Fantasmes

Rêveries d’un dormeur solitaire

 

SOMMAIRE

 

-        1997 - 02 : Évelyne

-        2003 - 08 : Hélène

-        2003 – 08 : Mina

-    2004– 04 : Sylvie 

2005-08 : Tom et Julie

- 2006-01  : Tu t'en vas

- 2008-06 : Ce que je vois?

 

 

 

EVELYNE 


Il était une fois
Une belle et grande marmotte

Que chaque année l’on visitait

Le 2 février !

 Dans son terrier l’on s’en allait
Avec des fleurs pleins les bras

Des souhaits plein la bouche

Et de l’amour plein le cœur !

 Et de son terrier l’on revenait

Avec des sourires plein les yeux

Des douceurs plein le goût

Et , plein la tête , des brassées d’espoir !

 Bonne Fête , Évelyne !

 2 février 1997
 


HÉLÈNE

 

J'aime

La blancheur de tes cheveux

La pâleur de ta peau

La noirceur de tes pupilles

La minceur de ton sourire

La grosseur de tes seins

La largeur de tes hanches

La rondeur de tes cuisses

La longueur de tes jambes 

La douceur de ton être.

 
Quand je t’ai rencontrée, tu dérivais

Portée par tes peurs et tes peines

Délaissant tes remèdes salvateurs

Oubliant la musique, ton souffle de vie

Dans l’alcool tu cherchais le néant.

Gentiment je t’ai tendu la main

Simplement tu l’as prise et serrée

Et depuis me voilà dans ta vie 

Et toi dans la mienne

Comme si on s’était toujours connus.

 
 J’aime

Ton exquise sensibilité

Ta discrète sensualité

Ta tremblante fermeté

Tes louvoyantes ambiguités

Ta douloureuse anxiété

Ta touchante fragilité

Ta souriante disponibilité

Ton hésitante ténacité

Ta timide jovialité

Ton attachante humanité.

 20 Août 2003
 
 
MINA
 

Je t'ai placée sur un piédestal,

tu es ma petite sirène,

ma fée bienfaisante ,

ma déesse vénérée.

 

Tu illumines ma vie,

tu es mon étoile,

mon feu follet,

ma petite coucouille.

 

Tu chatouilles mon existence,

tu es mon petit baka,

mon farfadet,

mon eulenspiegel.

          *****

Mais aussi tu es à mon service,

tu es ma bonniche,

ma femme à tout faire,

mon petit rest'avec.

 

Tu gères mon bien-être,

Tu es ma cantinière,

Tu es ma lavandière,

Ma petite vestale.

 

Je te façonne à mon gré,

Tu es mon élève obéissante,

Je suis ton Pygmalion,

Tu es ma Galatéa.

          *****

Pourtant c'est toi la maîtresse,

La maison marche selon tes volontés,

Et auprès de toi je remplis

Ma fonction essentielle : te parler.

 

Comme autrefois les nobles romaines,

Tu te paies un philosophe esclave,

Qui t’enseigne lettres et sciences,

Qui t’apprend à vivre et à penser.

 

Tour à tour autoritaire et docile,

Abeille diligente et reine altière,

Telle Hébé, servante des dieux et déesse elle-même

Tu es ma serva padrona.

 

  17 Août 2003

 

 

SYLVIE

 

Je suis passé devant elle ,

Tout droit , sans m’arrêter ,

L’air absent , le regard lointain ,

Feignant d’ignorer sa présence

Indifférent à son attente ,

Comme un gamin en mal de taquinerie .

Je me suis dirigé , ô suprême affront ,

Vers la nouvelle , la petite jeune , la toute menue ,

Mon œil a pétillé ,

Mon sourire a rayonné ,

Mon cœur a vibré ,

Vibré si fort qu’elle a dû l’entendre .

 

Je l’ai sentie se raidir, se figer de colère ,

Son regard durci comme une lance acérée

M’a suivi jusqu’au bout ,

Comme l’œil de l’aigle suit sa proie

Qu’il voit lui échapper .

