SOMMAIRE
- 2005
- 2006
- 2007
- 2008
- 2009
- 2010
1- Granule : « petite pilule renfermant une quantité
infime mais rigoureusement dosée d’une substance très active . »
C’est pas moi qui le dis , c’est le Dictionnaire Larousse .
2- Je suis une plante d’intérieur , je ne fleuris que dans l’intimité
.
3- Certains individus souffrent de déficience physique , d’autres , de
déficience intellectuelle . Les racistes , malgré leur bonne santé
physique et la normalité de leur intelligence , sont atteints de déficience
culturelle grave .
4- Je prendrai mes médicaments jusqu’à ma dernière seconde . Je
tiens à mourir en bonne santé .
5- Quand tu es là , je deviens tout à l’envers , je ne sais plus ce
qui est à terre et ce qui est en l’air , car tout ressemble à un
beau ciel bleu , couleur de tes yeux .
6- Personne ne me fera croire que la vie puisse avoir un sens qui serait
décidé d’en haut par un être surnaturel , si puissant qu’il fût
. La vie n’a pas de sens en soi . Ma vie a le sens que je lui donne et
rien d’autre .
7- Comment expliquer qu’un objet aussi stupide et inutile qu’une
cravate soit devenu , dans le monde entier , l’emblème même de la
respectabilité ? Un savant aussi éminent qu’Hubert Reeves risquerait
de se voir refuser l’entrée d’un cercle huppé , s’il a le col en
liberté , alors que le dernier des imbéciles pourrait y accéder
pourvu qu’il portât une cravate .
8- Faut-il
faire l’amour quand l’amour n’existe pas ?
9- L’enfant aux prises avec une forte adversité réagit selon ses
forces et ses faiblesses . L’enfant fragile peut s’agripper toute sa
vie à une enfance qui lui a toujours refusé le bonheur auquel il avait
droit et ne jamais accéder à la vie adulte . Celui qui possède des
forces exceptionnelles peut s'en servir pour quitter tout de suite cette
enfance dénaturée pour se réfugier , de façon précoce , dans des
modes de pensée et de vie adultes . Cela ne se fait pas sans risques ,
car il peut s’agir là d’une maturité de façade qui ne remplace en
rien celle que procure la réelle et lente expérience de l’existence
.
10- La musique de Beethoven contient , en germe , toute la musique à
venir .
11- Il y a des hommes qui aiment UNE femme . C’est leur port
d’attache et ils ne le quittent que brièvement que pour y revenir très
vite . Il y a des hommes qui aiment LES femmes . Ils les collectionnent
comme une quête incessante de renouveau , comme une recherche
inassouvie de satisfaction personnelle . Il y a enfin un groupe
restreint d’hommes qui aiment LA femme . Cet être un peu mythique ,
dont ils apprécient même les défauts , qu’ils idéalisent un peu
mais dont ils retrouvent les traits essentiels chez à peu près toutes
les femmes , réelles
celles-là , qu’ils rencontrent . Ils peuvent bien vivre seuls
, mais ne se passeront jamais de ce monde féminin qu’ils
aiment par dessus tout . Un de ceux-là a déjà dit : « J’aime
tellement la femme que si j’étais femme je serais lesbienne . »
.
12- Je n’écris pas des choses que d’autres peuvent dire , et mieux .
13- Quelle belle chose que le fantasme ! L’être le plus sérieux et le
plus religieux de la terre peut se livrer aux pires débauches dans le
secret de son imaginaire sans que personne n’en ait jamais le moindre
soupçon . C’est comme le trésor de la caverne d’Ali Baba , dont
lui seul possède le sésame de la porte d’entrée .
14- Quand l’hiver commence , il ne reste plus que trois mois pour
qu’arrive le printemps .
15- Les retombées positives d’une guerre ne peuvent jamais justifier
le coût humain considérable qu’elles exigent . Fallait-il absolument
les batailles contre les sous-marins allemands pour bénéficier
aujourd’hui des bienfaits de l’échographie ? Ou les ravages du
napalm pour mettre au point les techniques modernes du traitement des
grands brûlés ? Je fais le pari que non .
16- L’important , ce n’est pas d’être ensemble , mais d’être
uni .
17- L’espagnol s’écrit comme il se prononce . L’anglais ne se
prononce jamais comme il s’écrit . Le français se situe entre les
deux . Plus proche de l’espagnol , il nous réserve souvent des
surprises étonnantes . L’espagnol écrirait beau « b-o » , et l’anglais le prononcerait
« bou » . Malgré
toutes ces divergences linguistiques , tout ce beau monde est toujours
arrivé à se comprendre , ne serait-ce que pour se faire la guerre . « Messieurs
les Anglais , tirez les premiers ! » .
18- Il y a quelques années , une dame de mes amies m’a demandé si
j’avais un télécopieur au bureau . Voulant faire de l’esprit ,
j’ai répondu : « Qu’est-ce que tu veux que j’en fax ?
Dans les jours qui ont suivi , au moins trois interlocuteurs téléphoniques
m’ont posé la même question , car ils avaient l’intention de me
faire parvenir tout de suite des documents importants . J’ai alors
compris qu’une page de l’histoire technologique venait de tourner .
Une grève aux Postes Canadiennes a ensuite ouvert la porte à
l’utilisation généralisée de ce commode moyen de communication .
19- La santé est essentiellement une question d’équilibre entre un
certain nombre de facteurs : la génétique , le mode de vie , les
expériences de toutes sortes , les facteurs psychologiques , dont le
principal est à mon avis le plaisir . Mais , quand bien même on réussirait
à maintenir tous ces éléments à leur niveau optimal , il en
resterait un que l’on ne pourra jamais contrôler : c’est la
chance .
20- Faire du ski , moi ? Personne n’a jamais réussi à m’entraîner
sur ces terrains glissants .
21- Il convient certes de bien surveiller son alimentation et de bien
choisir les produits que l’on consomme . De là à en faire une
religion aux exigences implacables , voilà où en arrivent certains spécialistes
de la question , du moins , les plus intransigeants . Un de ces ayatollahs n’a-t-il pas fortement conseillé le
bannissement complet du vin rouge , malgré les bienfaits et
l’innocuité d’une consommation très modérée . Pour qui connaît
toute la splendeur de la civilisation du vin , dont les origines
remontent aux lendemains de l’Arche de Noé , et qui étend ses
ramifications dans divers domaines de la science , des lettres et de la
musique , c’est faire là l’étalage d’une inculture absolument
abyssale .
22- Je n’aime la neige qu’au printemps , quand
elle fond .
23- Quand l’on mène une lutte acharnée aux OGM et que les compagnies
productrices affolées cessent les recherches à leur sujet , on fait
l’affaire des gens riches comme nous qui n’en veulent pas pour des
raisons idéologiques et qui , de toutes façons , n’en ont pas
vraiment besoin . On ne pense guère aux populations pauvres pour
lesquelles les bienfaits de ces produits pourraient dépasser largement
leurs hypothétiques effets nocifs . Imaginons un seul instant ce que
signifieraient pour la prospérité ou simplement la survie de peuples
sahariens des pommes de terre et des carottes géantes qui pousseraient
dans les sables desséchés du désert !
24- La liberté est un bien que l’on tient à posséder , quitte à ne
pas s’en servir .
25- Je me suis retrouvé , un soir de concert , attablé à côté d’un
violoniste montréalais très connu à l’époque (les années 70) .
Quand il a su ma profession , il s’est écrié : « Vous êtes
chanceux ! Moi , j’ai toujours rêvé d’être psychiatre ! » .
Je lui ai répondu : « Confidence pour confidence , moi ,
j’ai toujours rêvé d’être violoniste ! » . Comme quoi ,
malgré nos regrets , l’on est souvent le chanceux de quelqu’un
d’autre .
26- Il y a des gens qui attendent le bonheur comme la terre sèche attend
la pluie . Il y a des endroits au monde où la pluie ne vient jamais .
27- J’ai aidé des
enfants à se débarrasser de leur peur du petit monstre caché en dessous de leur lit , en leur suggérant de s’en faire un
ami . A l’un d’eux , j’avais conseillé de se pencher , une fois
couché , et de dire à son « ami » : « Salut ,
petit monstre ! Passe une bonne nuit ! Veux-tu un verre d’eau ? »
. Il en a ri pendant des années . J’espère qu’aujourd’hui il en
rit encore et qu’il affronte de la même façon ses grandes peurs
d’adulte .
28- L’enfer , ce serait d’être mort et de le savoir . Imaginez la déception
d’un pape qui se rendrait compte , au moment de son décès , que tout
ce auquel il a cru durant toute sa vie n’existe pas ! Je préfère
pour lui qu’il ne le sache jamais .
29- Quelqu’un a écrit que si Einstein enfant avait reçu du Ritalin ,
le monde aurait été privé de l’un de ses plus grands savants . Il
n’y a rien qui me fasse penser qu’Einstein a souffert de déficit
d’attention . Je ne vois pas comment , en plus , une médication
stimulante pourrait supprimer le génie . Et cette assertion eût-elle
été vraie , pour un savant de perdu , combien de millions de jeunes
ont pu , grâce à une médication appropriée , devenir des adultes
responsables , socialement intégrés , autonomes et stables , au lieu
de vivre en parasites , drogués , sans amis , s’ils ne sont pas en
prison ou décédés de mort violente .
30- En français , et dans bien d’autres langues , le masculin
l’emporte sur le féminin . Une femme ne peut donc occuper le haut du
pavé que si elle est seule?
31- Dans l’ancienne langue grecque , le mot
« pharmakon » désignait à la fois un médicament et un poison . Il a donné
naissance au mot français pharmacie .
32- Je préfère ne pas connaître quelqu’un que ne pas l’aimer ,
l’ignorer que le détester , en être loin que m’en méfier .
33- Les termes français issus de l’ancien grec ne gardent pas toujours
, loin s’en faut , leur signification d’origine . Autrefois , le mot
« turannos » désignait tout simplement un chef.
Certains « turannoi » ont même été d’excellents
chefs d’état , qui sont allés jusqu’à protéger la population
pauvre contre une aristocratie avide et dévorante . D’autres sont
devenus ce que nous appelons maintenant des tyrans , consacrant pour
toujours le sens péjoratif de ce mot . Un autre exemple ? Je n’ose évoquer
l’effroyable dénaturation qu’on a fait subir au mot pédophilie
, qui vient de « païdos » , enfant , et de « philein »
, aimer . A
I M E R !!!
34- Il y a des moments où je pense que je suis mon meilleur
interlocuteur . Celui qui me comprend toujours , sans explication supplémentaire
et superflue .
35- Déjà enfant , j’ai été frappé par la fugacité de certaines
rencontres entre des personnes humaines qui , dans des circonstances
favorables , auraient pu se connaître , se comprendre m même s’aimer
, mais à qui la vie n’a jamais donné le temps où la chance de le
faire . Je m’étais promis que tôt ou tard j’écrirais un poème
sur ce sujet . Puis , un jour , j’ai lu « A une passante »
de Baudelaire et son merveilleux vers final :
« Ô toi que j’eusse aimée ! Ô toi qui le savais ! »
J’ai compris que c’était trop tard , que tout était dit et
tellement bien que je n’avais plus qu’à m’incliner et à me taire
.
36- Il y a dans la littérature française bien des phrases que j’eusse
aimé avoir écrites !
37- La surprotection est l’un des pires services que l’on puisse
rendre à un enfant . Se mettre au-devant de lui constamment soi disant
pour lui éviter des souffrances inutiles lui fait croire qu’on pourra
toujours le faire, ce qui est faux. Prendre des décisions à sa place
sous prétexte de lui éviter des erreurs coûteuses l’empêche
d’affronter la réalité et de se construire sa confiance en sa propre
capacité de résoudre les problèmes au fur et à mesure qu’ils se présentent
. On le met finalement dans cette déchirante alternative : ou bien
rester toute sa vie dépendant d’une figure parentale qu’il aime ou
se battre contre cette même personne pour enfin réussir à affirmer sa
personnalité propre .
38- Moi , les compliments , je les prends et je les garde précieusement
dans ma petite banque intérieure , pour les jours de disette morale .
