………….Non!
Je vous sonie, Marie!...........................Encore moins!
Je vous salue, Marie!...........................Oui, mais ça n’a rien à voir!
Sonni soit qui mal y pense!.................Quelle banalité!
Une Annonce (de Sony, bien sûr) faite à Marie!...Tiens! Pas bête!


 

166- Quand j’étais écolier, en Haïti, il y avait une journée de l’année consacrée à la Fête de l’Arbre. Ce jour-là (j'en ai malheureusement oublié la date), on nous emmenait tous quelque part à la campagne, et, après un petit laïus très instructif d’un délégué du Ministère de l’Agriculture sur l’importance du reboisement, par groupes de quatre, on plantait religieusement un petit arbre. Cela n’a pas duré longtemps, comme à peu près tout ce qui se faisait de bien dans ce pays. Et aujourd’hui, une soixantaine d’années plus tard, les ravages de la déforestation se révèlent dans toute leur désastreuse ampleur au passage des derniers ouragans.

 

167- En musique classique, il y a des bizarreries linguistiques qui défient la logique et résistent à l'épreuve du temps. Ainsi, le mot soprano, qui désigne la voix féminine la plus aiguë, est toujours officiellement du genre masculin, même si, actuellement, l'usage courant permet de dire une soprano. Par contre, ce monsieur à la voix très profonde s'appelle le plus sérieusement du monde une basse. Et que dire de la flûte traversière qui, depuis le début du 19ème. siècle, est fabriquée en laiton, comme les cuivres, mais qui continue encore à faire partie de la famille des bois.

 

168- Si l'on n'écoutait que les déceptions qui ponctuent tant l'histoire d'une vie que celle des peuples, l'on perdrait vite tout espoir d'un avenir plus clair. Mais, de tous les temps, des nuages se sont accumulés, des tempêtes ont tout dévasté ou presque. Et pourtant, la Terre est encore là, partout la Vie a refleuri et l'Humanité n'a cessé de progresser.

 

169- On m'a raconté jadis, j'étais encore bien jeune, la curieuse histoire du Mensonge et de la Vérité. Un jour, le Mensonge a dérobé les vêtements de la Vérité et s'en est paré, cachant ainsi son identité sous les apparences de la Vérité. La Vérité, elle, a refusé de revêtir les habits que le Mensonge lui avait laissés et, depuis, n'a eu d'autre choix que de se promener, partout et toujours, entièrement nue.

 

170- Les Américains viennent d'élire Monsieur Obama à la présidence de leur pays. Les Québécois, eux, devront-ils se résigner à élire Monsieur ou Madame «Aux Bas Mots» ?

 

171- Encore enfant, très enfant même, j'écoutais avec passion les quelques disques que possédait mon père. C'était, bien sûr, des 78 tours, faits en ébonite, donc extrêmement fragiles. Un jour, j'ai eu le malheur d'en échapper un, et il s'est brisé. Je l'ai montré à mon père et j'ai eu droit à de sévères remontrances. Mais ce n'est pas ça qui m'a fait mal. Je regardais les deux morceaux de ce disque que je tenais dans chaque main et je me disais avec désespoir qu'il ne chanterait plus jamais. Que cette ravissante musique que j'aimais tant, je l'avais tuée par ma négligence. J'ai pris depuis un soin jaloux de mes disques, même les vinyles et les compacts, pourtant incassables. J'avais trop peur qu'ils ne se tussent à tout jamais.

 

172- Y a-t-il rien de plus humiliant que de se retrouver étendu de tout son long, en pleine rue, sur une surface glacée? On a beau se remonter le moral en se disant que le printemps, c'est juste dans trois mois, on a le sentiment d'avoir laissé sur le sol une bonne partie de sa dignité.

 

173- Qu'eût pensé Karl Marx s'il était encore vivant et qu'il pouvait contempler d'une part la déconfiture actuelle du système capitaliste qu'il avait tant critiqué et de l'autre la disparition quasi-complète du communisme qu'il voulait instaurer et dont il attendait tant le salut de l'Humanité? Eût-il oscillé entre une exubérante jubilation pour le premier évènement et le désespoir le plus profond à la vue du deuxième? Il y a des circonstances où c'est bien préférable que l'on soit mort.

 

174- Le soir du 24 décembre, j'ai écouté, comme chaque année, Bing Crosby chanter Silent Night, Adeste Fideles, et autres White Christmas. Encore une fois, j'ai vu défiler devant moi toutes sortes de merveilleux souvenirs d'enfance. Je me suis demandé comment un vieil athée comme moi pouvait encore se laisser envoûter par la magie de cette fête à nulle autre pareille. Cela n'a rien à voir en fait avec une quelconque croyance religieuse. Le 25 décembre, c'est depuis toujours la Fête du Soleil, la Fête de la Clarté, y compris celle qui devrait illuminer nos coeurs et irradier nos rapports avec autrui. J'ai vu à la télévision le musulman Mahmoud Abbas, comme avant lui Arafat, assister à la Messe de Minuit, à l'Église de la Nativité à Bethléem. Le jour où l'on verra, assis à ses côtés, le Premier (ou la Première) Ministre d'Israël, et peut-être même le Chef du Hamas, ce jour-là sera aussi la Fête de la Paix, de la Franchise et de l'Amitié entre les hommes et entre les peuples.

 

2009

 


 

175- 1er.Janvier, Fête Nationale d'Haïti! J'avais l'intention de publier aujourd'hui même mon grand poème inspiré par la Symphonie du Destin, la 5ème., de Beethoven et intitulé «La Grandeur», dont la rédaction tire à sa toute fin. Ce n'est que partie remise. Mais, d'ores et déjà, je le dédie au Peuple Haïtien qui n'en finit pas de lutter contre un destin implacable et ravageur. Je lisais récemment dans l'édition Internet du journal Le Nouvelliste que des groupes de jeunes gonaïviens ont pris en mains, seuls, sans aide, la reconstruction de leur ville démolie et y travaillent avec acharnement. L'espoir est là! A eux et à nous tous, je souhaite une

Bonne et Fructueuse Année 2009!

 

!76- Si les fous et les criminels qui tirent les uns sur les autres dans la Bande de Gaza pouvaient arrêter de le faire, cela donnerait une chance à la vaillante jeunesse palestinienne de commencer à se construire un pays à la mesure de ses rêves et de ses capacités. C'est la grâce que je lui souhaite!

 

177- A partir du 21 janvier, une seule personne au monde aura le pouvoir de mettre fermement le poing sur la table et de dire, tant à Israël qu'au Hamas: «Ça suffit! Ce conflit a assez duré, peu importe  les causes historiques qui peuvent l'expliquer. Je ne suis ni d'un côté ni de l'autre, je suis du côté de l'Humanité. Et, tant que cette guerre meurtrière va continuer, c'est toute l'Humanité qui sera malade. Si vous ne voulez pas entendre la voix de la raison et conclure une paix durable, je suis prêt à prendre TOUS les moyens pour vous l'imposer.» Eh! Barack! M'as-tu entendu?

 

178- Il y a des hommes qui semblent descendre directement d’Homo erectus sans passer par homo sapiens. Ils ont reçu en héritage une bonne capacité d’érections, mais sont dénués de toute la sagesse qui devrait en diriger l’utilisation.

 

179- Moins on sait, plus on affirme. Plus on apprend, plus l’on mesure l’étendue de ce qu’on ignore et plus on se pose des questions, dont, malheureusement, on n’aura probablement pas le temps de connaître entièrement les réponses.

 

180- Il y a une trentaine d’années, propriétaire d’un petit chalet au fond des bois, du côté de St Charles de Mandeville, j’avais décidé de fermer la galerie extérieure avec de vieilles fenêtres, afin de pouvoir mieux en profiter les jours de pluie et de température fraîche. Bon bricoleur, j’ai entrepris et je poursuivais mon travail tout seul, quand sont arrivés deux vieux villageois, fort sympathiques d’ailleurs, qui avaient l’habitude de venir pêcher dans le lac. Ils ont ouvert de grands yeux en voyant mes réalisations. L’un d’eux s’est même écrié avec admiration : « Mais vous êtes un ouvrier! ». C’est l’un des plus beaux compliments que j’aie reçu de ma vie.

 

181- Quand on est enfant et que l’on doit endurer péniblement les premières petites frustrations que nous impose notre jeune existence, elle nous paraît bien dure, la vie. Plus tard, on se rend  compte que ce n’était là que le camp d’entraînement et que les vrais affrontements étaient encore à venir. Au fait, si l’on n’avait pas pleuré à deux ans, aurait-on pu faire face aux grandes épreuves de nos 20, 40 ou 60 ans?

 

182- Les imbéciles sont toujours dangereux quand on leur donne du pouvoir.

 

183- A la fin des années 70, je dirigeais, à l’hôpital où je travaillais, une équipe composée d’environ une douzaine de charmantes et compétentes jeunes personnes, en grande majorité du sexe féminin. Nous avions réussi à y établir un climat très chaleureux, quasi-fraternel. Un jour, en blague, je leur ai dit que j’aurais aimé être un patron craint. La réponse ne s’est pas fait attendre : un vaste éclat de rire moqueur, même gouailleur. Pour ajouter à la dérision, ces dames m’ont accolé le redoutable surnom de Momo La Terreur. Il y a de ces choses que l’on ne peut même pas penser à réaliser dans sa vie. Elles ne sont vraiment pas faites pour nous.

 

184- C’est vrai que le ridicule ne tue pas. Mais il ne faut pas essayer de trop en profiter, car, alors, il peut faire très mal.

 

185- Que des gens soient en faveur ou contre les grands enjeux sociaux, politiques ou moraux, c’est tout à fait normal. Là où cela devient extrêmement inquiétant, c’est quand tous ces débats se butent de la part d’une grande partie d’une population à la plus totale indifférence.

 

186- Le plus grand arbre au monde n’eût jamais, s’il n’avait eu ses racines solidement ancrées dans un sol fertile, réussi à se hausser la tête aux confins du ciel.

 

187- Jeune résident en pédiatrie en Haïti au début des années soixante, j’avais la responsabilité d’une salle remplie de cas graves de nourrissons atteints de tétanos ombilical. Avec la pauvreté des moyens dont nous disposions, ils en mouraient pratiquement tous. Grâce à un travail inlassable, les infirmières et moi avions réussi à en sauver un, le premier. On en pleurait, on s’embrassait tellement on était heureux et fiers. Un an après, ce jeune garçon m’est arrivé un soir en urgence, dans un état de déshydratation extrême causé par une gastro-entérite mal traitée, et il en est mort. C’était comme survivre à un raz-de-marée et périr noyé dans un petit ruisseau normalement inoffensif. J’ai appelé tout cela depuis les maladies de la misère et de l’ignorance.

 

188- Il y a des souvenirs d’enfance qu’il vaut mieux ne pas revoir car le temps risque de les avoir considérablement rapetissés.

 

189- Jeune adulte, je ne cessais de professer mes convictions socialistes auprès de mes amis d’enfance. Un jour, l’un deux me dit : «Tu veux être peuple alors que le peuple, lui, n’a qu’un rêve, ne plus être peuple ». Y aurait-il donc en chacun de nous quelque pulsion qui le pousserait à être quelque chose d’autre que ce qu’il est vraiment?

 

190- Connaissez-vous César Franck? Probablement pas. C’est un compositeur du 19ème siècle, belge d’origine allemande, mais qui a passé toute sa vie à Paris. Très sérieux, même un peu austère, il est peu connu du grand public. Pourtant c’est, à mon avis, leu seul qui ait réussi de façon quasi-parfaite l’alliance entre l’intelligence française et la grandeur germanique. Il a d’ailleurs exercé une influence considérable sur les compositeurs qui l’ont suivi, entre autres, Claude Debussy.

 

191- On ne peut pas corriger une erreur par une autre encore plus grave que la première. C’est pourtant ce que font souvent nos politiciens et bon nombre de gens ordinaires, comme nous.

 

192- Toujours en Haïti au début des années soixante, un médecin noir américain de passage nous avait laissé, à nous nous , les résidents en pédiatrie, du matériel pour pratiquer l’électrophorèse de l’hémoglobine et ainsi diagnostiquer l’anémie falciforme, une maladie génétique exclusive à la race noire. Grâce à Laide de quelques étudiants, j’avais fait construire un meuble pour les abriter de façon fonctionnelle. J’avais fait l’installation électrique moi-même. Et cela a bien marché. Quelques mois après mon arrivée à Montréal, j’ai appris que tout notre matériel avait été vandalisé et complètement détruit par des inconnus. C’est ainsi dans ces pays soumis à de féroces dictatures. Les gens en place ne peuvent supporter le moindre progrès réalisé par d’autres, car cela devient une contestation évidente de l’inutilité et de la stérilité de leur pouvoir.

 

193- Il m’est souvent arrivé, dans ma grande naïveté, de prêter à certaines personnes des goûts et des qualités d’une grande élévation intellectuelle et morale qu’elles n’ont jamais eus et n’auront jamais, pour me rendre compte un " beau" jour, dans un réveil brutal, que tout cela n’existait que dans mes rêves les plus fous.

 

194- On est en train de découvrir, grâce à des documents longtemps gardés secrets par les successeurs de Freud, en particulier, des lettres de Freud lui-même adressées à un de ses amis, que toute la théorie psychanalytique n’est qu’une vaste supercherie,  basée sur le mensonge, l’invention de personnages fictifs, la falsification de faits cliniques. Quand on pense au nombre de personnes, parmi lesquelles d’éminents intellectuels, qui ont été dupées par un tel charlatanisme, et durant des décennies, on se surprend à douter de la capacité de jugement de l’intelligence humaine.

 

195- Rassurons-nous et répétons après Abraham Lincoln : « On peut tromper certaines personnes tout le temps. On peut tromper tout le monde un certain temps. On ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. ». Ouf!

 

196- Finies, les enveloppes brunes qui circulaient en cachette dans les hautes sphères des milieux politiques québécois! Désormais, elles seront bleues!

 

197- Quand on arrive à un certain âge, le plus important, ce n'est pas ce que l'on fait mais ce que l'on est. De toutes façons, plus ça va, moins on peut faire des choses que l'on a tant faites durant son jeune âge, et même d'autres choses que l'on s'était tant promis de faire quand on en aurait le temps. Tout ce qui nous reste, c'est d'être bien simplement ce que l'on est.