Quand je suis repassé devant elle ,

Avec mon petit sourire espiègle ,

D’une voix sèche , mais presque douce

De fureur contenue ,

Elle m’a dit : « Plus jamais ici devant moi !

Désormais , tu iras la voir , elle ! »

Ce fut tout ! Et ce fut beaucoup !

Elle était jalouse !

                  

Jalouse ! Vraiment !

Aurait-elle peur ? Mais de quoi , grands dieux ?

Peur de perdre ce qui est à elle

Et à elle seule , depuis vingt ans ?

D’être moins aimée , moins admirée ,

Moins jeune que la jeune ,

Moins belle à mes yeux que la nouvelle ?

Peur de ne plus être sûre d’elle ,

De son charme , de son pouvoir ?

D’être une reine déchue de son trône ,

Remplacée par quelque damoiselle

A la jeunesse arrogante ?

 

Quand le doute s’installe ,

Il distille tristesse et colère

Il obscurcit la vue

Montre les choses à travers un prisme déformant  .

On n’est plus tout à fait soi-même

Les autres cessent d’être ce qu’ils ont toujours été ,

Et ce que l’on croit percevoir

N’est que pastiche de ce qui est .

Lorsque la colère s’infiltre ,

Nos paroles et nos gestes

Dépassent la mesure

De ce qui est de façon bien ordinaire

La réalité .                   

 

 

C’est pourtant si simple !

Arrive un temps dans notre existence

Où le fantasme régit nos rapports avec autrui .

On se crée des liens inexistants

Et les gens deviennent des prétextes aux rêves les plus fous

Jouant un rôle qui ne leur appartient pas .

Fantômes exquis dont se peuple l’imaginaire

D’un vieil homme esseulé .

Des femmes , bien sûr ,

Des blondes , des noires , des rousses ,

Des grandes , des naines , des grosses, des fluettes ,

Des gentilles et soumises , de sévères maîtresses ,

Des vieilles déjà ridées , mais riches d’expérience ,

Des toutes jeunes aussi qui , sans le savoir ,

Lui procurent l’illusion d’être grand-père !

 

Mais , voyons , l’essentiel est ailleurs .

Il est dans cet abandon tranquille

Cette sereine assurance de l’eau dormante

Dont nulle brise ne vient altérer la pureté .

Il est dans la stabilité du rocher

Que le temps a patiemment sculpté

Et qui de façon immeuble

Traverse neiges et tempêtes .

Il est , pour nous , dans ces discrètes et rares confidences

Murmurées de part et d’autre d’un muret infranchissable .

Il est dans l’apaisante confiance

Et la douce complicité

D’une longue , belle et grande amitié .

 

10  Mai 2004

Tom et Julie

 

Elle n’était pas belle

Vraiment pas belle
Une petite boulette enfarinée ,
Des seins trop gros ,
Le reste insignifiant ,

Elle n’était pas grande

Trois pommes et quelques pouces

On l’appelait Ti-boutt Julie

Pas intelligente , mais pas du tout

Elle avait fréquenté l’école

Comme un prisonnier fait son temps

En rêvant d’être ailleurs

Quelques hommes avaient piétiné sa vie

Le temps d’une jouissance , la leur

Et depuis , elle traînait ses savates élimées

Quelque part dans un monde indifférent

En se demandant ce qu’elle pouvait bien y faire .

 

Il était grand et maigre ,

On l’appelait Tom la girafe

Quand il regardait droit devant lui ,

Il ne voyait que des dos de tête

Et jamais un regard qui eût croisé le sien

Et quant au sien , il se perdait

Dans un monde d’idées irréelles

Et de rêves inutiles

D’une intelligence supérieure

Il avait décroché de beaux diplômes universitaires

Ce qui lui permettait d’élaborer

Des grandiloquentes théories

Que plus personne n’écoutait

On le disait autiste , il se croyait génial

Jamais il n’eût un ami , encore moins une femme

Il parlait aux murs , se confiait au clavier

Vivait au fond de lui-même

Comme dans une sombre et vide catacombe .