39- A ma connaissance , Frantz Schubert est le seul compositeur des époques
classique et romantique à n’avoir jamais écrit de variations sur un
thème provenant de quelqu’un d’autre . Il n’en avait pas besoin .
Il avait lui-même tellement de chansons dans son havresac qu’il
n’avait qu’à y plonger pour en sortir un thème ravissant et le
varier à sa fantaisie . Comme disait aux enfants du camp musical
de Lanaudière le Révérend Père Fernand Lindsay : « Qu’est-ce
que ça fait , Schubert ? Ça chante , ça chante ! » .
40- Il y a , à travers le monde et dans toute l’histoire du monde ,
quelques rares individus sur le front desquels on pourrait écrire :
« Né pour donner » .
41- L’opéra est le seul spectacle dont on sorte dans un état proche de l’extase après avoir vu mourir la personne que l’on y a le plus aimée .
42-
Un jour , en cours d’évaluation , le père d’un enfant de cinq ans
m’a longuement expliqué qu’il emmenait son fils avec lui avec lui
quand il bricolait , quand il allait magasiner , bref , qu’il s’en
occupait beaucoup . Sans rien dire , je me suis levé et je suis allé
m’asseoir auprès de l’enfant qui jouait en silence à l’autre
coin de la salle . Je lui ai demandé ce qu’il faisait . Il m’a
alors raconté toute une passionnante histoire de monstres et de bandits
à faire frémir les plus braves des adultes . Quand je suis revenu près
des parents , le père m’a dit : « J’ai compris . Je
l’implique dans mes affaires mais je ne me suis jamais intéressé aux
siennes . » . C’est bien important de parler à un enfant . Ça
l’est tout autant de l’écouter .
43-
La couleur des fleurs est le plus grand mensonge que la nature ait
jamais inventé . Une fleur rouge ne l’est pas vraiment . Elle nous
fait croire qu’elle l’est , en absorbant presque toutes les couleurs
véhiculées par la lumière , et en nous renvoyant celle qu’elle veut
bien nous montrer . C’est juste une question de pigment , semble-t-il
.
44-
Quand on a l’envie de faire quelque chose , on n’a souvent pas le
temps et quand on a le temps , on n’en a plus envie .
45-
Un jour , à mon bureau , un enfant a réalisé , avec mon aide , un
dessin à l’ordinateur . Quand il l’a vu imprimé , il
s’est écrié : « c’est la première fois de ma vie que
je fais quelque chose de beau . Je vais le montrer à ma mère . »
. Il suffit parfois de peu pour remontrer d’un cran dans sa propre
estime de soi .
46-
Certains termes du vieux français ont complètement disparu du
vocabulaire et c’est bien dommage . D’aucuns sont restés dans le créole
haïtien . Il serait bien temps de les récupérer . Un exemple :
ce délicieux petit mot « mignonner » qui signifie
donner de la tendresse à une personne qu’on aime .
47-
La nature nous a donné de fort belles choses . Une puissante chute
d’eau , un lever de soleil sur un fleuve irisé , un superbe étalon
musclé , une rose aux pétales épanouis , une volée d’hirondelles
printanières et que sais-je encore ? Je prétends , moi , que ce que la
nature a fait de plus beau , c’est le corps de la femme .
48-
Bon ! Je vais sûrement m’attirer de gros yeux pour ce que je viens
d’écrire . Alors , j’efface tout et je recommence . La nature nous
donné de bien charmantes choses . Une goutte de rosée qui perle
sur un pétale de rose , des canetons qui s’égayent sur
l’eau somnolente , encore la volée d’hirondelles vers l’horizon
épanoui et quoi encore ? Mais avez-vous rien vu d’aussi charmant
qu’un enfant qui sourit , les bras tendus vers sa mère ?
49-
Et si le génie n’était autre chose qu’un déséquilibre cérébral
, dû à l’hypertrophie de certaines régions au prix du développement
rudimentaire d’autres zones , tout aussi importantes ? Le phénomène
des îlots de performance chez des enfants autistes est bien connu . Un
exemple pourrait être celui d’Albert Einstein , probablement un
autiste de haut niveau , doué de remarquables fonctions intellectuelles
, mais dont la vie relationnelle et familiale a été une suit e de
lamentables catastrophes .
50-
Où a-t-on déniché que la pornographie était nécessairement dégradante
, particulièrement pour les femmes ? De par son origine étymologique ,
le mot pornographie désigne simplement une description littéraire ou
une exposition visuelle d’activités sexuelles . Il s’agit-là
d’une forme de production artistique qui peut être bonne ou mauvaise
, plaisante ou désagréable , à valeur éducatrice ou franchement
immorale .
51-
Je ne cesse de répéter aux enfants qui viennent me voir ma définition
de la discipline de travail : faire ce qu’on a à faire , au
moment où on doit le faire , même si cela ne nous tente pas de le
faire . Ce qui me surprend , c’est qu’aucun d’entre ne m’ait
encore traité de vieux radoteux .
52-
Combien de pays sont devenus souverains depuis la fin de la deuxième
guerre mondiale ? Personnellement , j’en ai compté quatre vingt trois
. Et je ne suis sûr de ne pas en avoir échappé quelques uns au
passage . Si l’on excepte quelques pays d’Asie et d’Afrique , écrasés
pas le poids d’une misère ravageuse , ou de conflits
politico-militaires meurtriers , en partie tributaires de l’héritage
colonial , la plupart semblent s’en tirer très bien . Un exemple
parmi les plus prestigieux : le Canada , tiens ! A quand le Québec
et la Palestine ?
53-
Même si la Fête des Mères est surtout celle des restaurants et des
fleuristes , il reste que c’est une excellente occasion que nous avons
, nous les hommes , pour vous dire , à vous les mamans , toute notre
gratitude et toute notre admiration pour cet acte que vous seules êtes
capables d’accomplir : garder en vie au plus profond de vous-mêmes
, durant de longs mois , un être humain , nous d’abord , nos enfants
ensuite .
54-
L’immense capacité d’adaptation de l’enfant lui permet souvent ,
dans des conditions de vie difficiles , d’aller chercher ailleurs ce
qu’il ne trouve pas dans sa propre famille .
55-
Tout juste avant ma mort , je me désolerai de tout ce que je n’aurai
pas eu le temps d’apprendre .
56-
Il paraît que le chant des oiseaux , si délicieux soit-il , n’est en
fait que des cris de guerre destinés à éloigner leurs ennemis de leur
territoire . Celui de la tourterelle triste m’a toujours semblé être
l’expression d’un incurable sentiment d’impuissance et de détresse.
57-
Au bureau , quand je joue à des jeux comme Sorry ou Jour de
Paye avec mes enfants , de façon immanquable , c’est toujours moi
qui perds . Allez savoir pourquoi ! C’est vrai que je leur refile des
petits trucs qui leur sont bien utiles . C’est vrai que je les invite
à mieux observer leur jeu quand je les vois faire une erreur . De là
à perdre de façon aussi régulière et systématique ! C’est
vraiment pas drôle ! On a tout de même sa fierté !
58-
Quelle tristesse alanguie que celle d’un dimanche pluvieux !
59
Le 20 mai dernier , les seuls qui fêtaient la défaite du Oui étaient
ceux qui avaient perdu . Les autres se terraient , en silence , certains
peut-être accablés de honte et de regret d’avoir gagné .
60-
Tout choix comporte un sacrifice .
61-
En Haïti , il y a un principe culinaire qui dit que c’est dans la
graisse de cochon que l’on cuit le cochon . Du point de vue du
nutritionnisme moderne , c’est une aberration pure et simple . Sur le
plan du plaisir de la dégustation , un bon grillot de cochon ,
assaisonné d’une sauce Ti-Malice , au citron et au piment fort
, est un délice digne des dieux de l’Olympe vaudou , si tant est
qu’il existe . Y a-t-il un
moyen de concilier ce délectable plaisir avec les exigences de notre précieuse
santé ?
62-
Les crises de certains enfants s’expliquent , bien sûr , par leur
propre fragilité émotive , mais aussi par l’incapacité de
l’entourage , familial ou scolaire , à créer des conditions propices
à l’apaisement de la tempête naissante avant qu’elle ne devienne
un ouragan dévastateur .
63-
Il y a un principe du Droit Canon qui dit : « Summum jus ,
summa injuria » . Traduction personnelle : le droit
poussé à l’extrême aboutit à l’injustice . Une excellente
illustration de ce principe n’est-elle pas la création de l’État
d’Israël en 1948 , surtout de la façon dont cela a été fait , avec
les conséquences que l’on connaît maintenant , et qui auraient pu être
facilement évitées ?
64- On me dira ce qu’on voudra de la course automobile , je n’arriverai jamais à m’intéresser à un « sport » où la machine est plus importante que l’athlète lui-même . C’est comme si le succès d’un joueur de tennis dépendait en majeure partie de sa raquette électronique commandée par ordinateur .
65-
J’ai déjà sermonné un père qui , pour une peccadille , avait décidé
de priver son fils de bicyclette pendant tout le mois de juin ! Après
une semaine , le garçonnet ne se souvenait même plus de la raison de
sa punition , tellement disproportionnée qu’elle en devenait , non
seulement inutile , mais franchement nuisible .
66-
Il y a des moments ou il faut souffrir pour être bien . Par exemple ,
quand on doit installer ses deux climatiseurs chez soi , alors que la
température , humidex aidant , dépasse les 40 degrés Celsius !
67-
Le plus important , quand un jeune se rend coupable d’un quelconque écart
de conduite , ce n’est pas de le punir , c’est de l’obliger à réfléchir
.Un jour , un de mes ados s’est vanté que , le dimanche d’avant ,
ses amis et lui s’étaient amusés à dessouffler les pneus
d’un camion stationné à l’écart dans un terrain de stationnement
à peu près désert .Je lui ai simplement demandé : « Dis-moi
ce qu’il y a là de bien intelligent que n’importe quel débile ne
pourrait pas faire ? » . Il n’a pas répondu . Mais , à la
prochaine rencontre , il m’a avoué en avoir parlé à ses amis .
68-
Il faut se méfier des termes en « iste » qui comportent
une idée de fixation et d’exclusivité . Un exhibitionniste n’est pas
simplement quelqu’un qui aime montrer son
corps nu , mais dont la sexualité est tout entière centrée autour de
ce comportement , qui en devient un élément indispensable . On peut
facilement appliquer ce principe dans le domaine des idéologies
politiques . Durant la guerre froide , on distinguait un vrai communiste
d’un simple communisant .
69-
A l’aube de mes dix-neuf ans , j’ai passé quelques jours de
vacances dans une région de la campagne haïtienne où une compagnie
minière américaine déterrait et envoyait par pleines cales de bateau
vers les États Unis nos réserves de bauxite et probablement d’autres
de nos richesses naturelles . Aux environs , la population paysanne
pauvre , démunie , n’a jamais été jamais été aussi choyée :
routes spacieuses et bien entretenues , pont suspendu sur la rivière en
crue , clinique médicale gratuite … Je me suis dit que , dans
certaines conditions de misère , même l’exploitation pouvait devenir
un bienfait . Mais ce n’est qu’illusion . Arrive un jour où le
bienfait disparaît . Seul demeure le vol .
70- Depuis que je n’ai plus que les trois-quarts d’un œil , j’ai beaucoup de difficultés à tuer une mouche . J’ai beau viser avec mon tue-mouches , je frappe toujours à côté . C’est pas drôle du tout et j’en ai honte . Quant aux mouches , s’il y en a qui sont mortes , c’est sûrement de rire .
71- Ah , la force des traditions en musique classique ! Récemment , un pianiste s’est fait varloper par Claude Gingras , critique musical de La Presse , parce qu’il a joué tout son récital au Festival de Lanaudière avec ses partitions devant lui . Cela n’est pas permis à un pianiste . Pourtant , les clavecinistes le font régulièrement , sans se faire réprimander , alors qu’ils jouent généralement des pièces bien moins complexes que certaines des formidables œuvres pianistiques des Beethoven , Brahms et Liszt . Pourquoi cette différence de traitement ? Serait-ce parce que le clavecin appartient à l’époque baroque , où la musique garde encore son visage communautaire et où le vedettariat des époques classique et romantique n’est pas encore né ? Je ne sais pas . Il me faudra me renseigner .