 

198-Je me suis toujours demandé quel était l'impact réel de ces historiettes et chansonnettes que l'on retrouve dans bien d'annonces commerciales. Pour ma part, qu'elles soient amusantes ou complètement stupides, j'ai toujours du mal à me rappeler le produit ou l'entreprise qu'elles sont destinées à promouvoir.

 

199- Je ne ferai pas de cachette. Parodiant Cyrano de Bergerac, je dirai que bien des robes ont passé dans ma vie. Mais jamais je n'ai considéré une de ces personnes comme des "conquêtes". Ce serait leur faire une inqualifiable injure. Je dois même avouer que la plupart du temps, c'est moi que je considérais comme "conquis", au sens très positif de ravi, émerveillé, séduit par cette représentante de ce personnage un peu mythique, paré à mes yeux de toutes sortes d'envoûtantes qualités, j'ai nommé LA FEMME.  

 

2010

 

 

 

200- 1er. Janvier 2010! Fête nationale d'Haïti.

2 janvier! Fête des Aïeux! La Fête par excellence de la Famille Haïtienne! Je dis ça chaque année. Mais c'est pour ça que c'est fait, les anniversaires. Pour nous rappeler, encore et toujours, ce qui doit être inoubliable.

Vive Haïti! Mais surtout, qu'Elle vive bien! Elle en a marre de vivoter. La souffrance n'est acceptable que quand elle est un ingrédient de progrès et d'épanouissement, jamais quand elle est agent de déchéance et d'enlisement.

À nous tous, une  BONNE et FRUCTUEUSE ANNÉE!

 

201- Bonne et fructueuse année! Quelle ironie de l'histoire! Qu'elle vive bien? Ce n'est pas demain la veille. Elle est en mode survie et pour longtemps. Encore une fois, le peuple haïtien a un rendez-vous avec ces petites grandeurs de tous les jours, qui réalisent de petits miracles insoupçonnés, mais se nourrissent de deuils et de souffrances.

 

202- Devant tant de misères, d'horreurs et d'injustices, on ne peut que se taire, car on ne dirait que des banalités. Comme invoquer des explications qui ne donnent que l'illusion d'expliquer, comme la malchance et, pire, le madichon. A moins d'être un savant sismologue, il vaut mieux se taire. Et agir. avec ses pauvres moyens. Tirer une main qui s'agite sous les décombres. Donner à boire à un enfant qui pleure. Ou, si l'on est loin, envoyer une poignée d'argent à Médecins Quelque Chose. C'est une goutte d'eau dans l'océan, bien sûr. Mais l'océan n'est autre chose qu'une myriade de gouttes d'eau qui s'additionnent, Que chacun y jette la sienne, ce sera mieux que rien.

 

203- Même les plus savantes des prédictions n'ont pas réussi à empêcher l'inévitable. Elles seront utiles au moment de la nécessaire reconstruction, quand il y aura des décisions importantes et probablement déchirantes à prendre. On ne peut que souhaiter qu'il y ait en place des gens capables de les prendre, de les expliquer et de les faire accepter. Ce n'est pas tout à fait évident. Regardez ce qui arrive à Barack.

 

204- Le meilleur et le pire se côtoient en Haïti, comme toujours, et comme partout ailleurs. D'un côté, des gens qui chantent en tapant des mains, de l'autre, des voyous qui pillent, machette à la main. Tout ce qu'on peut espérer, c'est que le meilleur gagne!

 

205- Avez-vous lu cette savoureuse histoire de cet homme, sauvé, après une semaine passée sous les décombres... par des voleurs!!! Mais quel délicieux clin d'oeil de cette belle et malicieuse vie qui oblige même des criminels à faire une bonne action, juste au moment où ils pensaient en commettre une bien vilaine! Ma parole, on dirait qu'elle s'amuse!

 

206- L'année 2010 a si mal commencé qu'elle ne peut que s'améliorer. C'est du moins ce qu'il faut espérer. Comme disait je ne sais plus qui (mon auteur préféré): "Le point le plus bas de la marée basse correspond au début de la marée haute". Si l'optimisme n'existe pas, je vais l'inventer.

 

207- On peut même rire et s'amuser, vous savez. Comme ces enfants qui vont jouer dans les ruines de ce qui fut il n'y a pas longtemps un bel et superbe hôtel. On exorcise l'horreur et on se met à rebâtir. La vie est cruelle. Mais l'Homme est Grand.

 

208- Dans les situations de crise majeure, un peuple a besoin d'un chef, d'un vrai, doté de bonnes qualités sur le plan technique et organisationnel certes, mais aussi d'un brin de démagogie, au sens étymologique du terme. Je rappelle que démagogie vient de deux mots grecs qui signifient tout simplement: Conduire le peuple.

 

209- Le malheur doit servir à quelque chose de bon, ne serait-ce que pour se faire pardonner. Pourrait-il arriver que les Dominicains, qui ont asséché le grand barrage de Péligre en détournant les cours d'eau qui l'alimentaient, privant ainsi les Haïtiens de cette indispensable électrification, reprennent ce projet, cette fois de concert avec leurs voisins, pour donner le courant à toute l'île? Que tous les dieux me pardonnent, je suis un incorrigible rêveur.

 

210- Faudra-t-il reconstruire Port-au-Prince en largeur, l'étaler sur toute la Plaine du Cul-de-Sac, interdire les kay chanm'ot (cases à chambre haute, ou maisons à étage), transformer la Croix des Bouquets en capitale administrative? Je n'aimerais pas être urbaniste, architecte ou géologue en Haïti par les temps qui courent, encore moins celui ou celle qui devra prendre les décisions finales, au risque de se faire reprocher d'ici 50 ans d'avoir commis l'une des plus magistrales erreurs de l'histoire de ce pays.

 

211- Quand on apprend la mort tragique de l'un de ses amis d'enfance, même si on ne l'a pas vu depuis plus d'un demi-siècle, les souvenirs se bousculent, viennent parader une dernière fois, comme pour faire un ultime tour de piste, puis disparaissent, happés par le trou noir de l'oubli, laissant derrière eux un grand vide et des traînées d'une souffrance blafarde qui ne sait même plus trop pourquoi elle est là...

 

212- La vengeance est le sentiment le plus stérile qui se puisse exister. Elle procure une impression de satisfaction fausse et malsaine, sans rien donner de véritable gratification. Quand je vois les victimes d'un filou se plaindre de la clémence du tribunal à son égard, je les comprends, mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il eût été plus rentable de le faire travailler, pratiquement sans rémunération, pendant dix, douze ou quinze ans, sous étroite surveillance et de remettre l'argent ainsi gagné aux personnes qu'il a spoliées. Cela aurait, entre  autres avantages, celui d'économiser toutes les sommes qu'on va dépenser à le nourrir en prison.

 

213- Un de mes amis m'a reproché d'avoir prôné une certaine démagogie, sous le couvert de son sens étymologique. J'insiste encore: à la toute origine, la signification de ce terme, comme celle de tyran, était sans tâche. Pisistrate, tyran d'Athènes (chef, roi, maire peut-être) aux environs des années 560 avant J.C., a défendu les classes populaires contre les abus de l'oligarchie aristocratique et introduit dans la ville de solides réformes démocratiques. Mais il a employé des méthodes de manipulation de l'opinion publique qui l'ont complètement discrédité. Après lui, la démagogie n'a plus été la même. En comparaison, la pédagogie, sa cousine proche, issue en partie de la même famille, a conservé intacte, à travers les âges, toute la noblesse de ses origines.

 

214- Si le nombre des indécis continue à augmenter, aux prochaines élections, ils pourront former un parti. Ils auront même des chances de prendre le pouvoir et de former le gouvernement. Il n'est pas sûr que l'on verra beaucoup de différences entre eux et les gouvernements actuels.

 

215- La génétique fait parfois des cadeaux tout à fait inattendus, peut-être pour se faire pardonner tous les méfaits dont elle nous accable si souvent. Ainsi cette jeune fille qui a reçu dans ses bagages héréditaires la brillance intellectuelle de son père et les agréables qualités morales de sa mère: sa douceur, sa bonté, sa gentillesse, sa générosité (sans oublier ses attrayantes rondeurs, mais ça, c'est une autre histoire). Imaginons un instant que ce fût le contraire, qu'elle ait hérité de la psychopathie paternelle et des sévères difficultés d'apprentissage de maman. Elle eût été un monstre.

 

216- L’amour s’infiltre parfois dans ma solitude comme une brise fraîche et légère qui survient à des moments où l’on ne l’attendait pas du tout. Je ne sais jamais d’où elle viendra. Insaisissable et impalpable, elle ne fait que passer et je ne peux la garder. Elle ne change rien à ma vie. Mais elle est apaisante, agréable et réconfortante. Et quand elle a disparu, tout en moi et tout autour de moi se sont imprégnés soudain de tendresse et de douceur. J'en ai bien des exemples ces jours-ci, à l'approche de mon retrait de la pratique active.

 

217- La solitude? Quelle solitude? Depuis que je suis enfant, j’ai pris l’habitude de me parler à moi-même, de me confier mes idées, mes espoirs, mes déceptions, mes fantasmes. Je ne suis jamais seul, car je suis toujours là, avec moi. Si un jour, vous me voyez rire tout seul, en pleine rue, n’alertez pas le 911. Je viens simplement de m’en raconter une bien bonne et bien drôle!

 

218- Il y a de ces personnes que l’on n’a jamais rencontrées, que l’on n’a connues que par la radio, le cinéma et la télévision mais qui nous ont tant marqués qu’on a l’impression qu’elles font partie de notre vie. Quand elles disparaissent, on croit perdre un grand frère, un vieil oncle, une amie très chère. La première fois que cela m’est arrivé, ce fut lors de l’enterrement, télévisé, de Fernandel. Il yen a eu d’autres par la suite, dans le domaine de la politique, et des arts. Cette semaine, c'est Maureen Forrester, la grande cantatrice montréalaise. Ce sera qui, demain? Je me suis d'ailleurs demandé, avec une pointe d'envie, s'il y aurait une personne, une seule au monde, qui, sans m'avoir jamais rencontré, se serait suffisamment repue de ces lignes, pour éprouver cette même impression, à l'annonce de ma disparition. Il est toujours permis de rêver.

 

219- Le talent assimile les règles et les applique à la perfection. Le génie les porte à leur plus haute expression, puis les fait éclater.

 

220- Quand on demande à un haïtien comment ça va, il répond : « Ça ne va pas plus mal ». Comme si c’était déjà entendu que les choses allaient mal et que l’essentiel, c’était d’éviter à tout prix qu’elles n’empirent.

 

221- Alors que j'étais jeune résident en pédiatrie, le patron nous posa une question particulièrement biscornue. Alors qu'on se grattait la tête, embarrassés de notre ignorance, une résidente, feignant l'oubli, s'est écriée: "J'ai la réponse dans mes notes". Et le patron de répondre d'un ton sévère: "Docteure, ce n'est pas dans vos notes qu'elle doit être, la réponse, mais dans votre tête!". Depuis, j'ai dilapidé mes notes et fortifié ma mémoire.

 

222- En ce 1er. Juillet 2010, je mets officiellement fin à mon activité professionnelle, après cinquante ans de vie médicale, presqu’en totalité consacrés aux enfants et adolescents. Je m’en vais avec une certaine fierté, bien sûr, devant le travail accompli, mais aussi avec un petit pincement au cœur. Il s’agit-là d’une œuvre qui ne finit jamais, et qui nous donne toujours l’impression d’être en deçà de tout ce que l’on aurait pu réaliser. C’est maintenant que j’aurais aimé commencer, mais avec tout ce que je sais, tout ce que j’ai appris, que j’ai accumulé, au fil des ans, de connaissances et d’expériences. Bien sûr, je n’eus rien changé dans l’orientation générale de mon travail. Que de petites choses eussent cependant été faites différemment, que de tâtonnements inutiles, que de pertes de temps, que de gaspillage d’énergie eussent été évités!  Mais, après tout, c’est peut-être à travers ces errements que j’ai pu apprendre ce que je sais et devenir ce que je suis.

 

223- Il m’est déjà arrivé d’être critiqué pour mon style très personnel, par moments marginal, pas très « professionnel » au goût de certains, en tous cas très différent de celui, conventionnel, des psychiatres cravatés et bien-pensants. Je devais bien m’y attendre. Les hors-normes finissent toujours par se faire ostraciser, quelque soit le bien qu’ils aient apporté à la société. Seule leur reste la reconnaissance de tous ceux et de toutes celles qui ont profité d’eux et de leurs mains ouvertes pour gravir quelques échelons dans leur épanouissement personnel. Et ça, ça vaut toutes les légions d'honneur du monde entier.

 

224- Durant ces deux dernières décennies, je me suis souvent dit que je ne vivais que pour les autres. Maintenant que ces autres, par la force des choses, sont pratiquement tous sortis de ma vie, j’ai un peu l’impression que je vais vivre pour rien.

 

225- Si l’on me demande qui furent les grandes compagnes de ma vie, je nommerai : la Générosité, la Créativité, la Vérité et la Beauté. Maintenant qu’achève ma vie professionnelle active, j’aurai bien moins d’occasion de donner de ma personne à qui en aura besoin. Il restera cependant la Disponibilité. Créatif je demeurerai, tant que mes cellules grises me permettront de mettre en mots et phrases les quelques pensées qui les assaillent. Quant à la Vérité, je continuerai à la traquer dans ses moindres retranchements, tout en déplorant de ne plus avoir personne à la transmettre. J’admirerai toujours la Beauté. Celle des formes et des couleurs, le temps que je pourrai encore le faire. Celle des sons et des rythmes, car la musique est et sera toujours là, tout au long de mes jours. Enfin,  celle du coeur, en particulier sous son expression la plus achevée, la Grandeur.

 

226- J’arrive à un stade de mon existence où, en raison de mon âge et, bien plus encore, de mes faiblesses visuelles, les désirs s’émacient, deviennent évanescents, quasi-squelettiques, en tous cas, moins opérants; où les fantasmes tiennent lieu de réalité; où la contemplation remplace l’action; où la tendresse elle-même se fait plus mystique. Je ne pourrai plus faire grand’chose sinon regarder faire les autres, et encore, de très loin, à travers de puissants télescopes virtuels. Tout au plus, si cela m’inspire quelque profonde réflexion, je la traduirai en mots et phrases, en sachant très bien qu’à peu près personne ne les lira. Mais ça, c’est le destin des vieux philosophes.