 

Se sont-ils rencontrés ?

Leurs regards ont-ils réussi l’impossible ?

A-t-il découvert dans ce petit tas chiffonné

Une tendresse inconnue , quelque beauté insoupçonnée ?

A-t-elle écouté , béatement émerveillée ,

Toutes ses belles et mystérieuses élucubrations ?

Cela semble bien incroyable

Et pourtant un jour , dans une langue

Que seuls ils pouvaient comprendre ,

Ils se sont murmuré :

« Pourrait-on s’en aller bien loin ,

Bien loin , toi et moi ,

Étroitement enlacés ,

Comme deux étoiles

Dont les rayons se seraient emmêlés

Et qui dériveraient ainsi ,

Accrochées l’une à l’autre ,

Dans l’immensité de l’espace

Et jusqu’au fin fond de l’éternité ? »

 

 
 
Tu t’en vas !

 

Les étoiles s’éteignent à l’orée du jour

Les canards s’en vont quand le froid les pourchasse

Le vieillard usé fait la place au jeune

Mais toi, pourquoi t’en vas-tu ?

 

L’homme laisse parents et amis et s’attache à une femme

Le renard quitte sa tanière en quête de sa proie

Le marin s’embarque, avide d’un ciel sans bornes,

Mais toi, pourquoi nous quittes-tu ?

 

Les rats se sauvent en hâte du navire qui coule

L’oiseau fuit son nid devant le chasseur qui tue

On abandonne un ami quand il ne nous aime plus

Mais nous, nous on t’aimait !

 

Mais le soleil qui part nous réchauffe encore le cœur

Le visage d’une mère sourit encore au cœur d’un homme

Puisses-tu encore ainsi penser à nous

Car nous, nous ne t’oublierons jamais

 

Partout où tu iras, il fera bon vivre

La guerre fera place à la paix et la pluie au beau temps

Les enfants riront et t’ouvriront leurs bras

Car toi, on ne peut ne pas t’aimer !

 

 

Voici une variante des deux dernières strophes qui sont réunies aux trois autres sous le titre : Tu t’en es allé(e), pour quelqu’un qui nous a vraiment quittés, et pour toujours.

 

Mais le soleil qui part nous réchauffe encore le cœur

Le visage d’une mère sourit encore au cœur d’un homme

L’on fredonne longtemps le refrain que l’on connaît bien

Et nous, nous ne t’oublierons jamais

 

Dans le vaste univers, maintenant, il y aura un peu de toi

Tu seras dans la rutilante rose, comme dans le timide passereau

Partout où sera une parcelle de toi, la vie rejaillira

Et nous, un jour, à cette renaissance, nous irons participer !

 

 

Ce que je vois?

 

Je vois le ciel quand il est bleu

Les étoiles quand elles sont là

Je vois la femme quand elle sourit

Et sa beauté, sa rondeur

Et sa générosité

Je vois l’enfant, toujours, quoi qu’il fasse

Et le projet qu’il représente

Je vois des plantes

Qu’au temps jadis

J’ai mises en terre

Et qui maintenant sont devenues

De beaux grands arbres

Matures et vigoureux

Je vois des choses qui sont vraies

Et d’autres qui ne le sont pas encore

Mais qui scintillent dans mes rêves

Je vois des traces de bonté

Oubliées ça et là

Masquées d’indifférence

De peur qu’on ne les reconnaisse

Je vois la paix

Souveraine déchue de son trône

Et qui voudrait régner à nouveau

Je vois l’amour

Mais si petit, si fragile

Qu’on dirait une larme

Enfin je vois l’Humain

Qui, à travers ses bêtises

Par delà les horreurs

Qui barbouillent son Histoire

Se donne des Droits

S’impose des Devoirs

Et se forge une Grandeur

 

27 juin 2008