72- J’avais cinq ans . C’était ma première année d’école . À cette époque-là , il n’y avait pas encore de maternelle . Dès le premier jour , on commençait l’apprentissage de la lecture et de l’écriture . Un jour , en pleine récréation , la maîtresse est venue me demander si je voulais donner un coup de main à une élève qui avait beaucoup de difficultés à apprendre comment faire ses lettres . Je me suis assis près d’elle , je lui ai tenu la main , et , gentiment , patiemment , je l’ai aidée à faire ses a et ses o , ses b et ses d . Et moi , ce jour-là , j’ai dû découvrir ce que c’était que la relation d’aide .
73- La magie du « couper – coller » ! Cela me donne toujours l’impression de faire un vrai miracle , d’un simple petit geste . J’espère pour la jeune génération , pour laquelle ce genre d’opération constitue la routine quotidienne , qu’elle aura d’autres raisons de s’émerveiller .
74- Certains personnages historiques sont considérés par à peu près tout le monde comme des monstres sanguinaires , à juste titre d’ailleurs . On est pourtant étonnés d’apprendre que , dans l’intimité de leur foyer , ils offraient à leurs proches un visage tout à fait différent . J’ai déjà entendu à la télévision un des fils de Mussolini affirmer que ce dernier avait été un père doux , affectueux , même un peu bonasse , qui laissait à sa femme le soin de distribuer gifles et fessées à sa turbulente progéniture . Ce clivage de la personnalité , qui fait d’un être humain , de toute évidence sain d’esprit , une sorte de dieu Janus à deux visages , l’un de guerre , l’autre de paix , me paraît impossible à expliquer .
75- Quand on écrit , il est indispensable de garder du papier et des crayons partout à portée de la main . Sinon la belle idée ou le bout de phrase joliment tourné qui vous traversent l’esprit , même en pleine nuit , risquent de disparaître à tout jamais si vous ne vous dépêchez de les inscrire quelque part , en lieu sûr de préférence .
76- Certains enfants très peu doués pour l’expression verbale spontanée se révèlent cependant excellents élèves en art dramatique . De la même façon , de bons acteurs semblent n’avoir rien à dire quand ils ne récitent pas un texte . Comme s’ils n’étaient capables de s’exprimer que lorsqu’ils rentraient dans la peau d’un autre personnage et qu’ils pouvaient se mettre dans la bouche les mots de quelqu’un d’autre .
77- On peut se parler à soi-même , se livrer à de la production artistique et littéraire , bricoler dans son environnement immédiat , savourer de la belle musique sans personne autour de soi . On peut même s’abandonner à des plaisirs sexuels en solitaire (ce que la sagesse populaire haïtienne appelle : « Dieu seul me voit ») . Il est une chose qu’il est impossible de faire tout seul : c’est de donner de la tendresse physique à une personne que l’on aime .
78- Une de mes adolescentes m’a dit qu’elle paniquait rien qu’à l’idée qu’elle pourrait avoir peur dans l’autobus scolaire . Je lui ai montré à quel point elle créait ainsi les conditions de stress favorables à l’apparition d’une crise d’angoisse , avec cette peur d’avoir peur . Je lui ai suggéré de dramatiser la situation , de « niaiser » en quelque sorte ses peurs, en se tenant un discours dans le style , très adolescent : « Pis ça! Y a rien là ! ¨Ca fait des années que je panique , je n’ai encore tué personne , et je suis encore vivante ! Alors , vive la panique et envoye fort ! » . La recette est simple : on ne peut avoir peur quand on rit , ne fût-ce que de soi-même .
79- Si la séduction n’existait pas , il faudrait l’inventer . En l’accompagnant , bien sûr , d’un strict mode d’emploi et de sévères mises en garde sur ses éventuels dangers .
80- J’ai revu , vers 16 ou 17 ans , un adolescent que j’avais suivi à la fin du primaire et le début du secondaire pour un déficit d’attention et des difficultés d’apprentissage . Il venait d’apprendre à sa mère qu’il était homosexuel et cette dernière , paniquée , me l’avait renvoyé pour que je le traite . Je n’en ai rien fait , évidemment . J’ai été cependant étonné de constater que ce jeune , tout à fait sûr de lui , était déjà en sixième année et même avant , parfaitement conscient de son orientation sexuelle et l’avait pleinement assumée . « Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé à l’époque ? » , lui ai-je demandé . Réponse : « Ce n’était pas un problème pour moi , et cela ne l’est toujours pas ! » . Ah ! Bravo !
81- Ce que je fais de bon de ma vie ? Je lis (un peu) , j’écris , je me promène avec mon gros tricycle , je parle avec des enfants , des ados et parfois leurs mamans , j’écoute de la belle et grande musique et , quand je n’ai plus rien à faire , je fantasme .
82- Certains enfants ont un talent brut , comme du diamant qui n’a pas encore été taillé . Bien des diamants malheureusement ne le sont jamais .
83- J’ai déjà donné , je crois , une définition qui se voulait objective de la pornographie . L’érotisme , c’est bien autre chose et ne peut appartenir qu’au domaine de la subjectivité . Quelque chose ne peut être érotique que pour quelqu’un en particulier , dans la mesure où il déclenche chez cette personne une réaction de nature sexuelle . On peut trouver bien des exemples dans la diversité culturelle des peuples , aussi bien que dans les différentes orientations sexuelles particulières à l’intérieur d’une même société .
84- Il y a des gens qui passent leur vie à courir vers l’impossible , et en oublient de jouir de ce que la vie met à leur disposition .
85- Quand j’avais besoin d’un coup de main de mon fils adolescent , je lui disais : « Viens aider ton vieux père ! » . Cela marchait toujours . Il y avait cependant quelque chose qui l’étonnait et il a fini par me le dire : « Quand mes amies viennent à la maison , subitement tu as 18 ans ! » .
86- L’essentiel , dans la vie , ce n’est pas comment ça va , mais où ça va . On peut aller très bien , mais tout droit vers la catastrophe . Il est permis de cahoter et de zigzaguer , pourvu que ce soit dans la bonne direction .
87- 1er. Janvier : Bonne et Fructueuse Année à vous tous, et le paradis à la fin de chacun de vos jours ! S’il vous plaît , amis Québécois , n’oubliez surtout pas de souhaiter une Bonne Fête Nationale à tous vos amis haïtiens . Ils ont bien besoin de ce petit réconfort, par les temps qui courent .
88- 2 Janvier : la Fête des Aïeux en Haïti , autrement dit , la grande fête de la Famille Haïtienne . Quand j'étais enfant , le 2 janvier , mon père réunissait autour d'une immense table tous les membres de la famille , tant du côté Benjamin que du côté Moreau . J'ai gardé un souvenir impérissable de ces rencontres . Je me disais alors qu'un jour c'est moi qui prendrais la relève et perpétuerais une aussi belle tradition . L'Histoire en a décidé autrement . Durant les années 70 , chacun des six frères et soeurs se trouvait dans une ville et presque dans un pays différent : la première à Port-au-Prince , le deuxième à Paris , la troisième à Dakar , la quatrième à Boston , le cinquième à New York , et moi , à Joliette , au Québec . Les choses n'ont guère changé . J'ai reçu récemment un courriel de bons voeux d'une de mes nièces , rédigée en cinq langues . Diaspora oblige , certaines familles haïtiennes sont devenues de vraies multinationales essaimées un peu partout à travers le vaste monde . Difficile , dans ces conditions , de maintenir les vieilles traditions .
89- Que se passera-t-il de nouveau en 2006 ? Probablement pas grand chose . Bush sera encore là . Jean Charest aussi . A Ottawa , les élections ne changeront rien , à moins que les deux grands partis soient tellement à égalité que personne ne soit capable de former le gouvernement . Éventualité non souhaitable , car le Canada s'empresserait de faire porter le blâme par les Québécois et leur soixantaine de députés bloquistes . En Irak , certains vont continuer à faire la bombe , et les autres , à ne pas la trouver drôle . Petite lueur d'espoir en Palestine , une petite flamme d'allumette , fragile et vacillante . L'Union Européenne avance à petits pas , la Zlea marque le pas , l'Alena... ouais , bon . Et l'Afrique... Le Darfour , le Congo , la Côte d'Ivoire... La guerre des hommes , la misère des femmes et des enfants ... Non , vraiment , peu de changements en vue . Peut-être en médecine ? Des traitements génétiques , un vaccin , pas trop cher , contre le sida ? On peut en rêver .
90- Je n’ai jamais blâmé que moi pour mes erreurs. Il m’est déjà arrivé de me tromper en suivant les conseils de quelqu’un d’autre. Je n’en ai pas tenu rigueur à cette personne. Je me suis simplement reproché mon manque de jugement à son sujet.
91- La musique de Mozart! Deux cent cinquante ans, et encore toute pimpante de jeunesse et de spontanéité! Au tournant de la vingtaine, j’ai dit à un de mes amis qui me vantait Mozart, alors que je ne jurais que par Beethoven : « Un enfant – génie est condamné à rester toute sa vie un génie – enfant ! ». C’est le genre de jugement définitif que l’on porte à vingt ans et que l’on tempère prudemment quelques décennies plus tard. J’ai appris depuis à apprécier chez Mozart l’expression de cette jeune maturité, en particulier son sens de la souffrance humaine qu’il nous révèle de façon discrète dans certaines œuvres comme le Quintette en sol mineur K. 516, mais aussi toute la fraîcheur et l’ingénuité qu’il a toujours gardées de ses premières années de composition.
92- A tous les jeunes qui souffrent du syndrome de Gilles de la Tourette, je voudrais dire que bien des spécialistes très sérieux pensent que le grand Mozart lui-même était atteint de cette pathologie. Ce qui prouve qu’on peut faire de très belles et grandes choses, même si on grimace, qu’on toussote, que l’on contrôle mal ses impulsions et ses obsessions, et qu’on est un brin vulgaire.
93- Il parait qu’à côté de gens dotés de pulsions sexuelles faibles, moyennes ou fortes il y a des asexuels complets pour lesquels le désir sexuel n’existe tout simplement pas. Certains se demandent, bien sûr, si cela est normal. Je ne sais absolument pas où peut se situer la normalité dans un domaine pareil. Je me demande même si elle n’est pas, plutôt que dans ce qu’on est et qu’on n’a pas le choix d’être, dans ce qu’on en fait, de nos pulsions, qu’elles soient fortes ou faibles. L’important est, je crois, dans la mesure où l’on parvient à exploiter les particularités de notre identité biopsychologique aux fins d’un épanouissement personnel accru et d’un plus large rayonnement social.
94- Un grand compositeur n’est pas nécessairement un chef de file, un promoteur d’école. Exemple, Richard Strauss qui, au début des années 40, écrivait de la musique comme il s’en faisait cinquante ans plus tôt. Mais surtout Jean-Sébastien Bach, dont le décès, en 1750, est considéré comme la fin de l’époque baroque et le début de du classicisme. Et pourtant l’influence de ce musicien au génie incomparable va se perpétuer jusqu’aux confins de l’histoire de la musique classique. Quand Bach écrit L’Art de la Fugue, vers la fin de sa vie, autour de lui, plus personne n’écrit de fugue de cette façon ou même n’écrit de fugue du tout. Il faudra l’arrivée de Beethoven pour redonner vraiment, avec sa Grande Fugue, ses titres de noblesse à ce genre d’une richesse et d’une complexité exceptionnelles. Mais tous ceux qui, après 1750, auront composé la moindre fuguette intercalée dans un mouvement d’une symphonie quelconque devront s’inspirer de façon étroite des lignes tracées par le Maître et lui adresser en silence une petite prière de reconnaissance.
95- Quand je fais la cour à une femme, quand je lui adresse un compliment pour sa beauté, son charme, son intelligence, ce n’est pas pour obtenir un quelconque avantage ou un bénéfice particulier. C’est essentiellement un hommage à cet être un peu mythique qu’est La Femme, qui, dès les temps les plus reculés, a symbolisé tout ce que l’être humain et, par extension, la civilisation humaine, pouvaient contenir de grâce, de douceur, de compréhension et de générosité, en même temps que de passion dévorante et discrètement belliqueuse. Le Féminin Sacré, diraient certains.
96- C’est bien beau de voir la lumière au bout du tunnel. Encore faut-il pouvoir s’en approcher.