 

227- En 1948, Nat King Cole, le grand chanteur noir, alors au faîte de sa gloire, emménage avec sa famille dans un quartier huppé de Los Angeles, uniquement peuplé de blancs. Ces derniers, outrés de sa présence, lui envoient une lettre dans laquelle ils lui indiquent leur désir de ne pas avoir de personnes « indésirables » dans leur voisinage. Nat leur répond à peu près ceci : « Ne vous inquiétez pas, si j'en vois une, je vous le ferez savoir ». Et vlan!

 

228- Il y a toujours quelqu’un qui aime ce qu’un autre déteste. Je m’en suis rendu compte dans les appréciations que je recevais de mes amis sur certains de mes textes. «Le style est trop simple, pas assez recherché», dit l’un. Et un autre de s’écrier : «J’aime cela écrit de cette façon-là, c’est à ma portée et je peux tout comprendre». À qui faut-il faire plaisir?

 

229- Dans les pays sous-organisés, les difficultés rencontrées dans la mise en place de solutions sont souvent plus considérables que les problèmes initiaux que l’on cherche à résoudre. La phrase est lourde? La situation l’est encore bien plus.

 

230- Un de mes jeunes amis est venu me voir, désespéré, presqu’en larmes : «Ma première année de carrière a été un échec complet», m’explique-t-il. Je lui ai répondu : Sais-tu ce que tu dois te dire? «J’ai connu un échec, youpi ! Cela m’a permis d’apprendre en un an des tas de choses qu’autrement j’aurais mis des années à comprendre. Maintenant je vais être mieux armé pour les années à venir!».

 

231- Bonne retraite, m’a-t-on dit! Après même pas quinze jours, j’ai perdu mon portefeuille, souffert le martyre d’une intoxication alimentaire, payé l’amende pour un fil de modem égaré durant le déménagement, vécu les affres de la canicule en raison de l’absence de mes trois climatiseurs que je n’ai pas eu le temps d’installer, et j’attends encore mes nouveaux appareils laveuse et sécheuse que je devais recevoir depuis un mois! Il me semble qu’il ne se passait pas toutes ces histoires-là dans ma vie à l’époque où je travaillais comme un défoncé!

 

232- Juillet 1954. Jeune étudiant fraîchement muni de ses deux baccalauréats, je me présente à la Faculté de Médecine de Port-au-Prince pour m’y inscrire en vue de l’examen d’entrée. Il ne reste que quelques heures pour le faire. Je suis avec un ami d’enfance, les autres présents sont pour moi des inconnus. On nous informe qu’il nous faut à tout prix nous procurer un Certificat de Bonne Vie et Moeurs que délivre le Ministère de la Justice, dont les locaux ne sont qu’à deux coins de rues. On les franchit au pas de course. On se retrouve dans une grande salle, remplie de bureaux qui semblent avoir été désertés par leurs occupants naturels. Seuls deux messieurs à l’air suffisant sont assis négligemment, l’un sur un bureau, et dissertent entre eux de... leurs affaires. Mis au courant de nos besoins, l’un d’eux nous dit fort gentiment : «Je veux bien répondre à vos demandes, mais aujourd’hui il n’y a pas de secrétaire pour taper vos documents». Miracle! Je savais taper à la machine! «Tous nos regrets, messieurs, mais il n’y a pas de papier!». On a tous labouré nos désertiques fonds de poches, mis en commun les moindres centimes qu'on y a déterrés. On a trouvé du papier blanc à la boutique d’en face. J’ai tapé tous les certificats pour tous les gars présents. Certains sont devenus plus tard des amis, car on a fait nos études médicales ensemble. Les autres sont  retournés dans l’obscurité de l’inconnu. L’administration haïtienne, elle, n’a fait qu’empirer, à travers des décennies de destructivité duvaliérienne. Imaginez ce qu’elle doit être maintenant, six mois après la Grande Secousse!

 

233- Récemment, au cours d'une petite fête organisée par mon fils pour mon anniversaire, une des mes amies, que je connais depuis plus de quarante ans, a trouvé, pour me rendre hommage, cette merveilleuse formule: «Maurice, on rentre dans son coeur sans frapper». Si Jocelyne le dit, ça doit être vrai. Et c'est tellement agréable de l'entendre dire. Merci, Jojo, pour l'avoir dit.     

 

234- L'important, ce n'est pas seulement d'avoir de bonnes idées. C'est aussi de pouvoir les traduire en termes d'organisation. Sinon, elles sont mortes.

 

235- Pour bien des gens, le couple est une prison où chacune ses deux personnes est la geôlière de l’autre, se privant ainsi de toute possibilité de libération. Vouloir garder quelqu’un par force aboutit à se priver soi-même de liberté.

 

236- Un officier de l’armée sera probablement condamné parce que, par compassion, il a tiré sur un ennemi blessé à mort, peut-être même déjà trépassé. Il est de ces circonstances dramatiques où il vaut mieux ne rien faire que de faire une connerie!

 

237- Le vieillard ne peut s’empêcher de regarder en arrière et de se murmurer : «Que d’occasions perdues!». Mais le jeune qui vient de lire ces lignes va bientôt, par paresse, ignorance ou simple timidité, gaspiller une de ces chances que la vie ne nous offre qu’une seule fois et que, quelques décennies plus tard, il va regretter amèrement de ne pas avoir saisie.

 

238- Un farceur a prêté à un colonel à la retraite ce cri désabusé : «Avoir commandé un régiment et en être réduit à commander une choucroute!». On peut bien en rire. Il reste que, quand on c’est fini le temps où, heure après heure, l’on posait des actes lourds de conséquences pour la vie d’autres personnes, tout ce qu’on peut faire au cours d’une journée dite «normale» peut nous paraître bien dérisoire.

 

239- Au tout début des années 1500, un musicien italien du nom de Petrucci met au point une invention relativement récente qui permettait d’imprimer les partitions musicales et surtout lui donne très vite une vaste diffusion. Le résultat va être d’une importance considérable. En quelques décennies, la pratique musicale, qui jusque là avait été réservée au monde ecclésiastique, va s’installer non seulement dans les cercles aristocratiques mais aussi dans les familles bourgeoises riches et jusque dans des milieux plus modestes (Haydn était fils d'ouvrier). L’apprentissage de la musique devient une part incontournable de l’éducation de la jeunesse et les petits concerts privés se généralisent dans toute la société occidentale. La porte est ouverte pour la formidable efflorescence de la création musicale des siècles à venir. Cette découverte technologique aura fait beaucoup pour la laïcisation et la démocratisation de la musique.

 

240- Wyclef Jean, futur président d’Haïti? En temps normal, cela ferait sourire, comme une image charmante et farfelue. Un grand artiste certes, mais sûrement ignorant des problèmes que posent l’économie, l’éducation, l’administration publique dans n’importe quel pays, parfait étranger dans les milieux politiques haïtiens et internationaux, dépourvu de toute réelle connaissance de la société haïtienne, unilingue anglophone, ne parlant pas un mot de français et baragouinant un créole d’un jeune haïtien ayant surtout vécu à l’étranger, lui, président d’Haïti? Le pire, c’est que ça risque d’arriver. Tout simplement parce que les élites politiques de ce pays se vautrent dans les pires magouilles politicailleuses et se montrent incapables de faire face à la situation catastrophique actuelle. Alors, lui ou un autre… Ou plutôt, lui, de préférence. Au moins, on ne saura pas à l’avance quel genre de connerie il va commettre.  

 

241- Est-ce que Wyclef est bien conscient du poids énorme qu’il cherche à porter sur ses épaules, tel un Atlas des temps modernes?

 

242- Je suis d’accord avec lui sur un point. Il me paraît primordial de donner à l’homme et à la femme du peuple en Haïti une langue internationale qui lui permette de communiquer sans difficulté avec le reste du monde, ne serait-ce que par la télévision et l’Internet. Reste à choisir laquelle, entre le français, l’anglais et l’espagnol,  est la plus facile à enseigner, et correspond le mieux à la culture haïtienne. Wyclef semble avoir choisi l’anglais. C’est normal, c’est la seule langue qu’il maîtrise. La solution n’est pas évidente. Peut-être faudrait-il enseigner les trois de façons intensive, quitte à ce que chacun fasse le choix qui lui convient davantage. Le créole resterait comme la «koinè», la langue commune. Ce qu’il a été d’ailleurs, dès son origine.

 

243- Il faut électrifier Haïti, «mur à mu», comme on dit au Québec, dans les moindres recoins de sa campagne et de ses montagnes. Je n’ai pas besoin d’en exposer les avantages, ils sont évidents. Pensons juste à la prévention de la déforestation. Reste, là encore, à trouver le moyen le plus simple, le plus efficace et le moins onéreux. Le barrage de Péligre a été une faillite. L’éolienne? Peut-être difficile à envisager, dans un pays aussi montagneux. Et pourquoi pas l’hydrolienne, qui alimente les recherches intensives d’Hydro-Québec, par les temps qui courent? Ce serait peut-être facile de mettre à profit le merveilleux réseau de cours d’eau qui serpentent allègrement à travers le paysage haïtien.

 

244- Je rêve? Ce n’est pas nouveau. De toutes façons, c’est maintenant tout ce que je suis capable de faire. Cela me donne au moins l’illusion de participer à la grande reconstruction. Peut-être aussi que je suis l’exemple de mon père, que j’ai si souvent entendu s’écrier : «Quand je serai président de ce pays, vous allez voir, les choses vont changer». Heureusement pour lui, et pour nous, ce n’est jamais arrivé.

 

245- Le surprenant avec la retraite, c’est qu’on finit par ne plus savoir quel jour il est. Il n’y a plus aucune différence entre le dimanche et le mercredi. Je suis toujours étonné d’entendre les gens parler de longue fin de semaine. Pour moi, la vie n’est plus qu’un immense et interminable week-end, sorte de vis sans fin qui recommence sans cesse alors même qu’on peine à s’en rendre compte.

 

246- Tiens : je sais que c’est dimanche quand je vais au dépanneur chercher mes journaux et qu’il n’y a plus que le Journal de Montréal, car les autres quotidiens francophones font relâche ce jour-là. Et quand le Journal  lui-même s’absentera deux jours de suite, je me dirai que c’est peut-être Noël ou le Jour de l’An! 

 

247- Si cela continue ainsi, je ne saurai même pas quand viendra le temps de mourir. Il faudra bien que quelqu’un me le dise. Mais qui?

 

248- L’Histoire nous réserve souvent de savoureuses surprises. Rome, nous a-t-on dit, a été fondée par les jumeaux Romulus et Rémus, qui, abandonnés à leur naissance, ont été recueillis et allaités par une louve. Une louve, rien de moins. Déjà, dans l’Antiquité, certains historiens romains regardaient tout ça avec un clin d’œil moqueur et ont même élaboré une hypothèse fort intéressante. C’est que le mot latin lupa, qui signifiait louve, désignait également une prostituée, on dirait aujourd’hui une travailleuse du sexe. C’est donc très probablement une de ces charmantes personnes qui aurait, avec générosité, pris soin de nos poupons (si tant est qu’ils aient vraiment existé, mais ça c’est une autre histoire). La légende de la louve aurait été inventée ultérieurement, dans le but sûrement de donner un lustre mythique, quasi-divin à la création de la Grande Ville aux Sept Collines. Ah! Lupa nous a aussi légué un délicieux petit mot français : lupanar.

 

249- Plus on est de fous, plus on s’amuse, dit-on? C’est faux. Les vrais fous ne s’amusent pas. Ils souffrent trop d’être fous.

 

250- Durant les prochaines semaines, trois évènements vont se dérouler de façon simultanée : en Haïti, les élections présidentielles; à Washington, les discussions de paix israélo-palestiniennes; à Québec, la commission d’enquête sur le processus de nomination des juges. Je vais suivre les deux premiers avec tout mon cœur et un intérêt passionné. Le troisième ne suscite déjà chez moi qu’un sentiment de profond ennui. Et pourtant, c’est lui qui risque d’avoir sur ma vie quotidienne de citoyen québécois l’impact le plus direct et le plus évident.

 

251- Quand on n’a rien à faire, on essaie de deviner ce que l’on ne sait pas, en espérant qu’un jour on se retrouvera au bon endroit, à la bonne minute pour apprendre ce qui s’est vraiment passé.

 

252- Ma retraite, somme toute, n’est pas désagréable. Je lis, je m’instruis, je m’informe de l’actualité, je regarde le football et bientôt le hockey à la télévision, et surtout j’écoute de la belle et grande musique. Mais tout cela n’apporte de l’agrément qu’à ma petite personne. Cela ne change rien à la vie de quiconque d’autre. C’est un peu comme la masturbation. On ne caresse que soi. On ne donne du plaisir à personne d’autre. Même si c’est de la haute jouissance, il y manque un peu d’essentiel : autrui.

 

253- J’ai écrit ces mots le 22 août 1958 : «Qu’importe même le chaos d’une vie quand elle est offerte, avec toute son insatiable angoisse et ses élans embroussaillés? La fleur sauvage ne refuse pas l’amour du buisson désordonné : elle l’embaume!».

 

254- Beethoven était-il un classique ou un romantique? Cette question, d’apparence anodine, peut déclencher des débats interminables et passionnés, déchirer la famille musicale en deux camps d’ennemis jurés, et transformer de vieux amis d’enfance en d’irréductibles adversaires. Voulez-vous savoir mon opinion là-dessus? La période romantique commence en 1804 avec la publication de la Troisième Symphonie de Beethoven. Son Concerto pour Violon est la première œuvre romantique de ce genre musical. Voilà! Je défie quiconque de venir me prouver le contraire. Mais, s’il vous plait, n’en dites rien à mon fils. Je tiens à ce qu’il continue à vénérer l’intelligence et la culture musicale de son père.

 

255- Mon fils aura bientôt cinquante ans. S’il continue ainsi, d’ici quelques temps il sera aussi vieux que son père. Moi, je suis déjà plus âgé que le mien, qui est mort à soixante-huit ans. Ainsi va la vie.

 

256- La Symphonie Inachevée de Franz Schubert! Les deux premiers mouvements, rien de plus, mais si chargés d’intensité et de tendresse! On se surprend souvent à s’imaginer ce qu’auraient pu être les deux derniers si le jeune compositeur n’avait été empêché, peut-être par la maladie, de les mener à terme. Il en est de même de certaines vies, fauchées, en plein milieu, après de belles réalisations, trop tôt pour toutes les autres qui auraient pu voir le jour. Claude Béchard, 41 ans! Schubert lui-même, 31!