97- Si toutes les nations dites sociologiques du monde possédaient les moyens dont dispose le Québec pour devenir une vraie nation au sens juridique du terme, c’est-à-dire souveraine, la plupart s’en seraient déjà servi, sans la moindre hésitation. Le Québec, lui, tergiverse. Pas étonnant que 67% des canadiens pensent qu’il n’est pas près d’accéder à un statut d’état indépendant. Pendant ce temps, le vaillant petit peuple palestinien croule sous les bombes assassines et ne peut que rêver du jour où il aura enfin son pays libre. Pourquoi ceux qui veulent ne peuvent pas alors que ceux qui pourraient n’en font rien? C’est injuste!
98- Un jour, tout ignorant que je soie de la chose horticole, j’ai planté deux petits lilas de chaque côté d’un charmant petit banc de pierre, dans l’espoir de créer là un petit coin tout à fait romantique. Quelques années plus tard, les lilas étaient devenus des monstres et le banc avait complètement disparu sous un enchevêtrement de branches. Il parait que les gens qui s’y connaissent parviennent sans difficulté à prévoir ce genre d'inconvénients.
99- Il est parfois tentant d’essayer d’imaginer ce que seraient certains pans particulièrement dramatiques de l’histoire du monde si tel évènement s’était déroulé de façon différente. Sur son lit de mort, quand on a demandé à Lénine de désigner son successeur, il a répondu : «Choisissez n’importe lequel d’entre vous, sauf Staline : c’est un fou ! ». C’était trop tard, Staline contrôlait déjà tout l’appareil du parti. Mais peut-on fantasmer sur ce qu’aurait été l’évolution de l’État soviétique et du mouvement communiste, donc du monde entier sous la gouverne d’un humaniste raffiné, et sain d'esprit, comme Trotski ?
100- Déjà un an d’existence de ce site, cent Granules, quelques poèmes et commentaires, et un grand projet bien en chantier! Je mesure toute la chance et même le privilège que j’ai de pouvoir encore faire les choses que j’aime : écrire ce qui me plaît, accompagner de jeunes et même de très jeunes personnes dans l'accomplissement de leur projet de vie, et enfin écouter de la belle et noble musique. Bonne Fête, mon p’tit Maurice !
101- Quand on aime quelque chose, on fait attention à ne pas le détruire. Il en est ainsi de nos affaires personnelles mais aussi de nos relations humaines.
102- Le 13 septembre 2006, un jeune homme de 25 ans pénètre armé dans un cégep de Montréal, y tue deux personnes et en blesse une dizaine. Grosse commotion dans tout le Québec, et avec raison. Pendant deux jours, les médias n’ont parlé que de ça. Le même jour, à Bagdad, un attentat suicide a tué environ vingt personnes et blessé une cinquantaine. Le lendemain, les journaux locaux n’y ont consacré qu’un entrefilet en troisième ou quatrième page. Là-bas, c’est devenu une simple façon de vivre. Ou de mourir.
103- Je suis la seule personne que je puisse critiquer et dont je puisse rire en toute sécurité.
104- Je n’ai pas voulu qu’on me souhaitât un Joyeux Noël. Parce que je suis athée. A-T-H-É-E! Et, malgré l’histoire et les apparences actuelles, Noël est encore une fête chrétienne. Pas non plus de Joyeux Hanoukka. Malgré mon nom d’origine biblique, je ne suis pas juif. Encore moins de Joyeux Solstice de vous-savez-quoi : je déteste l’hiver! Il faut absolument trouver un accommodement raisonnable à tout cela. Et si l’on se souhaitait à tous d’être joyeux, tout simplement, quelle que soit la raison? C’est ça, l’essentiel.
105- Nous cherchons tous des prétextes pour nous amuser. Fête de ci, festival de ça… Même moi, le mécréant, je profite de la veille de Noël pour écouter de la grande musique appropriés à la circonstance : l’Histoire de Noël, de Heinrich Schütz, la Messe de Minuit, de Marc Antoine Charpentier, l’Oratorio de Noël, de Jean-Sébastien Bach. Des pièces que je n’écoute jamais à aucun autre moment de l’année. C’est bien d’avoir de tels prétextes. Sinon, on risquerait bien de passer l’année et même plus sans nous amuser. On peut même emprunter les prétextes des autres. Si, au Québec, on profitait des fêtes nationales de tous les citoyens venus d’ailleurs pour chanter et danser dans les rues, on aurait bien des jours à festoyer!
106- Je suis contre la peine de mort, même pour un tyran criminel, sanguinaire et dévastateur comme Saddam Hussein. Il est inacceptable qu'un état, dit de droit, qui bannit et réprime le meurtre, s'arroge le pouvoir d'enlever la vie à quelqu'un, même en punition de crimes les plus abjects.

B O N N E F Ê T E N A T I O N A L E
à tous les Haïtiens, tant à ceux qui vivent dans un pays d'adoption, qu'à ceux qui sont restés dans cette belle Haïti encore tourmentée par l'insécurité. A nous tous ainsi qu'à certains peuples, afghan, irakien, palestinien et darfourien, qui , comme nous , mériteraient un peu de paix et un minimum de prospérité, je souhaite une
Bonne et Fructueuse Année 2007!
108- Ah! Ce sentiment d'impuissance devant un problème informatique que l'on est incapable de résoudre! Vous l'avez vu, mon beau drapeau haïtien au granule 107, qui est censé flotter (eh oui, flotter!). Ne la cherchez pas, j'ignore totalement où il est passé. Même les spécialistes auxquels j'ai posé la question, ou bien s'enferment dans un silence prudent, ou bien me baragouinent un charabia tout à fait incompréhensible. Pour me consoler, j'essaie de m'imaginer ce qui doit se passer dans la tête de nos dirigeants politiques qui doivent absolument trouver une solution au problème de l'engorgement de nos urgences hospitalières.
109- «Je n'arrive pas à me motiver au travail», me dit un de mes ados, «je suis trop paresseux». Commence par te donner une stricte discipline de travail, lui ai-je répondu, une routine implacable, des heures réservées où tu fais les mêmes choses jour après jour, même si tu n'en as pas envie. Quand les résultats vont s'améliorer, la motivation va revenir. Et tu pourras te dire avec fierté: «Jamais on n'a vu un aussi grand paresseux travailler autant».
110- «Les citoyens ont toujours raison», a dit récemment une députée vaincue aux dernières élections. Ah oui? Les citoyens allemands qui ont élu Adolf Hitler en 1933, avaient-ils raison? Les américains qui, par deux fois, ont porté Georges W. Bush au pouvoir et se demandent maintenant comment se sortir de cette guerre insensée que leur gouvernement mène en Irak, avaient-ils raison? Que de gens votent pour des idées qu'ils sont incapables de définir! Quelques années plus tard, ils sortent dans la rue en scandant: «Je n'ai pas voté pour ça!». Bien sûr qu'ils ont voté pour ça. Seulement ils ne le savaient pas, car ils n'ont pas pris la peine de s'en informer avant de faire leur choix.
111- J'ai écrit à 16 ans des choses que je ne désavouerais pas aujourd'hui.
112- Quels sont les pays les plus susceptibles d'accéder à la pleine souveraineté au cours de la prochaine décennie? L'Écosse. Le Kosovo. Le Kurdistan, Peut-être même la Palestine. Le Québec? Rien n'est moins sûr. Il ne suffit pas d'avoir en main toutes les conditions socio-économiques et politiques indispensables à cette accession. Il faut aussi et surtout un état psychologique inébranlable basé sur des éléments tels la conviction et la volonté.
113- Un de mes ex-condisciples d'école primaire et secondaire m'a vertement tancé parce que j'avais employé le mot pétale au féminin. Vérification faite, il est vraiment masculin, malgré toutes les apparences. Mais mon Dictionnaire des difficultés de la langue française Larousse m'apprend que de grands écrivains comme Proust et Zola s'y sont également trompés. Je suis donc en excellente compagnie.
114- Un autre de mes ex-condisciples qui, lui, passe ses vieux jours au chaud soleil de Puerto Plata me signale que le mot granule n'est féminin que quand il désigne «une petite tache brillante, de forme polygonale, éphémère, observée sur la photosphère du soleil». On le savait tous, bien sûr. Mais on n'en parlait pas, bon!
115- Décidément, je suis surveillé de près, comme les joueurs vedettes d'une équipe sportive. C'est très flatteur et je ne m'en plains nullement.
116- A propos de sport, y a-t-il quelque chose de plus décevant, dans les compétitions internationales de hockey et de football, qu'une médaille d'argent? Même sa soeur cadette, celle de bronze, lui est, sur un plan strictement psychologique, infiniment supérieure. Car elle doit se mériter par une victoire à une confrontation entre deux équipes. La médaille d'argent, elle, n'est remise qu'à un perdant.
117- J'ai déjà écrit que Jean-Sébastien Bach, malgré son génie, n'était pas un fondateur d'école, mais qu'il fermait la marche et que sa mort, en 1750, signifiait la fin d'une longue et grandiose époque. C'est vrai. Mais il faut également signaler que ce sont certains de ses fils, en particulier Carl Philippe Emmanuel, qui ont opéré la transition entre cette période baroque que leur père avait portée à son apogée et l'époque classique qui verra l'éclosion et l'épanouissement d'autres génies tels Haydn et Mozart.
118- A l'époque préhistorique, les parents mouraient à environ vingt-cinq ans, trop jeunes pour avoir le temps de transmettre tout leur savoir à leur progéniture. Aujourd'hui, ils vivent assez vieux pour pouvoir apprendre des tas de choses de leurs enfants, voire de leurs petits-enfants.
119- Quand j'étais écolier, j'étais souvent affublé de sobriquets, à l'instar de tous mes camarades, d'ailleurs. Comme j'étais plus clair de peau que la majorité des autres élèves, je me faisais traiter de «ravette blanche», du nom d'un insecte ailé omniprésent en Haïti. Il est généralement de couleur brune, mais certains individus. probablement albinos, sont blancs, entièrement. J'éclatais de rire à chaque fois que l'on m'appelait ainsi. J'avais même développé une certaine sympathie pour cette inoffensive bestiole, surtout envers la minorité qui affichait aussi clairement, c'est le cas de le dire, sa différence.
120- Certaines guerres ne suscitent aucune ambiguïté dans mon esprit. Je les approuve ou les condamne. Si j'avais été un adulte français au début des années 40, j'aurais fait partie de la Résistance. Je préfère ne pas dire ce que je pense de la présence américaine et britannique en Irak, je risquerais de verser dans la plus abjecte vulgarité. Dans l'un et l'autre de ces cas, le choix est clair. Mais l'Afghanistan? On peut bien en approuver le principe et critiquer la manière dont elle est menée. Cela ne suffit pas pour étayer une conviction solide et supprimer tous les doutes. Tout ce que l'on souhaite, c'est qu'elle finisse au plus vite, sans que cela mette à nouveau en péril la liberté du peuple afghan.
121- Il y a des jeunes, enfants ou adolescents, à la personnalité extrêmement fragile, qui réagissent par une peur diffuse, envahissante, à la moindre exigence extérieure, comme s'il s'agit d'une menace considérable dont ils doivent absolument se protéger. Ce qu'ils font d'ailleurs en s'y opposant de façon systématique, d'où, bien sûr, des affrontements incessants avec leur entourage immédiat, familial et scolaire. Une médication sédative peut bien les aider à diminuer leur anxiété, mais cela ne suffit pas. Il faut les aider à prendre conscience de ce qui se passe en eux et et à faire face à leurs propres peurs en apprenant même à se rassurer eux-mêmes. Mais ça, il faut y mettre le temps.
122- La concision dans l'écriture! Dire le maximum avec le minimum possible de mots. J'ai appris cela très jeune d'un certain Jean de La Fontaine. Vous voulez parler d'un homme âgé qui plantait un arbre dans son son champ par une belle journée de printemps? Que de détails inutiles! «Un octogénaire plantait.». C'est tout! Quand j'étais résident en psychiatrie, un de mes superviseurs m'a reproché d'écrire des rapports trop succincts. «C'est pas des rapports de résident, c'est des rapports de patrons!», me disait-il, avec sévérité. Il y a des reproches qui équivalent à un compliment.
123- Je considère l'opéra de Richard Strauss, Der Rosenkavalier, comme un hymne à l'homosexualité féminine. A peu près tous les personnages masculins y sont minables, vulgaires, grossiers ou même franchement odieux, comme l'horrible Baron von Ochs. Un seul est infiniment sympathique, le jeune et bel Octavian, le Chevalier à la Rose lui-même. Mais voilà, il est interprété par une voix de soprano (ou plus exactement de mezzo-soprano). Ce qui permet au compositeur de nous offrir, dans le trio qu'il forme avec la magnanime Maréchale et la délicieuse jeune Sophie, l'une des plus belles pages de tout le répertoire lyrique. Comme si, pour Strauss, seule une voix de femme est capable d'exprimer l'amour dans toute sa pureté!
124- Je parle beaucoup de musique classique, hein! Je n'y peux rien, c'est la seule que je connaisse.
125- Un jour, dans un magasin d'informatique, j'ai été reçu par une toute jeune employée, blonde et jolie, mais timide et malhabile, qui manifestement faisait ses premiers pas dans le métier. Je l'ai revue quelques mois plus tard. Elle était devenue la gérante des lieux. Toujours aussi blonde et jolie, elle dirigeait les opération du magasin et les allées et venues de ses deux ou trois subalternes masculins avec une douce fermeté, une tranquille assurance et une indiscutable compétence. Voilà ce que peut faire l'expérience lorsqu'elle s'allie à l'intelligence, à la discipline et à la motivation. Quand, en prime, la beauté s'en mêle, on ne peut que s'incliner avec respect et admiration.
126- Quand on écrit, il faut accepter qu'à certains moments l'on n'ait rien à dire. Dans ces instants de disette, la meilleure attitude à prendre, c'est encore se taire.
127- Certaines personnes n'ont aucune chance dans la vie. D'autres en ont, mais ne la reconnaissent pas, ou , pour toutes sortes de raisons, ne la saisissent pas au moment où elle passe.
128- Nous sommes tous en deuil de Rostropovitch. Tous les amants de la grande musique ont aimé et admiré ce grand musicien, sûrement l'un des plus grands du siècle dernier. Tous ceux qui vénèrent la démocratie et la liberté ont salué et respecté son courage et sa détermination face à l'oppression stalinienne. Il n'y en aura plus des géants de cette stature avant très, très longtemps. Nous vivons une époque qui nivelle trop les sociétés pour en permettre l'éclosion, comme on aplanit une haie en coupant tout ce qui tend à la dépasser.
129- Quand l'amour nous envahit, il arrive même qu ce soit agréable d'être malheureux.
130- Il faut, dans la mesure du possible, tirer le maximum de tout ce qui nous arrive, des bonnes choses, bien sûr, mais aussi et surtout, de ces tuiles qui nous tombent sur la tête, au moment où on ne s'y attend pas du tout.
131- Peut-on prétendre combattre le mal en commettant les mêmes crimes que nos ennemis ?
132- Le téléphone sonne. Une agréable voix féminine m’invite à m’abonner au journal La Presse. J’ai beau lui répondre que je lis La Presse chaque jour, elle insiste en faisant miroiter les économies que je réaliserais en étant abonné. Ma réponse : «Chère madame, je tiens à sortir chaque jour pour aller chercher mon journal au dépanneur. Cela me permet de prendre une marche, de l’air frais et de saluer mes voisins en passant.» J’aurais pu ajouter le plaisir que cela me procure d’échanger avec mes dépanneurs chinois les quatre petites phrases que j’ai réussi à apprendre de leur langue. Et aussi conclure que la vie, c’est loin d’être une simple question d’économies.
133- Aucun dieu, si puissant soit-il, n’a le droit de brimer la liberté de qui que ce soit, même de ceux qui croient en lui.
134- Je serais incapable de me défendre contre une haine gratuite.
135- On a beau être préoccupé des dangers que représentent les changements climatiques, quand il fait 24 degrés dans la région de Montréal un 22 octobre, on se surprend à se réjouir du réchauffement de la planète. Quitte à se taper sur les doigts l’instant d’après.
136- Si on ne commettait jamais d’erreurs, on serait des robots tout à fait efficaces, mais parfaitement inintéressants.
137-

Vous rappelez-vous mes péripéties avec mon drapeau haïtien du 1er. janvier 2007? Cette année, ça y est! Il est là, et il flotte. Même celui de l'an dernier a emboîté le pas. J'ai réus... Non, ce n'est pas moi. C'est Amélie qui a réussi. Amélie, ma nouvelle technicienne en ordi. Toute jeune et belle, intelligente, fraîche éclose de son cours d'informatique, d'une compétence à faire pâlir bien des plus vieux. Et un sourire à faire ruisseler en fines gouttelettes le coeur le plus rocailleux de la terre. En quelques clics, elle m'a tout arrangé cette affaire qui me paraissait si nébuleuse. Savez-vous? C'est le temps de citer un adage bien connu, mais avec une légère modification: «On a souvent besoin d'une plus petite que soi!». Merci, Amélie! Et vive Haïti! A tous, une
Bonne et Fructueuse Année 2008!
138- Quelle stupidité que cette discussion interminable autour d'un nous inclusif ou exclusif? Chaque personne fait partie d'un nombre incalculable de nous différents et chacun de ces nous exclut forcément un certain nombre de personnes qui n'en font pas partie. Si je dis: «nous, les haïtiens vivant au Québec», j'exclus ma voisine, malgré toute l'affection que j'éprouve envers elle. Quand je dis: «nous, les habitants de St. Eustache», je la récupère, elle, mais j'élimine l'immense majorité de mes amis haïtiens. Il n'y a pas de quoi polémiquer là-dessus. L'essentiel, c'est que personne ne soit jamais ostracisé d'un nous auquel il appartient de droit.
139- On affirme tous ne pas croire aux prédictions des astrologues. Et pourtant... L'un d'entre eux m'a certifié que cette nouvelle année m'enverrait sous peu un clin d'oeil de la chance par l'entremise de la loterie. Une semaine plus tard, je recevais de la Lotomatique un beau chèque avec la mirifique somme de... 2,00 dollars! On s'incline bien bas devant une pareille clairvoyance.
140- Il y a des moments où donner un simple conseil et manifester un peu de sympathie à quelqu'un devient un impératif qui obéit à la loi du devoir d'assistance à une personne en danger, ou tout au moins en détresse.
141- Comment doit se sentir à l'heure actuelle une femme noire américaine à l'aube des présentes élections présidentielles? Déchirée entre sa fidélité à son sexe et celle à sa race? Je n'aimerais pas avoir à trancher ce dilemme.
142- Un de mes enfants semblait un jour, au cours d'une séance de thérapie, désespéré de ne pouvoir réussir un jeu vidéo à l'ordinateur. Tantôt il se traitait de tous les noms, il accusait soit le jeu soit la manette d'être mal faits. Après l'avoir bien observé, je lui ai fait remarquer qu'il lui arrivait souvent de déplacer tout le haut de son corps, alors que sa main, et par conséquent la manette, restaient immobiles. Je l'ai aidé à se livrer pendant quelques minutes à des exercices de manipulation de la manette, en le tenant fermement par les épaules. Cela a marché. Il en était fier de lui. Il a surtout appris qu'il ne servait à rien, devant ses insuccès, ni de se dénigrer, ni de blâmer quelqu'un d'autre. Ce qu'il fallait, c'était une bonne identification du problème suivie de mesures adéquates de solution.
143- Il y a dans l'amitié toute une complicité, lentement tissée au cours des ans, à travers les bons et les durs moments de l'existence, les longs entretiens comme les furtives confidences. Elle se teinte d'une discrète tendresse, mouille les yeux quand on se regarde, meuble même le silence d'échanges muets et d'indicible compréhension. Belle et fragile comme une vieille potiche chinoise, elle demande des soins d'une infinie délicatesse. Il est même souvent préférable de ne pas trop y toucher.
144- Bien des québécois francophones font jouer à l'équipe de hockey du Canadien de Montréal le rôle que les pays souverains réservent à leur équipe nationale. Cela s'appelle un ersatz, un produit de remplacement.
145- Il m'est probablement arrivé, tout au long de ces granules, de raconter deux fois la même anecdote, d'énoncer encore une vieille idée, d'émettre à nouveau une opinion déjà connue. Bref, de radoter. Cela n'est pas très important. Ce qui l'est, c'est que ce soit vrai, et bien dit.
146- J'ai déjà écrit quelque part les vers suivants:
Je veux m’offrir un jour de totale liberté ,
Où le rêve gambade, où le fantasme sautille ,
Où le plaisir jaillit comme un geyser irrésistible ,
Et s’essaime en chaudes et luminescentes gouttelettes .
Joli, hein! Mais il y a combien de personnes au monde, ou même juste au Québec, qui sont capables de s'offrir ce simple petit moment de fol abandon?
147- Certains peuples de l'Antiquité ont reçu à l'époque moderne une étiquette tout à fait injustifiée, et leur nom a pris dans la langue courante une signification absolument négative. Ainsi les Vandales, d'origine germanique, qui ont traversé l'Europe centrale, la France et surtout l'Espagne, semant, dit-on, la désolation sur leur passage, saccageant et pillant églises et monastères, mais sûrement pas plus que les autres ostrogoths de leur époque. Ils ont finalement traversé la Méditerranée et fondé au Maghreb actuel un royaume qui fut d'une rutilante vitalité jusqu'à sa disparition en l'année 533. Pourtant leur nom est resté synonyme de destruction sauvage de lieux et d'objets sacrés. Pourquoi cette injustice? Vengeance de l'Église catholique pour leur appartenance à l'hérésie aryenne, le pillage de Rome et le meurtre de St - Augustin? Des peccadilles à cette époque où la propriété privée et la vie humaine avaient fort peu d'importance, même aux yeux de l'Église catholique!
148- L'intuition, c'est la capacité d'inventer la réalité.
149- Il existe d'autres peuples au nom dénaturé. Celui des Ostrogoths déjà cités et des Béotiens évoque désormais la grossièreté, la sottise et l'ignorance. Ces peuples ont eu pourtant leur heure de gloire à leur époque respective, produit des personnages importants et laissé leur marque dans l'évolution de la civilisation humaine. Encore des erreurs de l'Histoire qui jamais ne pourront être réparées.
150- Je vais avoir 73 ans comme j'ai eu vingt ans. Avec le sourire. Et une belle confiance en la vie que rien ne pourra altérer.
151- Nos rêves et nos fantasmes nous permettent souvent de supporter des réalités que nous n'avons pas la possibilité de modifier. A condition, bien sûr, de les distinguer soigneusement les uns des autres.
152- Un de mes amis témoin de Jéhovah m'a déjà dit: «Dieu doit être triste parce que tu ne crois pas en lui.» Ce à quoi j'ai répondu: «Il ne peut pas être triste, il n'existe pas!». Bel exemple de ces échanges stériles qui ne mènent à rien car il ne s'agit pas de faits réels, mais de foi et de croyances absolument invérifiables.
153- Comment peut-on tenir tout un peuple dans l'ignorance totale des exactions que commettent ses dirigeants et de l'image négative qu'ils projettent de son pays dans le monde entier?
154- J'ai souvent dit à mes enfants: «Quand tu fais face à une situation difficile, ne te mets pas à dos la personne la plus susceptible de t'aider à la surmonter. Si tu ne comprends rien à ton problème de maths, ne va pas faire une crise à ta prof, car c'est elle qui peut te l'expliquer. Si ta petite soeur et ton petit frère te crée des ennuis, ne va pas crier des bêtises à ta mère, c'est elle qui peut l'envoyer dans sa chambre. Mets toutes les chances de ton côté et fais confiance à tes alliés naturels.».
155- Il n'y a pas de sot métier, bien sûr. Mais il y a souvent des façons tout à fait sottes de pratiquer son métier, quel qu'il soit.
156- Quand j'étais enfant, au tournant des années 30 et 40, il restait encore de ces vieux paysans haïtiens typiques, qui venaient parfois en ville, habillés du costume traditionnel en gros bleu, avec, en bandoulière, leur macoute, sorte de grande besace faite de paille tressée. On les appelait des tontons macoute, et on s'en servait pour faire peur aux enfants turbulents et désobéissants. Moi, je n'en ai jamais été effrayé car je les trouvais tellement sympathiques et, je m'en doutais déjà confusément, tellement évocateurs de notre vieux fond culturel national. Plus tard, ce terme a été donné aux sbires cruels et assassins du dictateur Duvalier. Malheureusement, c'est cette seule signification dévastatrice que retiendra l'Histoire.