 

257- Il m’arrive souvent de rêver à ce qu’aurait été le monde s’il n’y avait pas eu tous ces déferlements de hordes colonisatrices, en particulier sur l’Asie occidentale, l’Afrique et ce beau continent que l’on a appelé de façon tout-à-fait injuste l’Amérique. Que de civilisations détruites, que de cultures, de religions et de langues originales disparues, remplacées de force par d’autres qui n’avaient de supérieur que la force militaire qui les imposait! Peut-on aller jusqu’à considérer toutes ces entreprises colonisatrices, tant christiano-européennes qu’arabo-islamiques, comme des crimes contre l’humanité?

 

258- On sait qu’on aime vraiment quelqu’un lorsque même ses défauts ne nous déplaisent pas.

 

259- Il n’y a eu de guerres dites de religion qu’entre des religions monothéistes, jamais, du moins à ma connaissance, entre des peuples de religion polythéiste. Quand on a déjà un panthéon de 20 à 25 dieux et déesses, on est enclin à la tolérance et même prêt à l’accueil face à ceux et celles des autres. L’intolérance commence quand on s’est mis en tête que son «dieu» est le seul vrai et donc que les autres doivent être éliminés pour que la vraie foi triomphe. En fait, seulement deux religions se sont livrées à ce genre d’épopées dévastatrices, que ce soit entre elles ou à l’interne, entre leurs différentes factions : le Christianisme et l’Islam. La troisième religion monothéiste, le Judaïsme, est trop ethnocentrique pour être expansionniste. Elle se contente d’être exclusionniste.

 

260- Ce n’est pas toujours facile de respecter la liberté de l’autre en faisant fi de sa propre souffrance. Surtout quand cet autre est un être très proche et très cher.

 

261- Dans l’écrit, on recherche le juste et le bien dit. Dans le sport, le fort et l’habile nous séduisent. Que joliesse et vérité, finesse et puissance s’articulent, et nous voilà en admiration devant des œuvres et des gestes où le talent fleurit en toute liberté. Mais il manquera toujours un éclair pour qu’y naisse le génie, comme autrefois la vie dans une eau bouillonnante de richesses.

 

262- Une dame de mes amies, mère d’un grand garçon, début quarantaine, aux prises avec des situations extrêmement pénibles, voire menaçantes, m’a confié récemment qu’elle en avait mal au ventre, comme si elle aurait voulu l’y faire rentrer, pour qu’il y soit à l’abri et en sécurité, comme jadis, avant sa naissance. Comment eût réagi un père dans de semblables circonstances? Il eût probablement revêtu son armure des grands jours, saisi ses armes et enfourché sa monture de guerre pour aller affronter seul tous les dragons fulminants qui assaillent son rejeton, au risque de se brûler lui-même, en raison de son inexpérience et de sa témérité. Guy Lafleur et son fils, vous vous rappelez?

 

263- La Commission Bastarache! En espagnol, basta signifie assez, ça suffit. En anglais, rash peut indiquer, entre autres, l’imprudence, l’irréflexion. Bastarache voudrait donc dire : «C'est fini, les folies?».

 

264- Quand on est handicapé, on a beau faire preuve de courage, d’autonomie et même d’intrépidité, on ne peut éviter ces moments où, en raison de nos limitations, on a l’air franchement débile. Oh! Les gens sont bien gentils, ils nous aident, nous encouragent, nous admirent même. Nous, on sait qu’on a l’air de vrais débiles. Quant au débile, lui, c’est pire, il n’a pas seulement l’air, il l’est. Vous, les gens normaux, continuez à nous entourer de votre gentillesse et de votre admiration. Cela nous fait du bien. La seule chose qu’on refuse, c’est la pitié. 

 

265- A voir les jugements portés en appel et renversés deux fois plutôt qu'une, on peut conclure que la Justice est loin d'être une science exacte. Quand on pense qu'en son nom, et dans des pays dits de droit, on condamne encore maintenant des gens à la peine irréparable..!

 

266- Chez moi, dès que j'ouvre la porte, la musique m'ouvre les bras. Et, partout où je vais dans l'appartement, jamais elle ne relâche son étreinte. Elle me parle, me berce, me rafraîchit les pensées, m'emplit le coeur d'une douce et chaude tendresse.  Elle me laisse chanter avec elle en unisson, et même faire semblant de la diriger. Quelle merveilleuse compagne de vie?

 

267- Il est souvent amusant et parfois instructif de connaître l'histoire des surnoms que portent toute leur vie certaines personnes. Ma soeur Yolande toute jeunette recevait souvent la visite d'un vieil oncle bien gentil qui l'appelait toujours sa fifille. Les deux enfants plus vieux, ne pouvant prononcer correctement ce mot, en ont fait Fifie. Elle a porté ce surnom toute sa vie.

 

268- Certains surnoms cachent cependant de petits drames familiaux qui ne sont connus que de quelques initiés de la famille. Un de mes cousins, à sa naissance, reçut le prénom qu'avait imposé sa mère, femme très autoritaire, contre les désirs de son mari. Ce dernier, avocat distingué mais homme effacé, timide et silencieux, n'a pu manifester sa résistance que de façon passive: il n'a jamais appelé son fils que l'enfant. Les frères et soeurs puînés en ont tiré le sobriquet de Fanfan. Ce fut finalement la victoire du père. A peu près personne n'a jamais su que son vrai prénom était... Gérard.

 

269- Ne parlez jamais du Désert du Sahara. En arabe, ce dernier mot signifie tout simplement: désert. Il ne l'a pas toujours été d'ailleurs. Entre les années 10000 et 6000 avant notre ère, profitant de la masse considérable d'humidité dégagée pas la fonte des glaces, il était alors une région verdoyante et giboyeuse, habitée par des populations nombreuses, entre autres les Égypto-Soudanais. Quand le processus de désertification s'est bien installé, ces derniers se sont dirigés vers l'est où ils ont découvert ce merveilleux cadeau que leur réservait la Nature: la Vallée du Nil. Ils vont bientôt y créer l'une des premières et des plus belles civilisations que l'Humanité va connaître et ouvrir toutes grandes à cette dernière les portes de l'Histoire.

 

2011

 

1er. Janvier 2011

 

270- Un ange m’est apparu en songe, rutilant de lumière et de bonté

 

Il m’a donné la garantie

Que mon Haïti Chérie avait fini de souffrir

Que pour elle, enfin, telle une aube irisée, toute sereine,

Une ère de paix et de prospérité allait se lever 

Qu’à nouveau elle serait la Perle des Antilles

Que rythmes et gaieté ne cesseraient de tambouriner

Partout où, chez elle, iraient ses visiteurs émerveillés

Qu’elle illuminerait d’or et de sagesse

Ses rapports avec ses frères et sœurs du monde entier

 

Je l’ai cru

Il faut bien choisir

Entre le vouloir délirant

Et l’éreintante désespérance

Mais, en attendant que le rêve se fasse aurore

Pourquoi ne pas se donner un jour de halte

Où, comme le colibri accroché à sa fleur,

L’espoir s’immobilise, les ailes frémissantes

Après tout, c’est notre fête aujourd’hui! Et même demain!

 

            Bonne et Fructueuse Année à nous tous!

 

 

271- Un jour viendra peut-être où il sera de bon ton, le Jour de l’An, d’utiliser ma petite formule favorite. On dira ce jour-là que je suis connu… et reconnu. Moi, je n’en saurai rien. Je serai mort depuis bien longtemps déjà.

 

272- Vous l’avez peut-être remarqué, j’aime bien faire suivre une réflexion profonde, un peu dramatique, par un petit entrechat, tout juste bon à faire sourire. Un peu comme, en musique baroque, très souvent la dissonance qui termine le mouvement lent trouve tout de suite sa résolution dès le début du mouvement suivant, plus gai, plus animé.

 

273- J’ai aussi rêvé d’un autre pays souffre-douleur. La Palestine. Cette année, lasse d’espérer, elle proclame son indépendance, mettant ainsi le monde entier au défi d’agir à son endroit comme il l’a fait pour le Kosovo. Ses frontières sont celles de 1967, sa capitale, Jérusalem-Est. La minorité arabo-israëlienne et les Juifs de Cisjordanie reçoivent le droit à la double nationalité. La Communauté Européenne, le bloc russe, les pays arabes, asiatiques, africains et latino-américains lui accordent une pleine et entière reconnaissance. Restent les Etats-Unis. Le monde entier retient son souffle. Barack, mon cher ami Barack, oseras-tu, oseras-tu? C’est la grâce que je souhaite, à toi, aux Palestiniens, et à nous tous.

 

274- Le 26 septembre 1958, j’ai écrit:

 

Lèvres serrées

Poings aux hanches

L’œil dur et froid

L’air du monsieur

Qui sait ce qu’il veut

Et à qui on ne la fait pas

Ne te moque jamais de lui

Mais fais-lui confiance

Moi, je le connais bien

C’est le type

Qui luttera

Sauvagement

Toute sa vie

Et se fera tuer

Tranquillement

Pour le bonheur de ceux qu’il aime

 

Grâces soient rendues à tous les dieux que l’homme a créés au cours des âges, ce n’est pas arrivé. Ce qui me permet aujourd’hui de publier ce petit bijou d’héroïsme candide et d’idéalisme rêveur que j’ai concocté quelque part au cours de ma fière et naïve jeunesse.

 

275- Il y a  bien des décennies que j’ai pris la résolution de ne jamais en prendre aucune le premier jour de l’an. J’ai d’ailleurs toujours pensé que celles que l’on prenait un 4 mai ou un 12 septembre avaient bien plus de chances d’être tenues, car elles exprimaient un réel désir de changement, sans rien devoir à une quelconque tradition folklorique. Un jour d’avril 1978, j’ai décidé que, le vendredi 21 juillet de la même année, à 5 heures de l’après-midi, juste à l’orée de mes vacances, j’écraserais ma dernière cigarette. Je l’ai fait et n’ai plus jamais touché à une cigarette, pas plus qu’à mes pipes que j’affectionnais tant. En eût-il été de même à la suite d’un vague engagement d’un fêtard ébréché, pris en pleines célébrations du nouvel an ? J’en doute fort.

 

276- La différence entre une grande amie et une petite amie n’a rien à voir avec la taille physique. On peut avoir une grande amie de 5 pieds 2 pouces, ou une géante comme petite amie. Le contraire est également possible. Tout est dans le mode relationnel, comme diraient les psychologues. Ce qui fait la différence, c’est la durée des rapports, la profondeur des échanges et la quasi-totalité de l’abandon mutuel.

 

277- L’algorithme, ce procédé de calcul qui est à la base des langages informatiques modernes, est connu et largement utilisé par les vieilles civilisations mésopotamiennes, sumérienne et babylonienne, depuis plus de 2000 ans avant le début de notre ère. De plus, leur système de numération sexagésimale (à base de 60) est encore employé de nos jours dans certaines méthodes de calcul, entre autres, celle de l’heure (60 minutes). L’histoire de la science est un tout et nos connaissances sont largement tributaires de celles de nos très lointains prédécesseurs.

 

278- Il y a des hommes, et des femmes, qui, souvent par la force des choses, sont tellement occupés à gagner leur vie qu’ils n’ont guère le temps de la vivre comme elle le mérite.

 

279- Il y a quelques granules, et sûrement quelques années, j’ai essayé de prédire quels pays avaient le plus de chances d’accéder à l’indépendance durant la prochaine décennie. J’avais, bien sûr, mentionné le Kosovo. C’est fait! Quant aux autres, je dois avouer que les choses n’avancent pas vite. Mais il y en a un auquel je n’avais même pas pensé : le Sud-Soudan! Et voilà, c’est presque fait! L’Histoire humaine, c’est comme la météo, si souvent imprévisible qu’elle nous réserve des surprises, pas toujours désagréables, heureusement. Comme de belles journées rutilantes de lumière et de chaleur, alors qu’on nous annonçait de froides et sombres catastrophes.

 

280- 12 janvier. Il y a un an, déjà, Haïti s'effondrait, le coeur brisé, la charpente désarticulée. Aujourd'hui, alors que les choses ne vont guère mieux, c'est le devoir de mémoire. Tout s'agite, se dit, se chante. Savantes analyses, témoignages émouvants, critiques acerbes, projets dynamiques, tout se bouscule, s'entrechoque dans un cliquetis de paroles et d'images percutantes. On le comprend. La vie réclame son dû, l'impatience tape du pied. Mais... se pourrait-il juste un moment que ces souvenirs disparaissent, comme un vieux fantôme esseulé, troué par le temps, qui se fond tout doucement dans le silence et l'oubli? Les blessures ont besoin de baume, les souffrances, d'apaisement. On reprendra le pic et la pelle... demain.

 

281- La dictature, tellement décriée de nos jours et avec raison, était à l’origine, à l’époque de la République Romaine, une institution parfaitement honorable et surtout d’une grande utilité à la société. Le Dictateur était un personnage très respecté, tant pour ses qualités administratives et militaires que pour sa totale intégrité, qui était nommé, par le Sénat et par le Peuple, pour faire face à une situation particulièrement préoccupante, par exemple, une invasion étrangère. Il recevait alors les pleins pouvoirs, avec un mandat de six mois. À la fin de cette période critique, il faisait son rapport à qui de droit et retournait s’occuper tranquillement de ses patates. L’institution moderne a été crée par un certain Jules César, qui a eu la brillante idée de se faire nommer Dictateur à vie, et fut, il faut lui rendre ce qui lui appartient, un vrai dictateur, dans toute l’acception du terme. Jusqu’à ce qu’il fût assassiné, par des ennemis, des amis et même son propre fils adoptif. Tu quoque, mi fili!

 

282- En 1930, quelque part en Autriche, un jeune pianiste de 27 ans, extrêmement talentueux, qui devait devenir le grand Rudolf Serkin, l’un des meilleurs pianistes classiques du XXème. Siècle, fréquente assidûment la maison de son mentor, le violoniste Adolf Busch, son aîné de 12 ans. Il y rencontre une sorte de petite déesse de trois ans, Irène Busch, qui, un jour, lui annonce avec une irrésistible et charmante ingénuité, qu’elle veut l’épouser quand elle sera grande et lui demande de l’attendre. Il le lui promet. Ils se sont mariés quinze ans plus tard. Ils vécurent heureux et eurent de nombreux enfants, dont le pianiste Peter Serkin. Rudolf est mort en 1991, Irène en 98. Avec des histoires comme celle-là, pas besoin de contes de fées.