157- Il est préférable d'avoir toute sa raison quand on décide de faire des folies.
158- Quoi qu’il arrive, après les prochaines élections présidentielles aux Etats-Unis, le peuple américain ne sera plus jamais le même. Il aura été obligé de se demander si, oui ou non, il était capable de vivre avec un président noir. Et beaucoup de ses citoyens auront répondu par l’affirmative. Les générations futures n’auront plus à se poser la question. Elles sauront désormais que c’est une éventualité tout à fait normale. Et elles voteront, non pour un noir ou un blanc, mais pour un être humain qui répond a leurs exigences.
159- Savez-vous qu'en notation musicale une blanche vaut toujours deux noires? Il est absolument inadmissible qu'en 2008 on utilise encore une affirmation aussi raciste. Nous devons exiger de l'Unesco un changement radical à ce sujet. Ce ne serait pas tellement difficile, d'ailleurs. Une simple modification de couleur suffirait: la noire deviendrait verte. Et, du même coup, on donnerait un nouveau nom à la blanche qui s'appellerait désormais mûre. On dirait donc, de façon savoureuse et poétique: une mûre vaut deux vertes!
160- Il y a trente ans aujourd'hui, le 21 juillet 1978, à 5 heures de l'après-midi, j'écrasais ma dernière cigarette. J'avais fumé, de façon régulière et intensive, cigarettes, pipes et cigarillos durant un peu plus de 25 ans. Je n'ai plus jamais fumé depuis. J'ai mis en pratique ce précepte fondamental des Alcooliques Anonymes qui, même après des années d'arrêt, se disent des alcooliques sobres. Je me suis toujours considéré comme un fumeur qui ne fumait pas, mais qui était au courant de sa faiblesse et savait qu'une seule cigarette pouvait le plonger à nouveau dans cet inutile et coûteux esclavage.
161- Le préposé à la porte de l'enfer, de toutes les formes d'enfer devrait en fermer l'entrée aux enfants et sévir immédiatement à l'encontre de quiconque essaierait d'y introduire ne serait-ce qu'un seul d'entre eux.
162- Il y a des
moments où j’aime bien passer pour un vieil imbécile qui n’a rien à dire
mais qui a au moins l’intelligence de se taire.
163- Un jour
d’adolescence, mon frère, deux de mes voisins et moi sommes partis dans
les environs de Port-au-Prince pour visiter les vestiges d’un vieux fort
historique qui avait vaillamment servi au cours de la guerre
d’indépendance de 1803. Nous ne les avons jamais retrouvés. Sur le
chemin du retour, les trois autres se plaignaient d’avoir fait tout ça
pour rien. J’ai osé sortir un de mes adages préférés : Comme disait
Cyrano, «C’est bien plus beau lorsque c’est inutile!». Je suis passé
proche de recevoir une bonne raclée. Une chance que c’était tout de même
mon frère et mes amis.
164- Il y a
d’ici quelques millénaires, le gouvernement du peuple athénien a
condamné à la peine de mort l’un des plus grands philosophes de toute la
civilisation humaine, Socrate, pour avoir, disait-on, perverti la
jeunesse. Erreur judiciaire? Oh que non! Un prétexte, tout simplement.
On voulait le tuer et on l’a fait, peu en importait la raison.
165- Une veille
de Noël déjà lointaine, je donnai en cadeau à Marie, l’une des nièces de
ma conjointe de l’époque, un système de son de marque Sony. Sur la carte
qui l’accompagnait, je lui gribouillai ce petit texte de présentation :
Je vous marie, Sony!……………………….Non!
Je vous sonie, Marie!...........................Encore moins!
Je vous salue, Marie!...........................Oui, mais ça n’a rien à
voir!
Sonni soit qui mal y pense!.................Quelle banalité!
Une Annonce (de Sony, bien sûr) faite à Marie!...Tiens! Pas bête!
166- Quand j’étais écolier, en Haïti, il y avait une journée de l’année consacrée à la Fête de l’Arbre. Ce jour-là (j'en ai malheureusement oublié la date), on nous emmenait tous quelque part à la campagne, et, après un petit laïus très instructif d’un délégué du Ministère de l’Agriculture sur l’importance du reboisement, par groupes de quatre, on plantait religieusement un petit arbre. Cela n’a pas duré longtemps, comme à peu près tout ce qui se faisait de bien dans ce pays. Et aujourd’hui, une soixantaine d’années plus tard, les ravages de la déforestation se révèlent dans toute leur désastreuse ampleur au passage des derniers ouragans.
167- En musique classique, il y a des bizarreries linguistiques qui défient la logique et résistent à l'épreuve du temps. Ainsi, le mot soprano, qui désigne la voix féminine la plus aiguë, est toujours officiellement du genre masculin, même si, actuellement, l'usage courant permet de dire une soprano. Par contre, ce monsieur à la voix très profonde s'appelle le plus sérieusement du monde une basse. Et que dire de la flûte traversière qui, depuis le début du 19ème. siècle, est fabriquée en laiton, comme les cuivres, mais qui continue encore à faire partie de la famille des bois.
168- Si l'on n'écoutait que les déceptions qui ponctuent tant l'histoire d'une vie que celle des peuples, l'on perdrait vite tout espoir d'un avenir plus clair. Mais, de tous les temps, des nuages se sont accumulés, des tempêtes ont tout dévasté ou presque. Et pourtant, la Terre est encore là, partout la Vie a refleuri et l'Humanité n'a cessé de progresser.
169- On m'a raconté jadis, j'étais encore bien jeune, la curieuse histoire du Mensonge et de la Vérité. Un jour, le Mensonge a dérobé les vêtements de la Vérité et s'en est paré, cachant ainsi son identité sous les apparences de la Vérité. La Vérité, elle, a refusé de revêtir les habits que le Mensonge lui avait laissés et, depuis, n'a eu d'autre choix que de se promener, partout et toujours, entièrement nue.
170- Les Américains viennent d'élire Monsieur Obama à la présidence de leur pays. Les Québécois, eux, devront-ils se résigner à élire Monsieur ou Madame «Aux Bas Mots» ?
171- Encore enfant, très enfant même, j'écoutais avec passion les quelques disques que possédait mon père. C'était, bien sûr, des 78 tours, faits en ébonite, donc extrêmement fragiles. Un jour, j'ai eu le malheur d'en échapper un, et il s'est brisé. Je l'ai montré à mon père et j'ai eu droit à de sévères remontrances. Mais ce n'est pas ça qui m'a fait mal. Je regardais les deux morceaux de ce disque que je tenais dans chaque main et je me disais avec désespoir qu'il ne chanterait plus jamais. Que cette ravissante musique que j'aimais tant, je l'avais tuée par ma négligence. J'ai pris depuis un soin jaloux de mes disques, même les vinyles et les compacts, pourtant incassables. J'avais trop peur qu'ils ne se tussent à tout jamais.
172- Y a-t-il rien de plus humiliant que de se retrouver étendu de tout son long, en pleine rue, sur une surface glacée? On a beau se remonter le moral en se disant que le printemps, c'est juste dans trois mois, on a le sentiment d'avoir laissé sur le sol une bonne partie de sa dignité.
173- Qu'eût pensé Karl Marx s'il était encore vivant et qu'il pouvait contempler d'une part la déconfiture actuelle du système capitaliste qu'il avait tant critiqué et de l'autre la disparition quasi-complète du communisme qu'il voulait instaurer et dont il attendait tant le salut de l'Humanité? Eût-il oscillé entre une exubérante jubilation pour le premier évènement et le désespoir le plus profond à la vue du deuxième? Il y a des circonstances où c'est bien préférable que l'on soit mort.
174- Le soir du 24 décembre, j'ai écouté, comme chaque année, Bing Crosby chanter Silent Night, Adeste Fideles, et autres White Christmas. Encore une fois, j'ai vu défiler devant moi toutes sortes de merveilleux souvenirs d'enfance. Je me suis demandé comment un vieil athée comme moi pouvait encore se laisser envoûter par la magie de cette fête à nulle autre pareille. Cela n'a rien à voir en fait avec une quelconque croyance religieuse. Le 25 décembre, c'est depuis toujours la Fête du Soleil, la Fête de la Clarté, y compris celle qui devrait illuminer nos coeurs et irradier nos rapports avec autrui. J'ai vu à la télévision le musulman Mahmoud Abbas, comme avant lui Arafat, assister à la Messe de Minuit, à l'Église de la Nativité à Bethléem. Le jour où l'on verra, assis à ses côtés, le Premier (ou la Première) Ministre d'Israël, et peut-être même le Chef du Hamas, ce jour-là sera aussi la Fête de la Paix, de la Franchise et de l'Amitié entre les hommes et entre les peuples.

175- 1er.Janvier, Fête Nationale d'Haïti! J'avais l'intention de publier aujourd'hui même mon grand poème inspiré par la Symphonie du Destin, la 5ème., de Beethoven et intitulé «La Grandeur», dont la rédaction tire à sa toute fin. Ce n'est que partie remise. Mais, d'ores et déjà, je le dédie au Peuple Haïtien qui n'en finit pas de lutter contre un destin implacable et ravageur. Je lisais récemment dans l'édition Internet du journal Le Nouvelliste que des groupes de jeunes gonaïviens ont pris en mains, seuls, sans aide, la reconstruction de leur ville démolie et y travaillent avec acharnement. L'espoir est là! A eux et à nous tous, je souhaite une
Bonne et Fructueuse Année 2009!
!76- Si les fous et les criminels qui tirent les uns sur les autres dans la Bande de Gaza pouvaient arrêter de le faire, cela donnerait une chance à la vaillante jeunesse palestinienne de commencer à se construire un pays à la mesure de ses rêves et de ses capacités. C'est la grâce que je lui souhaite!
177- A partir du 21 janvier, une seule personne au monde aura le pouvoir de mettre fermement le poing sur la table et de dire, tant à Israël qu'au Hamas: «Ça suffit! Ce conflit a assez duré, peu importe les causes historiques qui peuvent l'expliquer. Je ne suis ni d'un côté ni de l'autre, je suis du côté de l'Humanité. Et, tant que cette guerre meurtrière va continuer, c'est toute l'Humanité qui sera malade. Si vous ne voulez pas entendre la voix de la raison et conclure une paix durable, je suis prêt à prendre TOUS les moyens pour vous l'imposer.» Eh! Barack! M'as-tu entendu?
178- Il y a des hommes qui semblent descendre directement d’Homo erectus sans passer par homo sapiens. Ils ont reçu en héritage une bonne capacité d’érections, mais sont dénués de toute la sagesse qui devrait en diriger l’utilisation.
179- Moins on sait, plus on affirme. Plus on apprend, plus l’on mesure l’étendue de ce qu’on ignore et plus on se pose des questions, dont, malheureusement, on n’aura probablement pas le temps de connaître entièrement les réponses.
180- Il y a une trentaine d’années, propriétaire d’un petit chalet au fond des bois, du côté de St Charles de Mandeville, j’avais décidé de fermer la galerie extérieure avec de vieilles fenêtres, afin de pouvoir mieux en profiter les jours de pluie et de température fraîche. Bon bricoleur, j’ai entrepris et je poursuivais mon travail tout seul, quand sont arrivés deux vieux villageois, fort sympathiques d’ailleurs, qui avaient l’habitude de venir pêcher dans le lac. Ils ont ouvert de grands yeux en voyant mes réalisations. L’un d’eux s’est même écrié avec admiration : « Mais vous êtes un ouvrier! ». C’est l’un des plus beaux compliments que j’aie reçu de ma vie.
181- Quand on est enfant et que l’on doit endurer péniblement les premières petites frustrations que nous impose notre jeune existence, elle nous paraît bien dure, la vie. Plus tard, on se rend compte que ce n’était là que le camp d’entraînement et que les vrais affrontements étaient encore à venir. Au fait, si l’on n’avait pas pleuré à deux ans, aurait-on pu faire face aux grandes épreuves de nos 20, 40 ou 60 ans?
182- Les imbéciles sont toujours dangereux quand on leur donne du pouvoir.
183- A la fin des années 70, je dirigeais, à l’hôpital où je travaillais, une équipe composée d’environ une douzaine de charmantes et compétentes jeunes personnes, en grande majorité du sexe féminin. Nous avions réussi à y établir un climat très chaleureux, quasi-fraternel. Un jour, en blague, je leur ai dit que j’aurais aimé être un patron craint. La réponse ne s’est pas fait attendre : un vaste éclat de rire moqueur, même gouailleur. Pour ajouter à la dérision, ces dames m’ont accolé le redoutable surnom de Momo La Terreur. Il y a de ces choses que l’on ne peut même pas penser à réaliser dans sa vie. Elles ne sont vraiment pas faites pour nous.
184- C’est vrai que le ridicule ne tue pas. Mais il ne faut pas essayer de trop en profiter, car, alors, il peut faire très mal.
185- Que des gens soient en faveur ou contre les grands enjeux sociaux, politiques ou moraux, c’est tout à fait normal. Là où cela devient extrêmement inquiétant, c’est quand tous ces débats se butent de la part d’une grande partie d’une population à la plus totale indifférence.
186- Le plus grand arbre au monde n’eût jamais, s’il n’avait eu ses racines solidement ancrées dans un sol fertile, réussi à se hausser la tête aux confins du ciel.
187- Jeune résident en pédiatrie en Haïti au début des années soixante, j’avais la responsabilité d’une salle remplie de cas graves de nourrissons atteints de tétanos ombilical. Avec la pauvreté des moyens dont nous disposions, ils en mouraient pratiquement tous. Grâce à un travail inlassable, les infirmières et moi avions réussi à en sauver un, le premier. On en pleurait, on s’embrassait tellement on était heureux et fiers. Un an après, ce jeune garçon m’est arrivé un soir en urgence, dans un état de déshydratation extrême causé par une gastro-entérite mal traitée, et il en est mort. C’était comme survivre à un raz-de-marée et périr noyé dans un petit ruisseau normalement inoffensif. J’ai appelé tout cela depuis les maladies de la misère et de l’ignorance.
188- Il y a des souvenirs d’enfance qu’il vaut mieux ne pas revoir car le temps risque de les avoir considérablement rapetissés.
189- Jeune adulte, je ne cessais de professer mes convictions socialistes auprès de mes amis d’enfance. Un jour, l’un deux me dit : «Tu veux être peuple alors que le peuple, lui, n’a qu’un rêve, ne plus être peuple ». Y aurait-il donc en chacun de nous quelque pulsion qui le pousserait à être quelque chose d’autre que ce qu’il est vraiment?
190- Connaissez-vous César Franck? Probablement pas. C’est un compositeur du 19ème siècle, belge d’origine allemande, mais qui a passé toute sa vie à Paris. Très sérieux, même un peu austère, il est peu connu du grand public. Pourtant c’est, à mon avis, leu seul qui ait réussi de façon quasi-parfaite l’alliance entre l’intelligence française et la grandeur germanique. Il a d’ailleurs exercé une influence considérable sur les compositeurs qui l’ont suivi, entre autres, Claude Debussy.
191- On ne peut pas corriger une erreur par une autre encore plus grave que la première. C’est pourtant ce que font souvent nos politiciens et bon nombre de gens ordinaires, comme nous.
192- Toujours en Haïti au début des années soixante, un médecin noir américain de passage nous avait laissé, à nous nous , les résidents en pédiatrie, du matériel pour pratiquer l’électrophorèse de l’hémoglobine et ainsi diagnostiquer l’anémie falciforme, une maladie génétique exclusive à la race noire. Grâce à Laide de quelques étudiants, j’avais fait construire un meuble pour les abriter de façon fonctionnelle. J’avais fait l’installation électrique moi-même. Et cela a bien marché. Quelques mois après mon arrivée à Montréal, j’ai appris que tout notre matériel avait été vandalisé et complètement détruit par des inconnus. C’est ainsi dans ces pays soumis à de féroces dictatures. Les gens en place ne peuvent supporter le moindre progrès réalisé par d’autres, car cela devient une contestation évidente de l’inutilité et de la stérilité de leur pouvoir.
193- Il m’est souvent arrivé, dans ma grande naïveté, de prêter à certaines personnes des goûts et des qualités d’une grande élévation intellectuelle et morale qu’elles n’ont jamais eus et n’auront jamais, pour me rendre compte un " beau" jour, dans un réveil brutal, que tout cela n’existait que dans mes rêves les plus fous.
194- On est en train de découvrir, grâce à des documents longtemps gardés secrets par les successeurs de Freud, en particulier, des lettres de Freud lui-même adressées à un de ses amis, que toute la théorie psychanalytique n’est qu’une vaste supercherie, basée sur le mensonge, l’invention de personnages fictifs, la falsification de faits cliniques. Quand on pense au nombre de personnes, parmi lesquelles d’éminents intellectuels, qui ont été dupées par un tel charlatanisme, et durant des décennies, on se surprend à douter de la capacité de jugement de l’intelligence humaine.
195- Rassurons-nous et répétons après Abraham Lincoln : « On peut tromper certaines personnes tout le temps. On peut tromper tout le monde un certain temps. On ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. ». Ouf!
196- Finies, les enveloppes brunes qui circulaient en cachette dans les hautes sphères des milieux politiques québécois! Désormais, elles seront bleues!
197- Quand on arrive à un certain âge, le plus important, ce n'est pas ce que l'on fait mais ce que l'on est. De toutes façons, plus ça va, moins on peut faire des choses que l'on a tant faites durant son jeune âge, et même d'autres choses que l'on s'était tant promis de faire quand on en aurait le temps. Tout ce qui nous reste, c'est d'être bien simplement ce que l'on est.
198-Je me suis toujours demandé quel était l'impact réel de ces historiettes et chansonnettes que l'on retrouve dans bien d'annonces commerciales. Pour ma part, qu'elles soient amusantes ou complètement stupides, j'ai toujours du mal à me rappeler le produit ou l'entreprise qu'elles sont destinées à promouvoir.
199- Je ne ferai pas de cachette. Parodiant Cyrano de Bergerac, je dirai que bien des robes ont passé dans ma vie. Mais jamais je n'ai considéré une de ces personnes comme des "conquêtes". Ce serait leur faire une inqualifiable injure. Je dois même avouer que la plupart du temps, c'est moi que je considérais comme "conquis", au sens très positif de ravi, émerveillé, séduit par cette représentante de ce personnage un peu mythique, paré à mes yeux de toutes sortes d'envoûtantes qualités, j'ai nommé LA FEMME.

200- 1er. Janvier 2010! Fête nationale d'Haïti.
2 janvier! Fête des Aïeux! La Fête par excellence de la Famille Haïtienne! Je dis ça chaque année. Mais c'est pour ça que c'est fait, les anniversaires. Pour nous rappeler, encore et toujours, ce qui doit être inoubliable.
Vive Haïti! Mais surtout, qu'Elle vive bien! Elle en a marre de vivoter. La souffrance n'est acceptable que quand elle est un ingrédient de progrès et d'épanouissement, jamais quand elle est agent de déchéance et d'enlisement.
À nous tous, une BONNE et FRUCTUEUSE ANNÉE!
201- Bonne et fructueuse année! Quelle ironie de l'histoire! Qu'elle vive bien? Ce n'est pas demain la veille. Elle est en mode survie et pour longtemps. Encore une fois, le peuple haïtien a un rendez-vous avec ces petites grandeurs de tous les jours, qui réalisent de petits miracles insoupçonnés, mais se nourrissent de deuils et de souffrances.
202- Devant tant de misères, d'horreurs et d'injustices, on ne peut que se taire, car on ne dirait que des banalités. Comme invoquer des explications qui ne donnent que l'illusion d'expliquer, comme la malchance et, pire, le madichon. A moins d'être un savant sismologue, il vaut mieux se taire. Et agir. avec ses pauvres moyens. Tirer une main qui s'agite sous les décombres. Donner à boire à un enfant qui pleure. Ou, si l'on est loin, envoyer une poignée d'argent à Médecins Quelque Chose. C'est une goutte d'eau dans l'océan, bien sûr. Mais l'océan n'est autre chose qu'une myriade de gouttes d'eau qui s'additionnent, Que chacun y jette la sienne, ce sera mieux que rien.
203- Même les plus savantes des prédictions n'ont pas réussi à empêcher l'inévitable. Elles seront utiles au moment de la nécessaire reconstruction, quand il y aura des décisions importantes et probablement déchirantes à prendre. On ne peut que souhaiter qu'il y ait en place des gens capables de les prendre, de les expliquer et de les faire accepter. Ce n'est pas tout à fait évident. Regardez ce qui arrive à Barack.
204- Le meilleur et le pire se côtoient en Haïti, comme toujours, et comme partout ailleurs. D'un côté, des gens qui chantent en tapant des mains, de l'autre, des voyous qui pillent, machette à la main. Tout ce qu'on peut espérer, c'est que le meilleur gagne!
205- Avez-vous lu cette savoureuse histoire de cet homme, sauvé, après une semaine passée sous les décombres... par des voleurs!!! Mais quel délicieux clin d'oeil de cette belle et malicieuse vie qui oblige même des criminels à faire une bonne action, juste au moment où ils pensaient en commettre une bien vilaine! Ma parole, on dirait qu'elle s'amuse!
206- L'année 2010 a si mal commencé qu'elle ne peut que s'améliorer. C'est du moins ce qu'il faut espérer. Comme disait je ne sais plus qui (mon auteur préféré): "Le point le plus bas de la marée basse correspond au début de la marée haute". Si l'optimisme n'existe pas, je vais l'inventer.
207- On peut même rire et s'amuser, vous savez. Comme ces enfants qui vont jouer dans les ruines de ce qui fut il n'y a pas longtemps un bel et superbe hôtel. On exorcise l'horreur et on se met à rebâtir. La vie est cruelle. Mais l'Homme est Grand.
208- Dans les situations de crise majeure, un peuple a besoin d'un chef, d'un vrai, doté de bonnes qualités sur le plan technique et organisationnel certes, mais aussi d'un brin de démagogie, au sens étymologique du terme. Je rappelle que démagogie vient de deux mots grecs qui signifient tout simplement: Conduire le peuple.
209- Le malheur doit servir à quelque chose de bon, ne serait-ce que pour se faire pardonner. Pourrait-il arriver que les Dominicains, qui ont asséché le grand barrage de Péligre en détournant les cours d'eau qui l'alimentaient, privant ainsi les Haïtiens de cette indispensable électrification, reprennent ce projet, cette fois de concert avec leurs voisins, pour donner le courant à toute l'île? Que tous les dieux me pardonnent, je suis un incorrigible rêveur.
210- Faudra-t-il reconstruire Port-au-Prince en largeur, l'étaler sur toute la Plaine du Cul-de-Sac, interdire les kay chanm'ot (cases à chambre haute, ou maisons à étage), transformer la Croix des Bouquets en capitale administrative? Je n'aimerais pas être urbaniste, architecte ou géologue en Haïti par les temps qui courent, encore moins celui ou celle qui devra prendre les décisions finales, au risque de se faire reprocher d'ici 50 ans d'avoir commis l'une des plus magistrales erreurs de l'histoire de ce pays.
211- Quand on apprend la mort tragique de l'un de ses amis d'enfance, même si on ne l'a pas vu depuis plus d'un demi-siècle, les souvenirs se bousculent, viennent parader une dernière fois, comme pour faire un ultime tour de piste, puis disparaissent, happés par le trou noir de l'oubli, laissant derrière eux un grand vide et des traînées d'une souffrance blafarde qui ne sait même plus trop pourquoi elle est là...
212- La vengeance est le sentiment le plus stérile qui se puisse exister. Elle procure une impression de satisfaction fausse et malsaine, sans rien donner de véritable gratification. Quand je vois les victimes d'un filou se plaindre de la clémence du tribunal à son égard, je les comprends, mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il eût été plus rentable de le faire travailler, pratiquement sans rémunération, pendant dix, douze ou quinze ans, sous étroite surveillance et de remettre l'argent ainsi gagné aux personnes qu'il a spoliées. Cela aurait, entre autres avantages, celui d'économiser toutes les sommes qu'on va dépenser à le nourrir en prison.