 

283- Il arrive des moments où, malgré moi, je suis précipité en pleine lumière, livré en pâture à des regards avidement inquisiteurs. Alors que je ne me sens bien que lorsque je suis tapi au fond du silence, de la pénombre et de l’oubli. Je l'ai déjà dit au tout début de ces Granules, et je le redis encore, je suis une plante d'intérieur, je ne fleuris que dans l'intimité.

 

284- En avril 2005, j’écrivais : «…Faut-il penser à la possibilité d’une révolution dans le monde arabe, comme dans la France de 1789 ? Cela me semble inévitable. Elle est même déjà commencée, et l’on voit à l’heure actuelle des signes non-équivoques de revendications populaires en faveur d’une plus grande libéralisation. Bien sûr, cela prendra des formes modernes où les médias électroniques et informatiques joueront un rôle prépondérant. Mais elle risque aussi de prendre des aspects plus traditionnels et donc d’être plus violente dans au moins deux pays : l’Iran , tenu en laisse par les ayatollahs chiites intégristes et l’Arabie Saoudite , bastion du wahhabisme fondamentaliste . Il faut espérer qu’elle ne sera pas trop meurtrière». Puis-je m’enorgueillir d’avoir été quelque peu visionnaire? Mais aussi je dois avouer que jamais je n’aurais pu imaginer que ce mouvement de révolte commencerait justement dans les pays les plus laïques du monde musulman : la Tunisie et l’Égypte. On ne peut qu’être modeste quand on suit de près l’Histoire. Elle n’en fait souvent qu’à sa belle tête de vieille et adorable canaille.

 

285- Quand on est triste, même le soleil nous importune.

 

286- Si jamais je vivais jusqu’en 2050, j’aurais alors 115 ans. Il est permis de rêver mais tout de même pas de délirer à ce point-là. Mais, quand je lis de savantes études sur les possibilités de magnifier la productivité agricole par les biotechnologies, entre autres les OGM, je me dis que je suis peut-être né trop tôt. J’aurais bien aimé être là pour vivre ces beaux moments de l’Histoire Humaine.

 

287- La mort, c’est la disparition de l’existence organisationnelle d’un être vivant. L’éternité, c’est la persistance indéfinie de ses éléments constitutifs, sous quelque forme que ce soit. Elle exclut malheureusement la connaissance. Autrement dit, on est éternel, mais on ne le sait pas. Tout cela, c’est d’une irrésistible clarté.

 

288- Parler de la mort, ce n'est pas nécessairement la désirer. Cela peut-être tout simplement l'apprivoiser.

 

289- Il y a un petit quelque chose d'ambigu pour ces joueurs de hockey professionnel qui font souvent l'objet d'échanges. Ils sont assez bons pour que certaines équipes désirent les engager, mais pas suffisamment pour qu'elles décident de les garder bien longtemps. Le verre est-il à demi-plein ou à demi-vide?     

 

290- L’appel de la liberté, quand il commence à déferler comme un irrésistible ouragan aux rafales dévastatrices, devient impossible à réprimer. Il peut certes s’alimenter d’ingrédients divers dont certains n’ont rien de véritablement noble. Mais les opprimés, démunis et autres parias y trouvent leur compte, et, n’ayant plus rien à perdre, s’élancent prêts à tout, face aux armes ennemies, Seuls les tyrans fous et imbus de leur omnipotence quasi-divine peuvent s’imaginer qu’ils en viendront à bout, même avec toutes leurs forces et leur fureur destructrices.

 

291- La belle Hélène ! Elle qui déchaîna des passions dévorantes, engendra des rêves inaltérables, sema autour d’elle la gloire et la mort, finit ses jours, oubliée, au fond d’un horrible palais au bord de la ruine, sombre, humide et venteux, vivant, auprès d’un vieux mari goutteux, grincheux et ennuyeux, des jours sans espoirs et des nuits sans élans. Cela valait bien la peine d’être la rivale des déesses, la désirée des héros et l’inspiratrice de batailles légendaires !

 

292- L’amour, le vrai, c’est ce doux bruissement que fait le zéphyr dans le feuillage des broussailles endormies, tellement imperceptible que même le silence ne l’entend pas mais qui imprègne tout autour de lui d’une inconsciente sensation de paix et de bien-être.

 

293- Dernier d’une famille de six enfants, j’ai toujours reproché à ma mère de ne pas m’avoir donné une petite sœur. Elle eût été mon amie, ma confidente, ma protégée. Souvent, au cours de ma longue randonnée à travers les âges, j’ai cru l’apercevoir, la rencontrer, même entamer avec elle un dialogue que je pensais éternel. Toujours elle s’est évanouie, happée par les longs bras insatiables de ces sœurs jumelles que sont la vie et la mort. Mais aujourd’hui, au moment où se fond le réel dans la pénombre des souvenirs et des rêveries, je me rend compte que tous ces visages de femmes, tous ces sourires et tous ces échanges intensément vécus m’apportaient un petit peu d’elle, comme l’insaisissable soleil nous livre un aspect de lui dans chaque rayon, dans chaque reflet et dans toute la chaleur dont il nous étreint.

 

294- Ce ne doit pas être toujours très drôle, la solitude des personnes âgées! Moi, j’ai la chance de jouir d’une insatiable avidité intellectuelle, d’une soif inextinguible de savoir, tant l’actualité que la plus haute antiquité, donc de fréquenter aussi bien Kadhafi qu’Hammourabi, d’apprécier la Haute Science autant que la Belle Musique, d’être fanatique de football et de hockey, et, en plus, de posséder une fascinante capacité de rêver, d’imaginer des personnages, de leur donner un profil, une histoire, de les mettre en situation et de dialoguer avec eux comme s’ils partageaient sans cesse mon espace de vie. Et pourtant, il m’arrive souvent de désirer de façon intense une présence physique et quelques secondes  de tendresse gratuite. Comment font-ils donc, les petits vieux et vieilles esseulés qui n’ont pas le dixième des chances que la vie m’a généreusement octroyées?   

 

295- Jeux de maux et mots de tête!

Une de mes jeunes amies a été opérée il n’y a pas longtemps d’une tumeur bénigne au cerveau, de la grosseur d’une balle de golf, lui a-t-on dit. Je lui ai envoyé des fleurs, avec cette petite note : «On savait que tu étais une tête enflée, mais là, franchement, tu exagères. On ne t’a jamais dit qu’une balle dans la tête, ça ne faisait rien de bon, fût-elle une balle de golf? Et puis, où veux-tu jouer au golf dans ta caboche? Dans les trous de mémoire peut-être? Allez, guéris vite! Et ne te creuse pas la tête pour savoir ce que tu vas faire de ta baballe. Je viendrai l’été prochain jouer quelques trous avec toi dans ta cour arrière. On fera ça tranquillement! A tête reposée! Complètement fou! Le pire, c’est que cela n’a rien de vrai. Du fantasme à l’état pur! Mais quelle jouissance d’inventer tout ça, pour rien!

 

296- 8 mars : Un jour, début des années 70, j’ai reçu, au travail, un appel de ma conjointe me demandant de venir signer l’autorisation lui permettant de s’acheter une voiture, car, à l’époque, étant une femme mariée, elle n’en avait pas le droit sans la permission écrite de son mari. Ces choses ont disparu au Québec. Certaines inégalités demeurent. Et il existe encore des pays où l’on refuse aux femmes le droit de conduire une voiture, de s’habiller comme elles veulent, et même d’accéder à l’éducation primaire. De dures batailles sont encore à mener… et à gagner.

 

297- Moi, je rêve du jour où disparaîtront toutes ces Journées et Semaines Internationales de la Femme, des Noirs, des Enfants, de la Fierté Gaie, des Chiens Errants et des Koalas menacés d’extinction! Vienne enfin l’Année Planétaire de la Justice, du Respect Mutuel et des Chances Égales pour tous! Ai-je bien dit que je rêvais?

 

298- Les Élections Haïtiennes :

Haïti a le choix, d’une part,  entre une femme remarquable, à la tête bien faite et bien pleine, riche d’un long et fructueux parcours, mais déjà rendue pas loin du terminus de ses capacités de gouverner; de l’autre, un jeune homme possiblement bien intentionné, mais dépourvu de toute expérience et connaissances politiques, dont le seul atout réside dans son charisme de chanteur populaire à la mode. Le peuple haïtien, je l'espère, choisira la Sagesse. J’ai pleine confiance qu’il ne s’en repentira pas. Avec bonheur je saluerai ton élection, Grand’Maman Mirlande! Je te ferai confiance, tu vas mériter entièrement le titre d’Excellence que l’on décerne au Chef de l’État Haïtien. Je te souhaiterai obéissance, discipline et dévouement inlassable de la part de tes enfants, et, bien sûr, le respect et la pleine collaboration de nos «amis» des pays riches.

 

299- Le peuple haïtien peut malheureusement choisir l’Aventure. Si cela arrive, je nous souhaiterai de ne pas le regretter. Je te dirai bonne chance et bon courage, mon jeune. Sans être Hercule, tu vas devoir nettoyer les Écuries d’Augias, et, sans rien avoir d’un Atlas, porter une partie du monde sur tes faibles épaules. Quand on t’affublera du titre d’Excellence, que l’on décerne au Chef de l’État Haïtien, tu te diras qu’il s’agit-là d’un idéal extrêmement lointain qu’il te faudra poursuivre inlassablement, de toutes tes jeunes forces. Puisses-tu jouir de l’appui de tes admirateurs et surtout des conseils avisés de personnes expérimentées, comme celle que tu écarteras du pouvoir.

 

300- À quel moment la Justice peut-elle intervenir pour sanctionner un geste posé au cours d’un match de hockey? Pour moi, simple amateur non spécialiste en Droit, le principe est simple : tout geste qui s’inscrit dans le cours normal du match ne peut relever de la Justice extérieure. Le geste de Chara était une mise en échec normale, mais avec obstruction et rudesse excessive. C’est une infraction purement sportive qui méritait une sanction immédiate, peut-être  suivie d’une suspension. Le coup de bâton porté par McSorley à la tête de Donald Brashear alors que ce dernier n’était même pas en situation de jeu pouvait sans aucun doute être considéré comme criminel.

 

301- De toutes façons, la solution au problème de la violence au hockey ne viendra pas de la Loi où de la Justice, mais bien des hautes instances du hockey, à commencer par la Ligue nationale. Des mesures drastiques doivent être instaurées pour changer à la base cette culture de la violence gratuite qui défigure ce sport : bannissement complet des bagarres et des gestes dangereux, par une «éjection» immédiate, suivie d’une suspension automatique. L’exemple sera suivi par les ligues de niveau mineur, junior, et surtout scolaire. Ainsi, dès le début, le hockey sera joué comme il se doit, de façon rapide, élégante, robuste, mais propre et respectueuse.

 

302- À l’approche de la fin d’une vie, il faut certes faire le décompte de ce qu’on a reçu, mais surtout de ce que l’on a donné.

 

303- Il arrive qu’après avoir consacré la majeure partie de sa vie à son occupation principale l’on reçoive en pleine face, en guise de remerciement, un jet de crachat nauséabond de la part de certaines instances officielles. Ce n’est pas bien grave. Tout ce que l’on doit espérer, c’est que ceux et celles à qui l’on pense avoir donné le meilleur de soi-même, ces personnes simples, sans nom et sans voix, ne nous enlèvent rien de leur amour et de leur reconnaissance.

 

304- Je ne me suis jamais soucié des jugements que portaient sur moi des personnes affublées de titres même impressionnants. Mais, si j’apprenais que l’un de mes «enfants» ou l’un de leurs parents, que je considère comme des amis, avaient, pour quelque raison que ce soit, une mauvaise opinion de moi, je l’avoue, j’en pleurerais.

 

305- Des élections fédérales en même temps que les séries éliminatoires de hockey! Mais c’est de la très haute jouissance intellectuelle! Nous sommes vraiment gâtés! Alors que, pendant ce temps, chez nos amis africains et arabes, c’est la guerre, la vraie, des balles et bombes réelles, des maisons démolies, des vies mutilées! Faut-il se réjouir d’être des privilégiés de l’existence? Où plaindre les autres qui n’ont rien de notre chance?

 

306- Le lundi 26 mars 1951, à presque 16 ans, j’ai écrit : «Je me suis libéré de la présence gênante et de la curiosité intempestive de mon frère. J’ai soif de liberté, d’indépendance. C’est assez que mes parents fassent peser sur moi une espèce d’oppression systématique, pour que ce type vienne fourrer son nez dans mes affaires.». Aujourd’hui, je fouille à fond dans les moindres recoins de ma mémoire pour retrouver ne serait-ce qu’une trace de cette oppression systématique de mes bons et dévoués parents. Que les choses paraissent démesurées quand on les vit à seize ans! Quant à mon frère, je donnerais gros pour retrouver sa présence et sa curiosité, pas gênantes du tout. Mais, aujourd’hui, plus personne ne menace ma liberté et mon indépendance.

 

307- Si Socrate lui-même, grand éducateur et philosophe, peut-être le plus grand de toute l’histoire de la Civilisation Humaine, à été condamné par le gouvernement de sa propre ville, Athènes, à boire la ciguë, une boisson mortelle, pour avoir soi-disant perverti la jeunesse, personne, quoiqu’il ait fait dans sa vie, ne peut être à l’abri d’une immense injustice. Celle-là, parce que c’était Socrate, a été transmise pour toujours à la mémoire des générations futures. La quasi-totalité des autres demeureront à jamais inconnues.

 

308- Le vieillard se remémore en silence son long passé, hoche la tête avec un sourire empreint d’inutiles regrets, et se dit : «Que de choses j’aurais pu…, et que d’autres je n’aurais pas dû…! Mais, au moins, ai-je bien fait ce que j'avais à faire?»

 

309- Vous connaissez l’histoire de Werther? C’est le personnage central du roman de Goethe, repris dans l’opéra de Massenet, le héros romantique par excellence, beau, jeune (23 ans), amoureux éconduit de sa jeune amie de 20 ans, Charlotte, si profondément désespéré de son malheur qu’il ne peut aboutir qu’à la seule issue du suicide. J’ai eu l’envie de réécrire cette histoire, mais en la centrant sur la petite Sophie, jeune sœur de Charlotte, à peine âgée de 15 ans, qui assiste au drame de Werther, en tombe amoureuse, et réussit à le sauver!

 

310- Il doit sûrement exister un gêne qui commande cette fascination quasi-obsédante qu’éprouvent certains individus pour le sauvetage de personnes en péril, qu’il s’agisse de danger physique ou de détresse morale.

 

311- Certaines amours gagnent à être partagées. L’amour de la musique sûrement! Il y a tant de choses qui se fredonnent et ne se disent pas.

 

312- Un jour d’été des années 50, quatre grands adolescents, mon frère, deux amis et moi, nous promenions quelque part dans les forêts haïtiennes. Assoiffés, nous sommes parvenus à une jolie petite rivière dotée d’une ravissante chute d’eau qui cascadait gaiement. Juste à côté, en plein dans le rocher, s'ouvrait une sorte de petit canal qui donnait le passage à une source d’eau qui semblait venir de nulle part et n’avoir aucune destination. Mon frère, mes amis et moi nous y sommes désaltérés. Autour de cette source, il y avait de la structure, de l’agitation, de la vie, de l’organisation. Là, rien que de l’eau qui coulait paisiblement, sans plis, sans détour, comme si cette source s’était délestée de toute complexité pour n’offrir que de l’eau, mais une eau dont la pureté, la limpidité, la simplicité mêmes atteignaient le sublime.

 

313- Connaissez-vous un autre pays que le Québec où l’on aurait fait déplacer un évènement politique d’importance majeure comme le débat des chefs pour ne pas nuire au déroulement d’un autre évènement, sportif celui-là? Je viens d’apprendre que c’est déjà arrivé au Président Obama lui-même, qui a dû remettre à plus tard un discours important. J’ai dit dans un de mes derniers Granules que des élections fédérales et les séries de la Coupe Stanley en même temps, c’était de la très haute délectation intellectuelle. Alors, il ne faut rien en manquer!

 

314- Quand j’étais bien jeune, ma mère me disait souvent : «Maurice, tu es trop passionné, tu vas souffrir dans la vie!». Bien sûr, j’ai souffert, comme la grande majorité des gens, je suppose, pas plus ni moins. Ce n’est pas bien important. Ce qui l’est, c’est d’avoir essayé de vivre le plus possible ses passions, avec des échecs et des succès, des risques de dérapages mineurs, et même des menaces à sa propre sécurité. On espère juste terminer le parcours en toute sérénité.  

 

315- On était un groupe d’étudiants haïtiens, jeune vingtaine, et on parlait d’une de nos amies, dotée d’une remarquable personnalité, belle, intelligente, gentille, agréable. L’un de nous émit à son sujet ce jugement assez courant en Haïti à l’époque : «Ça, c’est quelqu’un que Dieu a fait avec ses mains!».  Un peu moqueur, je lui demandai qui l’avait fait, lui. Il me répondit, avec un petit rire de dérision : «Moi, c’est Saint Antoine qui s’en est chargé, et encore, avec ses orteils». Pas fort, l’estime de soi!

 

316- C’est fantastique, cette propension des foules à vivre de façon intense et parfois dangereuse des situations de rêve qui n’ont rien de commun avec leur réalité profonde : les mariages princiers, les engouements politiques soudains… Le réveil est toujours désagréable.

 

317- Le NPD serait-il le Nouveau Parti Divinisé? La situation présente me rappelle l’aventure des députés de l’ADQ, les Anciens Dieux du Québec, portés aux nues le temps d’une élection et qui ont à peu près disparu depuis. Que se passera-t-il quand les québécois prendront conscience que ce NPD n’est rien qu’un autre parti Canadian comme tous les partis fédéralistes?

 

318- Récemment, un groupe d’enfants d’une même famille décidèrent de jouer un tour à l’Oncle Gilles. Comme ça, pour s’amuser. Car, au fond, ils l’aimaient bien, l’Oncle Gilles. Malgré son air grognon et plutôt suranné. Mais ils partageaient les idées qu’il défendait et appréciaient son dévouement à la défense de leurs intérêts.  Peut-être étaient-ils un peu fatigués d’entendre ses ennuyeux sermons. Alors ils ont voulu lui jouer un tour. Vous savez, ce geste idiot qui consiste à tirer la chaise en arrière juste au moment où une personne va s’y asseoir. Mais voilà, l’Oncle Gilles ne l’a pas trouvé drôle. Il est parti, jurant de ne plus revenir. Et les enfants, tout honteux, se sont mis à pleurer. Car ils l’aimaient bien, l’Oncle Gilles. Ils appréciaient son dévouement. Ils partageaient toujours ses idées. Et ils ne comprenaient pas pourquoi ils avaient été, si inutilement, bêtes et méchants.

 

319- Et si, dans trois ans, les mêmes Québécois qui viennent de voter en masse pour le NPD disaient OUI à un référendum sur la souveraineté organisé par le Parti Québécois nouvellement porté au pouvoir? Comme ça, avec le sourire goguenard de gens qui font une bonne blague à tous ces fédéralistes qui sont en train de pavoiser actuellement et de se réjouir de la mort appréhendée du mouvement souverainiste! Et l’on se retrouverait souverain tout à coup, sans l’avoir vraiment décidé, comme on se ramasse aujourd’hui avec des tas de députés dont la grande majorité ne voulaient même pas être élus! Quel peuple amusant que le peuple québécois!

 

320- Et si Scott Gomez s’était porté candidat? Il aurait sûrement été élu. Nous, on en serait débarrassés pendant les quatre prochaines années. Et lui, ça ne l’aurait pas changé de beaucoup. De toutes façons, il est aussi invisible sur la patinoire que le joli petit fantôme de Berthier-Maskinongé l'est dans sa circonscription. Et aussi unilingue anglophone!

 

321- 8 Mai : Fête des Mères !

Bien des femmes se désolent de ces vergetures laissées sur leur ventre par leurs multiples accouchements. Personnellement, j’ai toujours considéré ces marques indélébiles comme des insignes de noblesse, des décorations remises pour de remarquables services rendus à l’humanité, et je me suis toujours incliné devant elles avec un grand respect mêlé d’une infinie tendresse. Il n’y a pas d’acte plus noble que de garder au chaud et en sécurité au plus profond de soi un futur être humain, et de le rendre à la vie extérieure quand il a acquis la capacité d’exister par lui-même. Soyez bien fêtées aujourd’hui et toujours remerciées, les mamans! Vous le méritez infiniment.

 

322- Avez-vous remarqué? Quand on cherche en vain quelque chose au fond de ses multiples tiroirs, on tombe toujours sur un autre bidule que l’on avait cherché désespérément la semaine précédente et dont, bien sur, on n’a plus besoin. Devrait-on toujours chercher autre chose que ce que l’on veut trouver pour être sûr de tomber dessus, par hasard?

 

323- Avec les changements climatiques et tous les cataclysmes qu’ils entraînent, parler de la pluie et du beau temps n’est plus du tout une aimable badinerie légère et superficielle. Cela devient une conversation très sérieuse, dramatique même à l’occasion.

 

324- Que c’est dur d’attendre, surtout quand on ignore le moment où ce que l’on espère va enfin arriver. Moi, je m’encourage toujours en me disant qu’un jour ne dure jamais plus que vingt-quatre heures. Cela peut paraître plus long, mais ce n’est qu’une désagréable illusion.

 

325- Et quand la Cour Suprême se trompe, on fait quoi?

 

326- Quand un vieux meuble s'en va, par erreur, dans les vidanges lors d,un déménagement, ce ne sont pas les services qu'il pourrait encore rendre qui nous manquent, ce sont les souvenirs irremplaçables qu'il évoque et qu'aucune somme d'argent ne peut racheter. Imaginons tous les vieux  souvenirs de famille, balayés par les irrésistibles tornades du Mississipi ou engloutis dans les eaux boueuses de la Rivière Richelieu!

 

327- Enfin la frontière entre la Bande de Gaza et l'Égypte est ré-ouverte! De façon progressive mais inéluctable, Israël perd du terrain. Un état ne peut pas tenir le monde entier en laisse indéfiniment. Arrive un jour où plus personne n'a peur de lui, si puissant soit-il. L'indépendance de la Palestine est maintenant à portée de vue.

 

328- Qui a dit : «Rien ne se perd, rien ne se crée? Je perds des tas de choses et je me crée des tas d’histoires à leur sujet. Elles se révèlent toutes fausses quand, des fois, je retrouve mes affaires égarées.

 

329- Certaines technologies modernes semblent indélogeables, malgré leur âge avancé et les efforts déployés par les spécialistes à travers le monde. On réussit bien à les dépasser mais pas à les remplacer. Un bel exemple est la stéréophonie. On a mis au point la quadraphonie qui, disait-on, devait les supplanter. Mais rien n’y a fait, pour un certain nombre de raisons a la fois techniques et mercantiles. Peut-être aussi parce que, au moins dans certains cas, c’est vrai que le mieux est l’ennemi du bien.

 

330- Lors d’un déménagement, l’on découvre dans des fonds de tiroirs des tas de choses dont on avait complètement oublié l’existence. On se demande pourquoi on les avait conservées aussi longtemps et pourquoi on les range encore au fond d’un autre tiroir où elles vont à nouveau sombrer dans l’oubli le plus total. Elles représentent sûrement un passé auquel on reste attaché et que l’on ne se résigne pas à enterrer de façon définitive.

 

331- Tout doit être organisé, même le désordre. Surtout le désordre. 

 

332- Quand on apprend de son médecin qu’il ne vous reste plus que de trois à cinq ans à vivre ou à voir, bien des choses prennent un visage différent. Les projets d’avenir ne sont plus les mêmes. Je conserve pourtant cette rage d’apprendre et de savoir, même s’il devient évident que cela ne servira à rien. Ai-je vraiment besoin de connaître les processus de mémorisation des macaques albinos ou les étapes du peuplement de la Micronésie septentrionale? Bien sûr que non. Malgré tout, jusqu’à la dernière seconde, je lirai tout ça, avec mes énormes loupes qui n’en suffisent plus à la tâche, en rabâchant ces mots de Cyrano de Bergerac : «C’est bien plus beau lorsque c’est inutile».

 

333- Dans le domaine de la sexualité, personne n’est maître de ce qui l’excite ou ne l’excite pas. Tout ce qu’on peut et doit faire, c’est de décider de la façon dont on vit ses penchants particuliers, en prenant soin de ne causer de tort à personne, à commencer par soi-même. Certains fantasmes sont assez faciles à vivre de façon sécuritaire, exemple l’exhibitionnisme, le sado-masochisme, l’échangisme, etc. D’autres excluent par essence toute possibilité de passage à l’acte car leur objet même est illégal. Le cas le plus évident est la pédophilie qui est criminalisée dans ses moindres manifestations. Une autre «tendance» très médiatisée ces jours-ci est ce besoin impérieux de la possession brutale de quelqu’un qui n’y est pas consentant, Dois-je citer un nom ou simplement les trois lettres avec lesquels on le désigne ordinairement? DSK, cela vous dit quelque chose? Quelqu’un qui subit l’ascendant de pareilles pulsions se doit de se doter d’une discipline intérieure inexorable, pour éviter de se retrouver dans des situations fort désagréables. L’exemple actuel nous dit que ce n’est pas toujours le cas, surtout quand on est obnubilé par le sentiment de sa toute-puissance et de son invulnérabilité.

 

334- La fragilité mentale de l’être humain est un phénomène qui déroute, inquiète, fait peur même, surtout quand ses manifestations prennent des proportions démesurées et dépassent les limites de l’acceptable, au point que bien des gens refusent même d’envisager son existence. Un père tue ses deux enfants, ;a la suite d'une rupture conjugale: est-il un grand malade ou un criminel? La vindicte populaire opte sans hésiter pour la deuxième hypothèse. Pourtant… Pour comprendre ce qui se passe, il nous faut recourir à la pathologie biologique. Il existe, dans les cellules rouges de l’être humain, un enzyme appelé glucose-6-phosphate-deshydrogénase, qui est responsable, non seulement du métabolisme ordinaire de la cellule, mais encore de la digestion de certaines substances chimiques : aliments (fèves), médicaments (anti-malariques), produits d’utilisation courante (naphtaline). Normalement, cet enzyme se trouve en quantité de surplus, suffisante pour faire face à toute éventualité. Dans certains cas, ce surplus n’existe pas. Il suffit donc qu’il se produise une demande additionnelle de G-6-PD pour que la cellule se retrouve en pénurie et éclate, ce qui provoque une crise d’anémie majeure. C’est ça, la fragilité. Certains individus peuvent en être porteurs sans que jamais ils le sachent, dans la mesure où ils vivent dans des conditions supportables. Surviennent des circonstances exceptionnelles, particulièrement perturbantes, et la démence s’installe, de façon subite et brutale, avec des conséquences possiblement dévastatrices. Une telle personne a besoin d'un traitement intensif et prolongé, pour une une prise de conscience de ses failles internes et une patiente reconstruction de sa personnalité sur des bases plus solides. Cela ne se fait pas en prison.

 

335- Mon ophtalmologue, qui semble être finalement doté d’un irrésistible sens de l’humour, m’a donné l’alternative suivante : soit je meurs avant de devenir aveugle, soit je vis longtemps mais dans le noir le plus total. Quel joyeux dilemme! La vie ou la vue! Mourir encore jeune ou vivre aveugle! Ce débat est cornélien. J’avoue ne pas encore réussi à le trancher. J’aimerais tellement vivre centenaire en ayant gardé la capacité de jouir d’un beau sourire d’enfant! Et de bien d’autres beautés de la Nature, d'ailleurs! Mais quelque chose me murmure à l’oreille que je n’aurai rien à y dire et que tout cela se décidera sans moi.

 

336- Message à Jack Layton... et à moi-même!

Quand d'impérieuses conditions nous interdisent désormais d'avoir charge d'autres personnes, alors que cela a été l'un des moteurs essentiels de notre existence des dernières décennies, tout ce qu'on peut se dire , pour s'encourager, c'est que, désormais, on n'aura plus charge que d'une seule personne: soi-même. Et c'est finalement très important.

 

337- Quand une de mes «mamans» me dit, en parlant de son fils, aujourd'hui presqu'adulte, que j'ai suivi depuis sa plus tendre enfance: «Vous l'avez sauvé», je suis assailli, bien sûr, d'un sentiment d'indicible satisfaction. Mais, en même temps, je suis bien obligé de me dire, avec tristesse et nostalgie: c'est fini, je n'ai et n'aurai plus personne à sauver. Et cela ne se remplace par rien d'autre. C'est un constat brutal avec lequel il faut accepter de vivre.