213- Un de mes amis m'a reproché d'avoir prôné une certaine démagogie, sous le couvert de son sens étymologique. J'insiste encore: à la toute origine, la signification de ce terme, comme celle de tyran, était sans tâche. Pisistrate, tyran d'Athènes (chef, roi, maire peut-être) aux environs des années 560 avant J.C., a défendu les classes populaires contre les abus de l'oligarchie aristocratique et introduit dans la ville de solides réformes démocratiques. Mais il a employé des méthodes de manipulation de l'opinion publique qui l'ont complètement discrédité. Après lui, la démagogie n'a plus été la même. En comparaison, la pédagogie, sa cousine proche, issue en partie de la même famille, a conservé intacte, à travers les âges, toute la noblesse de ses origines.
214- Si le nombre des indécis continue à augmenter, aux prochaines élections, ils pourront former un parti. Ils auront même des chances de prendre le pouvoir et de former le gouvernement. Il n'est pas sûr que l'on verra beaucoup de différences entre eux et les gouvernements actuels.
215- La génétique fait parfois des cadeaux tout à fait inattendus, peut-être pour se faire pardonner tous les méfaits dont elle nous accable si souvent. Ainsi cette jeune fille qui a reçu dans ses bagages héréditaires la brillance intellectuelle de son père et les agréables qualités morales de sa mère: sa douceur, sa bonté, sa gentillesse, sa générosité (sans oublier ses attrayantes rondeurs, mais ça, c'est une autre histoire). Imaginons un instant que ce fût le contraire, qu'elle ait hérité de la psychopathie paternelle et des sévères difficultés d'apprentissage de maman. Elle eût été un monstre.
216- L’amour s’infiltre parfois dans ma solitude comme une brise fraîche et légère qui survient à des moments où l’on ne l’attendait pas du tout. Je ne sais jamais d’où elle viendra. Insaisissable et impalpable, elle ne fait que passer et je ne peux la garder. Elle ne change rien à ma vie. Mais elle est apaisante, agréable et réconfortante. Et quand elle a disparu, tout en moi et tout autour de moi se sont imprégnés soudain de tendresse et de douceur. J'en ai bien des exemples ces jours-ci, à l'approche de mon retrait de la pratique active.
217- La solitude? Quelle solitude? Depuis que je suis enfant, j’ai pris l’habitude de me parler à moi-même, de me confier mes idées, mes espoirs, mes déceptions, mes fantasmes. Je ne suis jamais seul, car je suis toujours là, avec moi. Si un jour, vous me voyez rire tout seul, en pleine rue, n’alertez pas le 911. Je viens simplement de m’en raconter une bien bonne et bien drôle!
218- Il y a de ces personnes que l’on n’a jamais rencontrées en personne, que l’on n’a connues que par la radio, le cinéma et la télévision mais qui nous ont tant marqués qu’on a l’impression qu’elles font partie de notre vie. Quand elles disparaissent, on croit perdre un grand frère, un vieil oncle, une amie très chère. La première fois que cela m’est arrivé, ce fut lors de l’enterrement, télévisé, de Fernandel. Il yen a eu d’autres par la suite, dans le domaine de la politique, et des arts. Cette semaine, c'est Maureen Forrester, la grande cantatrice montréalaise. Ce sera qui, demain? Je me suis d'ailleurs demandé, avec une pointe d'envie, s'il y aurait une personne, une seule au monde, qui, sans m'avoir jamais rencontré, se serait suffisamment repue de ces lignes, pour éprouver cette même impression, à l'annonce de ma disparition. Il est toujours permis de rêver.
219- Le talent assimile les règles et les applique à la perfection. Le génie les porte à leur plus haute expression, puis les fait éclater.
220- Quand on demande à un haïtien comment ça va, il répond : « Ça ne va pas plus mal ». Comme si c’était déjà entendu que les choses allaient mal et que l’essentiel, c’était d’éviter à tout prix qu’elles n’empirent.
221- Alors que j'étais jeune résident en pédiatrie, le patron nous posa une question particulièrement biscornue. Alors qu'on se grattait la tête, embarrassés de notre ignorance, une résidente, feignant l'oubli, s'est écriée: "J'ai la réponse dans mes notes". Et le patron de répondre d'un ton sévère: "Docteure, ce n'est pas dans vos notes qu'elle doit être, la réponse, mais dans votre tête!". Depuis, j'ai dilapidé mes notes et fortifié ma mémoire.
222- En ce 1er. Juillet 2010, je mets officiellement fin à mon activité professionnelle, après cinquante ans de vie médicale, presqu’en totalité consacrés aux enfants et adolescents. Je m’en vais avec une certaine fierté, bien sûr, devant le travail accompli, mais aussi avec un petit pincement au cœur. Il s’agit-là d’une œuvre qui ne finit jamais, et qui nous donne toujours l’impression d’être en deçà de tout ce que l’on aurait pu réaliser. C’est maintenant que j’aurais aimé commencer, mais avec tout ce que je sais, tout ce que j’ai appris, que j’ai accumulé, au fil des ans, de connaissances et d’expériences. Bien sûr, je n’eus rien changé dans l’orientation générale de mon travail. Que de petites choses eussent cependant été faites différemment, que de tâtonnements inutiles, que de pertes de temps, que de gaspillage d’énergie eussent été évités! Mais, après tout, c’est peut-être à travers ces errements que j’ai pu apprendre ce que je sais et devenir ce que je suis.
223- Il m’est déjà arrivé d’être critiqué pour mon style très personnel, par moments marginal, pas très « professionnel » au goût de certains, en tous cas très différent de celui, conventionnel, des psychiatres cravatés et bien-pensants. Je devais bien m’y attendre. Les hors-normes finissent toujours par se faire ostraciser, quelque soit le bien qu’ils aient apporté à la société. Seule leur reste la reconnaissance de tous ceux et de toutes celles qui ont profité d’eux et de leurs mains ouvertes pour gravir quelques échelons dans leur épanouissement personnel. Et ça, ça vaut toutes les légions d'honneur du monde entier.
224- Durant ces deux dernières décennies, je me suis souvent dit que je ne vivais que pour les autres. Maintenant que ces autres, par la force des choses, sont pratiquement tous sortis de ma vie, j’ai un peu l’impression que je vais vivre pour rien.
225- Si l’on me demande qui furent les grandes compagnes de ma vie, je nommerai : la Générosité, la Créativité, la Vérité et la Beauté. Maintenant qu’achève ma vie professionnelle active, j’aurai bien moins d’occasion de donner de ma personne à qui en aura besoin. Il restera cependant la Disponibilité. Créatif je demeurerai, tant que mes cellules grises me permettront de mettre en mots et phrases les quelques pensées qui les assaillent. Quant à la Vérité, je continuerai à la traquer dans ses moindres retranchements, tout en déplorant de ne plus avoir personne à la transmettre. J’admirerai toujours la Beauté. Celle des formes et des couleurs, le temps que je pourrai encore le faire. Celle des sons et des rythmes, car la musique est et sera toujours là, tout au long de mes jours. Enfin, celle du coeur, en particulier sous son expression la plus achevée, la Grandeur.
226- J’arrive à un stade de mon existence où, en raison de mon âge et, bien plus encore, de mes faiblesses visuelles, les désirs s’émacient, deviennent évanescents, quasi-squelettiques, en tous cas, moins opérants; où les fantasmes tiennent lieu de réalité; où la contemplation remplace l’action; où la tendresse elle-même se fait plus mystique. Je ne pourrai plus faire grand’chose sinon regarder faire les autres, et encore, de très loin, à travers de puissants télescopes virtuels. Tout au plus, si cela m’inspire quelque profonde réflexion, je la traduirai en mots et phrases, en sachant très bien qu’à peu près personne ne les lira. Mais ça, c’est le destin des vieux philosophes.
227- En 1948, Nat King Cole, le grand chanteur noir, alors au faîte de sa gloire, emménage avec sa famille dans un quartier huppé de Los Angeles, uniquement peuplé de blancs. Ces derniers, outrés de sa présence, lui envoient une lettre dans laquelle ils lui indiquent leur désir de ne pas avoir de personnes « indésirables » dans leur voisinage. Nat leur répond à peu près ceci : « Ne vous inquiétez pas, si j'en vois une, je vous le ferez savoir ». Et vlan!
228- Il y a toujours quelqu’un qui aime ce qu’un autre déteste. Je m’en suis rendu compte dans les appréciations que je recevais de mes amis sur certains de mes textes. «Le style est trop simple, pas assez recherché», dit l’un. Et un autre de s’écrier : «J’aime cela écrit de cette façon-là, c’est à ma portée et je peux tout comprendre». À qui faut-il faire plaisir?
229- Dans les pays sous-organisés, les difficultés rencontrées dans la mise en place de solutions sont souvent plus considérables que les problèmes initiaux que l’on cherche à résoudre. La phrase est lourde? La situation l’est encore bien plus.
230- Un de mes jeunes amis est venu me voir, désespéré, presqu’en larmes : «Ma première année de carrière a été un échec complet», m’explique-t-il. Je lui ai répondu : Sais-tu ce que tu dois te dire? «J’ai connu un échec, youpi ! Cela m’a permis d’apprendre en un an des tas de choses qu’autrement j’aurais mis des années à comprendre. Maintenant je vais être mieux armé pour les années à venir!».
231- Bonne retraite, m’a-t-on dit! Après même pas quinze jours, j’ai perdu mon portefeuille, souffert le martyre d’une intoxication alimentaire, payé l’amende pour un fil de modem égaré durant le déménagement, vécu les affres de la canicule en raison de l’absence de mes trois climatiseurs que je n’ai pas eu le temps d’installer, et j’attends encore mes nouveaux appareils laveuse et sécheuse que je devais recevoir depuis un mois! Il me semble qu’il ne se passait pas toutes ces histoires-là dans ma vie à l’époque où je travaillais comme un défoncé!
232- Juillet 1954. Jeune étudiant fraîchement muni de ses deux baccalauréats, je me présente à la Faculté de Médecine de Port-au-Prince pour m’y inscrire en vue de l’examen d’entrée. Il ne reste que quelques heures pour le faire. Je suis avec un ami d’enfance, les autres présents sont pour moi des inconnus. On nous informe qu’il nous faut à tout prix nous procurer un Certificat de Bonne Vie et Moeurs que délivre le Ministère de la Justice, dont les locaux ne sont qu’à deux coins de rues. On les franchit au pas de course. On se retrouve dans une grande salle, remplie de bureaux qui semblent avoir été désertés par leurs occupants naturels. Seuls deux messieurs à l’air suffisant sont assis négligemment, l’un sur un bureau, et dissertent entre eux de... leurs affaires. Mis au courant de nos besoins, l’un d’eux nous dit fort gentiment : «Je veux bien répondre à vos demandes, mais aujourd’hui il n’y a pas de secrétaire pour taper vos documents». Miracle! Je savais taper à la machine! «Tous nos regrets, messieurs, mais il n’y a pas de papier!». On a tous labouré nos désertiques fonds de poches, mis en commun les moindres centimes qu'on y a déterrés. On a trouvé du papier blanc à la boutique d’en face. J’ai tapé tous les certificats pour tous les gars présents. Certains sont devenus plus tard des amis, car on a fait nos études médicales ensemble. Les autres sont retournés dans l’obscurité de l’inconnu. L’administration haïtienne, elle, n’a fait qu’empirer, à travers des décennies de destructivité duvaliérienne. Imaginez ce qu’elle doit être maintenant, six mois après la Grande Secousse!
233- Récemment, au cours d'une petite fête organisée par mon fils pour mon anniversaire, une des mes amies, que je connais depuis plus de quarante ans, a trouvé, pour me rendre hommage, cette merveilleuse formule: «Maurice, on rentre dans son coeur sans frapper». Si Jocelyne le dit, ça doit être vrai. Et c'est tellement agréable de l'entendre dire. Merci, Jojo, pour l'avoir dit.
234- L'important, ce n'est pas seulement d'avoir de bonnes idées. C'est aussi de pouvoir les traduire en termes d'organisation. Sinon, elles sont mortes.