 

338- Rêvons un peu: qu'aurais-je fait si, actuellement à la retraite à 76 ans, je n'avais pas été un grand handicapé visuel? Je le sais. Je serais allé passer entre trois à six mois par année en Haïti pour essayer, je dis bien essayer, de mettre sur pied une sorte de pédopsychiatrie volante, qui irait rejoindre les jeunes haïtiens là où ils vivent, dans leurs camps de fortune, leurs bidonvilles, leurs écoles rafistolées, avec tout ce que cela peut entraîner d'anxiété, de stress post-traumatique ou même traumatique tout court, car la misère, l'incertitude, le danger, l'abandon font partie de leur vie de tous les instants. Mission impossible? Probablement. Mais je l'ai tout de même fait, dans une certaine mesure, ici, au Québec. Cela m'a donné une expérience qui aurait pu m'être utile...

 

339- Quand c'est trop tard, tout ce qu'on peut faire, c'est rêver à ce qui aurait pu être, Et encore, il est préférable de ne pas trop s'y attarder.

 

340- Lu dans l’Histoire du Capitalisme, de Michel Beaud, ce passage écrit pas un certain Frédéric Bastiat : «Il faut que l’État laisse faire ou empêche de faire. S’il laisse faire, nous serons libres et économiquement administrés, rien ne coûtant moins que le laisser-faire. S’il empêche de faire, malheur à nos libertés et à notre bourse». Bon, cela date de 1845, dans les premiers temps du développement sauvage du capitalisme. On se dit que les choses ont bien changé depuis. Mais on se rend compte que c’est ce même message que les républicains américains, particulièrement ces rétrogrades du Tea Party, véhiculent actuellement, en 2011, et tentent d’imposer au plus puissant pays du monde. Surtout ne touchez pas à la richesse des riches! Et ne donnez rien aux pauvres, ils n’ont qu’eux-mêmes à blâmer de n’avoir pas su devenir riches eux aussi. Qui donc les a élus, ces gens-là?

 

341- J’ai bien de la difficulté à comprendre cette décision de diminuer la cote de crédit d’un pays, grand ou petit, qui éprouve de graves problèmes financiers. C’est une bonne façon de lui compliquer encore plus la tâche s’il essaie de remonter la pente. Cela sert à quoi, en définitive? Mais je ne suis ni économiste ni politicien. Que suis-je donc pour y comprendre quoi que ce soit?

 

342- Voulez-vous voir des visages souriants? Allez jeter un coup d’œil sur les pages nécrologiques. Il n’y a que ça. C’est comme si tous ces chers disparus tenaient à nous consoler de notre tristesse en nous rappelant que maintenant, où qu’ils puissent être, dans quelque ciel ou bien nulle part, ils ont fini de souffrir.

 

343- En l’an 313, l’empereur romain Constantin promulgue l’Édit de Milan, qui instaure la liberté de culte en libérant le christianisme de l’obligation de se soumettre à la divinité de l’empereur. Tout juste avant sa mort, il se convertit à cette nouvelle religion et ses successeurs vont en faire pratiquement la religion d’état. Je me plais souvent à me demander ce que serait aujourd’hui la face de notre planète, si ces maîtres du monde romain avaient décidé… de ne pas choisir, laissant jouer la libre concurrence entre les différentes religions. À cette époque, le paganisme, dont la principale représentante était la religion du dieu Mithra, jouissait d’une crédibilité et d’une expansion bien plus importantes que le christianisme, encore récent et peu connu des masses, surtout dams les provinces nouvellement conquises. Sans l’appui du souverain, il eût peut-être disparu, et l’Europe serait aujourd’hui, comme l’Asie, occupée par une pluralité de religions polythéistes. Alors, pas de croisades, pas de guerres de religions, pas d’évangélisation de l’Amérique. Probablement pas d’Holocauste. Pas d’Islam non plus, pas de colonisation arabo-musulmane… Bon!

 

344- Il y a déjà bien longtemps, j’ai écrit :

 Quand la tempête déferle sur tes jours

Quand le doute creuse ton cœur

Vide ton esprit

Quand l’espérance elle-même s’enfuit

Par toutes les fissures de ton existence

Alors tu écoutes Jean-Sébastien Bach

Mozart, Beethoven et Schubert

Ou même Brahms et Wagner

Tu te laisses imprégner

Par cette inaltérable sérénité

Cette joie et même ces souffrances

Si profondément humaines

Et bientôt les monstres s’assoupissent

Et doucement reviennent au bercail

La quiétude et l’espoir!

Défense de sourire. J’étais jeune, bon! Mais ce serait si beau si les choses pouvaient être aussi simples!

 

345- Un de mes amis d’enfance, quand il voulait expliquer pourquoi un heureux évènement était arrivé, disait : «Grâce à Dieu… et à la chance!». Manifestement il n’était pas convaincu que même un dieu avait assez de pouvoir pour régler à lui tout seul les problèmes de l’existence. Il lui fallait un petit coup de pouce de cette instance supérieure dont nul ne savait la nature ni les raisons de ses décisions : La Chance!

 

346- Les peuples ont souvent tendance à suivre les chefs qui les entraînent vers le bas et non ceux qui leur proposent un idéal difficile d’accès.

 

347- Oh que je me souviens! Le 21 septembre 1963, j’assistais à la télévision à la cérémonie et au concert d’ouverture de la Place des Arts. Je venais tout juste d’arriver au Québec, le 1er. juillet de la même année. Je commençais ma résidence en pédiatrie à l’Hôpital Sainte-Justine. C’est là d’ailleurs qu’en compagnie de quelques résidents québécois j’ai regardé ce spectacle si nouveau, même au Québec. Ce soir, c’est dans mon salon que j’assiste à la première de la nouvelle salle de l’Orchestre Symphonique de Montréal. Que de choses ont changé depuis et pourtant que de similarités! A cette époque, je découvrais à peu près tout : le Québec en plein début de sa révolution tranquille, un grand orchestre en gestation, et la télévision elle-même, vieille seulement d’une dizaine d’années, encore incolore. Ce soir, ma nouvelle télé de 55 pouces me transmet des images et un son d’une qualité exceptionnelle. Mais l’émotion est la même, la fierté aussi. En 1963, un chef hindou, Zubin Mehta, dirigeait la Première Symphonie, Le Titan, de Gustav Mahler. Ce soir, c’est un japonais, Kent Nagano, qui nous livre La Neuvième de Beethoven. Le Québec s’ouvrait alors au monde. Aujourd’hui, le monde y est installé. Changements majeurs dans une trame ininterrompue. Je suis allé à bien des occasions à la Place des Arts. Je ne pense pas que j’aurai la chance de visiter la nouvelle salle. La technologie moderne me permet au moins de l’imaginer.

 

348- Je ne crois à aucun dieu, cela se sait. Mais il y a certaines déesses devant lesquelles je suis prêt à m’incliner, avec respect et une certaine vénération. Ainsi, la grande Erzulie, la Vénus noire, dont la mythologie vaudoue nous apprend qu’elle existe sous au moins deux avatars principaux :

    - Erzulie Fréda, belle amoureuse, plutôt volage, conjointe du dieu Damballa, mais qui s’abandonne volontiers dans les bras d’Ogoun, de Guédé Nibo, et même peut-être de quelques mortels, la donna e mobile!

    - Erzulie Dantor, déesse guerrière, agressive, mordante, féministe avant l’heure, protectrice de la Femme et de l’Enfant, patronne des Lesbiennes et peut-être des Dominatrices, qui sait?

À genoux, messieurs! Peu importe qu’elle existe ou pas, elle représente deux valeurs primordiales à nos yeux, l’Amour et la Beauté, et prend un soin jaloux de certaines des personnes que nous chérissons le plus : les femmes et les enfants, peut-être aussi les lesbiennes et les dominatrices, qui sait?

 

349- Le 14 mai 1948, Israël proclamait unilatéralement son indépendance. Peu de temps après, ce nouvel état recevait la consécration de l’ONU et la reconnaissance de la plupart des pays du globe, à l’exception des pays musulmans. Le 23 septembre 2011, la Palestine dépose à l’ONU une demande de reconnaissance officielle de son statut de pays souverain. La France tergiverse, la Communauté Européenne ne se prononce pas encore. Quant aux États-Unis, même dirigés par un président de race noire et d’ascendance en partie musulmane, ils se préparent à y opposer un veto au Conseil de Sécurité. Ce serait un euphémisme que de parler ici de différences radicales de poids et de mesures. Il s’agit-là d’un déni de justice évident et absolument inacceptable.

 

350- Comment se sent-on quand quelqu’un que l’on admire beaucoup se met tout à coup à fouler au pied ses principes les plus fondamentaux pour des considérations bassement électorales? Mon cher ami Barack, que tu me déçois, que tu me déçois!

 

351- J’aime l’aube. C’est le moment où la nuit, de noire qu’elle était, devient blafarde, grisâtre, voire bleutée. Les jours de beau temps, surtout au bord du fleuve, le ciel s’irise, se parsème de zébrures verdâtres, mauves, orangées. On dirait que des esprits inconnus pavoisent une voie superbe pour préparer l’arrivée du disque d’or, le sublime dieu Soleil, qui va doucement percer l’horizon et entreprendre son parcours journalier, dans tout son éclat et sa superbe incandescence. Mais il n’en est pas toujours ainsi. Certains jours, c’est une opaque nébulosité qui voile tout et qui nous annonce de la grisaille, des larmes froides et de la sombre morosité. Ce qui commence ne nous garantit guère ce qui s'ensuit. L’aube est une promesse que la journée ne tient pas toujours. En serait-il ainsi de la vie?

 

352- Je me suis inscrit à un cours donné à St-Eustache par l’Université de Sherbrooke. Le sujet : l’Histoire du Monde, de 1945 aux années 80. Quelle jouissance de revoir tous ces évènements que l’on a vécus, même de loin, mais intensément, de combler les trous de mémoire et d’ignorance, et de mieux les mettre en perspective et dans leurs rapports de causalité, sous la conduite éclairante d’un connaisseur professionnel! Bien sûr, pour reprendre l’expression d’un de mes anciens condisciples à la Faculté de Médecine, je salue au passage de vieilles connaissances. Mais surtout, j’apprends â mieux les connaître et les comprendre.

 

353- Il y a de ces faits vécus que l’on aurait aimé n’avoir été que de mauvais rêves.  

 

354- Forcer les Palestiniens à négocier leur statut de souveraineté avec un gouvernement israélien qui ne pense qu’à mieux les envahir, c’est enjoindre à l’agneau de demander au loup la permission de s’enfuir et de se réfugier dans la forêt. C’est encore et toujours faire pencher la balance du même côté, celui du prédateur aux dépens de la proie sans défense.

 

355- En 1866, quelqu’un écrivait : «L’esclavage, en lui-même, est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d’esclavage, et celles-ci se réfèrent à des théologiens approuvés… Il n’est pas contraire au droit naturel et divin pour un esclave, qu’il soit vendu, acheté, échangé ou donné». L’auteur? Le Pape Pie IX en personne. Et il y a encore une grande artère qui porte son nom, en pleine ville de Montréal! Où sont donc les indignés?

 

356- Une dame de mes amies m’a récemment raconté une conversation qu’elle a surprise entre son fils, jeune adulte, et son frère, dans la trentaine. Le neveu se vantait auprès de son oncle d’avoir eu un grand ami qui l’avait compris et guidé durant les épisodes difficiles de sa prime jeunesse. Quel ne fut pas son étonnement d’apprendre, non seulement que son oncle, lui aussi, en avait eu un durant son enfance et son adolescence, mais aussi qu’il s’agissait de la même personne! Devinez qui est au comble du bonheur!

 

357- Je me demande si les québécois qui avaient voté orange aux dernières élections, malgré leurs profondes convictions souverainistes, voient déjà les changements spectaculaires qu’ils attendaient de leur nouvelle, jeune, belle et anglophone députée, si tant est qu’ils en attendaient vraiment quelque chose de différent. Peut-être qu’ils s’en désintéressent totalement, alors qu’ils sont déjà passés à autre chose. Quand un peuple délaisse la seule boussole capable de l’emmener à bon port, il ne lui reste plus qu’à se laisser entraîner à bâbord et à tribord par les vents les plus contradictoires.

 

358- Le père d’une de mes anciennes patientes, rencontré par hasard, me donnait il y a quelques temps des nouvelles de sa fille devenue adulte. Je l’ai suivie, de la quatrième année à la fin du secondaire, pour un déficit d’attention et de sérieuses difficultés d’apprentissage. Elle entreprenait maintenant des études universitaires… en comptabilité, elle qui éprouvait toutes les misères du monde à résoudre ses problèmes de mathématiques. Elle a confié à son père que ce goût des chiffres lui était venu quand elle passait le plus clair de nos rencontres à jouer avec moi à Jour de Paye! Jamais je ne l’airais prévu. Au fait, je ne sais pas comment elle s’y prenait, mais elle gagnait à peu près toujours, au grand bonheur de son cher thérapeute.

 

359- Le pire danger qui menace les mouvements de protestation populaire, comme celui des indignés, c’est la chronicisation. Au mieux, ils s'installent, s’enlisent, deviennent partie du paysage et se font prendre en photo par des touristes en goguette. Au pire, ils engendrent des problèmes connexes (violence, dangers physiques, délinquance…), qui donnent aux autorités politiques et policières de bons prétextes pour intervenir. Enfin, cela se termine par l’essoufflement et la désaffection des militants. Quant au message qu’on voulait véhiculer, il se perd dans le tumulte d’affrontements tout-à-fait stériles, et finit par sombrer dans l'oubli le plus total. C'est tellement plus simple et plus efficace d'organiser des actions ponctuelles, courtes mais incisives, qui lancent le message à l'état pur, comme des flèches acérées, précises et meurtrières.

 

360- Il m’y a rien de pire qu’une révolution qui échoue. Cela prend une génération avant de motiver à nouveau le peuple qui y avait cru. Regardez ce qui arrive au mouvement indépendantiste québécois. Plus personne ne veut revivre l’échec de 95, et la plupart des gens se réfugient sans réflexion vers des voies d’évitement, juste pour se protéger.

 

361- Le système capitaliste a commencé par réduire à la misère des gens déjà pauvres. Puis ce fut le tour de petites et moyennes entreprises d'être acculées à la faillite par la féroce concurrence des  plus grosses. Enfin, même des banques et des multinationales ont dû fermer ou ont tout-au-moins frôlé la catastrophe lors de crises mondiales. Maintenant, ce sont des États eux-mêmes qui se retrouvent au bord du gouffre. Après, que restera-t-il? La Planète?

 

362 - La Planète! Elle est déjà menacée. Le seul avantage, c'est que cette mondialisation des crises capitalistes provoque des prises de conscience, endigue les appétits voraces, impose une discipline stricte dans les politiques financières et commerciales. C'est ainsi qu'à travers les désastres réels ou appréhendés, l'Humanité, non seulement survit, mais grandit.

 

363- Il parait qu’il y a eu toute une effervescence dans certains milieux en raison de la survenue imminente d’un moment unique dans l’histoire d’un siècle : 11 heures, 11 minutes, 11 secondes du 11ème jour du 11ème mois de la 11ème année du siècle en cours! Quand on pense que notre calendrier ne repose que sur la date présumée de la naissance du Christ, elle-même due à une erreur d’un moine qui se serait trompé d’au moins cinq ans, on se demande comment des personnes intelligentes et instruites peuvent accorder de l’importance à de pareilles balivernes! Et, chez ceux qui en sont encore restés au calendrier julien, le 11 du 11 doit se perdre dans un dédale ce complications inextricables pour les gens ordinaires.

 

364- Héphaïstos! Un dieu grec. Il parait qu'à sa naissance sa mère Héra l'a trouvé si laid qu'elle l'a saisi par son petit pied et l'a lancé en bas du Mont Olympe, l'habitat des dieux. Il se cassa une jambe, et en resta boiteux et difforme pour l'éternité. Il apprit le métier de forgeron, mais fut plus que ça: un bâtisseur, un orfèvre, un sculpteur, bref un réel artiste, d'une qualité d'expression tout-à-fait remarquable. On lui doit des merveilles de toutes sortes. Le Palais des Dieux, c'est de lui, mais aussi, le Char du Soleil, le Collier d'Harmonie, le Trône de Zeus, le Bouclier d'Achille, la Ceinture d'Aphrodite, et même Pandore, la première femme, qu'il a façonnée de ses mains dans la glaise. De purs chef-d'œuvre. On eût dit que cette Beauté, dont son propre corps était totalement dépourvu, il la sentait, la voyait et la projetait sur les œuvres qu'il créait. Certainement un des personnages les plus fascinants de l'Olympe. Dommage qu'il n'ait jamais existé.

 

365- Certains compositeurs classiques doivent leur renommée à une œuvre qu'ils n'ont jamais composée. Ainsi, Domenico Cimarosa est surtout connu pour son Concerto pour hautbois, lequel est en fait un arrangement d'un hautboïste australien, Arthur Benjamin, à partir de délicieuses petites pièces pianistiques du compositeur italien. Le cas de l'Ave Maria de Caccini est encore plus comique. Il n'a rien à voir avec ce compositeur de la Renaissance (fin du seizième siècle). qui n'est connu que des spécialistes de cette époque. C'est l'oeuvre d'un obscur compositeur russe, attendez que je retrouve son nom, Vladimir Vavrilov, qui l'a publiée en 1970. D'après la légende, un dame, peut-être la soprano qui devait interpréter le morceau, se serait écriée: «Mais c'est du Caccini!». Et voilà comment on défait l'histoire. On peut se demander si Monsieur Caccini eût endossé cette fausse paternité d'une oeuvre qui n'a rien de commun avec ses productions réelles, rien que pour avoir le plaisir d'entendre son nom, enfin connu, prononcé à satiété sur des ondes radiophoniques. Que ne ferait-on pour un peu de célébrité!

 

366- Il faut bien faire attention aux noms des organismes publics et aux calembours acerbes et méchants auxquels il peuvent donnent naissance. Il y a quelques décennies, les États-Unis ont envoyé en Haïti une mission de santé qui se révéla un échec complet. Quelques temps après, on en organisa une autre à laquelle on donna le nom de Mission Sanitaire Américaine, MSA. Le slogan publicitaire était: «Aimez ça!».Ce à quoi les Haïtiens ont rétorqué: «C'est la Même Saloperie qu'Avant!». Personnellement, j'hésiterais beaucoup avant de nommer mon parti politique la CAQ. Faut pas tendre une perche pareille aux esprits malveillants.

 

367- Jeune résident en pédiatrie en Haïti, au tout début des années 60, j'avais la responsabilité d'une immense salle remplie d'enfants de tous âges, dont les cris, pleurs et piaillements remplissaient l'ambiance d'une musique très particulière. Elle nous était familière et ne nous dérangeait nullement dans notre travail. Au fond, elle semblait même s'incorporer dans le silence. Un jour, un de mes amis, venu me voir quelques instants, me dit avec in ton d'effroi dans la voix: «Mais comment fais-tu pour supporter ce bruit?». Avec une charmante ingénuité, je lui ai répondu: «Quel bruit?». Ce qui fait vraiment partie de notre vie quotidienne ne dérange que les autres.

 

368- Les personnes âgées ne sont plus objet de désir, mais, dans les meilleures conditions, de vénération, dans de moins bonnes, d'indifférence, et, dans les pires, de mépris et de rejet. Il ne fait pas toujours bon d'être une personne âgée.

 

369- Pourquoi certaines personnes qui, à l'origine, ne semblaient être animées que de purs sentiments altruistes, deviennent des bourreaux sauvages et sanguinaires et versent dans le totalitarisme aveugle quand ils se font les défenseurs d'une idéologie qui leur paraît primer sur le plus élémentaire respect de la vie humaine? L'Inquisition catholique de la fin du quinzième siècle, la Terreur jacobiniste de la Révolution française, l'Holocauste hitlérien, les purges staliniennes, et, plus près de nous, les outrances sanguinaires des talibans ne sont que quelques exemples parmi les plus connus.

 

370- En créole haïtien, les homosexuels sont désignés par les termes massissi et madivine. Je me suis toujours interrogé sur l'origine de ces appellations. En laissant aller un peu mes fantasmes, je me suis imaginé des groupes de colons français durant l'époque coloniale. gays et lesbiennes, où l'on se nommait ouvertement ma sissi (sissi est encore un mot anglais qui désigne un homme qui s'habille en femme) et ma divine. Les haïtiens n'ont eu qu'à répéter ces expressions qui, soit dit en passant, me paraissent empreintes d'une touchante et délicieuse tendresse.

 

371- Durant la guerre franco-allemende de 1870, l'armée française fut un temps commandée par un certain général Trochu. Incompétent notoire, il allait de défaites en défaites. Victor Hugo l' ainsi stigmatisé: «Trochu, participe passé du verbe Trop Choir!». Entre des mains expertes et inspirées par le génie, même le calembour, que le dit Hugo appelait avec un certain mépris la fiente de l'esprit, peut devenir une arme redoutable et terriblement efficace. Trochu ne s'en est pas relevé.

 

372- Si le sapin est vraiment, comme dit la chanson, le roi des forêts, nous sommes à peu près tous coupables de régicide.

 

373- L'origine du mot créole rad, vêtements, m'a souvent inspiré quelques réflexions. J'ai toujours supposé qu'il venait du mot français hardes. Une de mes amies, qui a suivi un cours de philologie à la Sorbonne, m'a expliqué que, dans la formation d'un langue nouvelle, la consonne r qui se trouve à la fin d'une syllabe et juste avant certains types de consonnes, fait un petit saut au début de la syllabe. Reste à expliquer pourquoi le sens restrictif de vieux habits a laissé la place au sens général d'habits, tout simplement. Il se peut qu'à l'époque le mot hardes n'avait pas encore ce sens restrictif. Il faut aussi se rappeler que les esclaves noirs ne portaient que de vieux habits, donc des hardes.

 

374- Il y a des équipes de hockey qui ne gagnent que quand l'équipe adverse joue mal.

 

375- Les brillants moralistes du gouvernement fédéral qui veulent interdire les arbres de Noël pour ne pas heurter les convictions religieuses des non-chrétiens devraient commencer par abolir l'hymne national canadien. Quand j'entends chanter: «Car ton bras sait porter l'épée, il sait porter la croix», cela heurte profondément mes convictions pacifistes et athées!

 

376- L'athéisme ou même simplement l'indifférence religieuse sont des luxes que peuvent se payer les pays riches et démocratiques. La religion est indispensable aux peuples pauvres et opprimés, car elle sert de véhicule à toutes les révoltes et de prétextes à toutes les soumissions.

 

377- Quand j'étais jeune, en Haïti, la voix de Noël, pour moi, c'était celle de Bing Crosby. Elle l'est restée jusqu'à présent. J'écoute encore son disque à chaque année, la veille de Noël. Mais, à l'époque, je n'avais aucune idée de ce que pouvair être le Noël Blanc. Et mon anglais était plutôt rudimentaire. Alors, au lieu de White Christmas, j'entendais Wild Christmas. Et je rêvais d'un Noël sauvage, au fond de la jungle, avecTarzan et Jane, avec les singes qui piaillaient dans les arbres, les petits lions qui jouaient à cache-cache dans les buissons enchevêtreés et même les crocodiles, qui, pour une fois, se tenaient tranquilles près de la rivière, sur la berge enfiévrée. Noël, pour moi, c'était la Fête de la Lumière et de la Chaleur Universelles, celle de la Paix et de l'Amitié pour tous. Cela devrait être encore ça, je suppose.

 

378- Il semble bien que Jésus n'a jamais eu même l'idée de fonder une nouvelle religion. Ses apôtres non plus, qui tenaient à ce que les nouveaux adeptes de cette secte issue de celle des Esséniens soient circoncis et jurent fidélité à la Loi de Moïse. Des Juifs, donc. C'est Paul, intellectuel de grande classe, formé à la grande culture gréco-latine, qui n'avait jamais connu Jésus d'ailleurs, qui s'est opposé à son chef Pierre et à fait accepter l'idée d'une ouverture sur le monde des Païens, et la création d'une religion universelle. Sinon, le christianisme serait resté une petite secte juive, comme il y en avait tant, aurait finalement disparu où aurait sombré dans la marginalité, comme les Hassidim. Et aujourd'hui, nous aurions célébré la Grande Fête du Soleil, qu'on aurait  imploré de nous accorder un hiver doux et clément, comme cela se faisait bien avant l'apparition du christianisme. Aurions-nous demandé juste assez de neige pour recouvrir les pentes de ski?

 

379- Parlant de neige, lors de ma première tempête, en 1963, j'ai vu, dans la rue, une énorme machine qui semblait gruger littéralement la neige pour l'envoyer au loin, réduite en fine poussière. Émerveillé, je me suis écrié: «Mais c'est une fraiseuse à neige!». Quelqu'un m'a soufflé à l'oreille: «Mais non, épais, c'est une souffleuse». Je m'en suis étonné, car je trouvais, avec raison d'ailleurs, que cela ne soufflait rien du tout. Mais qu'y pouvais-je? Il n'y a pas longtemps, en furetant dans Wikipedia, j'ai appris que, dans les pays francophones d'Europe, cette machine s'appelait fraiseuse à neige. Dire que pendant des décennies j'ai gardé la conviction d'être un épais. Que cela fait du bien de perdre soudain du poids!

 

380- Durant mon parcours professionnel, j'ai quelquefois été l'objet de petits larcins de la part de mes jeunes amis. Il s'agissait ordinairement de menus jouets, blocs lego, petites autos, dont je ne remarquais même pas la disparition, du moins, pas tout de suite. Un jour, j'ai retrouvé, accroché à la porte d'entrée du bureau, un sac de plastique contenant un pot à crayon décoré de cartes géographiques, et une note tout à fait charmante d'une dame de 35 ans, qui m'avouait m'avoir «emprunté» ce pot alors qu'elle venait me voir à l'âge d'environ douze ans. J'ai peut-être compris la signification possible de ces gestes quand un de mes adolescents, à sa dernière visite, peu avant ma retraite,  m'a demandé de prendre un objet quelconque, pour conserver quelque chose de moi. Quant à moi, j'ai gardé d'eux le meilleur, un impérissable souvenir de jeunes sympathiques et attachants, pour lesquels j'étais le grand, très grand ami.

 

381- La traite négrière (c'est l'appellation moderne), initiée depuis des temps reculés par la colonisation arabo-musulmane, poursuivie par les européens, a été une catastrophe pour les peuples africains qui en étaient les victimes, dont elle a saccagé tout le tissu religieux, social et culturel. Certaines tribus devaient, pour y échapper, se cacher au fond de la jungle épaisse, se coupant ainsi de contacts avec le monde extérieur. Plusieurs se sont converties à l'Islam dans l'espoir d'éviter l'esclavage, qui, en principe, était interdit par la Coran entre musulmans. Malgré tout, l'esclavage n'a finalement été aboli partout dans le monde qu'en 1980, en Mauritanie, pays africain, mais de culture arabo-musulmane. Il n'a été reconnu comme crime contre l'humanité qu'en 2001. Mais il persiste encore sous des formes diverses jusqu'à nos jours, surtout l'exploitation des femmes et des enfants. Y a-t-il des indignés dans la salle?

 

2012

 

382- Il y a quelques années, à l'occasion du Jour de l'An, mon frère René, récemment décédé, nous envoyait une photo avec le texte suivant: «En 1956, j'ai fait la photo de cette petite fille d'une famille pauvre. En 2005, je l'ai retrouvée grand-mère, avec ses enfants aussi pauvres qu'elle. C'est le tableau que nous donne Haïti. J'ai eu mal au cœur. Il faut que nous nous mettions tous ensemble pour combattre cette misère». Il rêvait, bien sûr, comme je le fais moi aussi. mais qu'y pouvons-nous vraiment. Il est bien évident que cette union sacrée dont il parle n'est pas pour demain. Je sais bien qu'un jour ce rêve sera réalité. Que les racines de cet Arbre de la Liberté dont parlait Toussaint Louverture, j'ajouterais de la Vitalité, vont reprendre force et injecter dans le tronc et les branches une sève vigoureuse et vivifiante. Mais, comme dirait peut-être Raymond Lévesque, mais moi, je serai parti te rejoindre, mon frère, et depuis longtemps déjà. En attendant:

BONNE FÊTE, HAÏTI !

QUE L'ANNÉE 2012 NOUS SOIT BONNE ET FRUCTUEUSE