C’EST ARRIVÉ  IL N’Y A PAS LONGTEMPS

 

S O M M A I R E

-        1998 – 02 : Après le verglas
-        2003 – 02 : Bientôt , la guerre d’Irak
-        2004 – 01 : Haïti , 200 ans d’incertitudes
-        2004 – 04 : Quelques échanges de mots avec mon neveu Dja
-        2004 – 04: Un ethnique en colère 
-        2004 – 07 : Pendant ce temps , au Darfour
-        2004 – 11 :  Arafat est mort
-        2005 – 01 : Ma soeur Fifie est morte
-        2005 – 04 : Papes et ayatollahs , même combat 
-   2005- 07 ; Londres, Bagdad: l'horreur et l'impuissance
-  2006 - 06 :  Lendemains d'élections 
- 2006 - 08  :  Israël : la logique de guerre
- 2008 - 01  :  J’ai fait un rêve, moi aussi!
-2008 - 06 : Claude et moi parlons d’Obama, en noir et blanc

     

   Après le verglas

 

Quand le ciel s’est craquelé

En d’innombrables cailloux glacés ,

Quand l’enfer dans toute sa noirceur

A installé ses quartiers d’hiver

En plein cœur de notre vie ,

Désespérés et transis ,

Tous appelaient de leurs vœux

Le soleil libérateur ,

Le printemps fleuri ,

Et le grand souffle chaud venu d’en bas !

Faut-il donc attendre

Que la Nature , dans sa clémence infinie

Veuille bien nous soulager

D’une ravageuse misère

Qu’elle nous a elle-même imposée ?

 

2 février 1998

 

 

 Bientôt , la guerre d’Irak

 

HALTE !

Soldats, rengainez vos baïonnettes!

               Et remisez vos fusils!

Canonniers, désamorcez vos obus!

Et vous, seigneurs de guerre,

Taisez vos discours enflammés

             et vos propos belliqueux!

Au poteau, la haine!

La guerre, au rebut!

Aujourd'hui, on décrète

      La paix des Braves

         La trève de Dieu

            Le triomphe de l'Amour!

Aujourd'hui, on va danser

       La Valse des Fleurs

          Le Rondo de l'Espoir

             La Rhapsodie des Étoiles!

Aujourd'hui…

 

Et puis non , c’est inutile

Ils la feront leur sale guerre

Et les enfants mourront

Et les mamans pleureront

Les innocents souffriront

Les assassins , eux , pavoiseront .

 

Et nous , les gens de paix ,

Nous les regarderons , impuissants

Bien sûr , nous exhalerons notre colère

Nous écrirons , nous marcherons

Nous rêverons sans illusion d’un monde sans guerre

N’en est-il pas ainsi depuis la bataille de Qadesh ?

 

2 Février 2003

 

HAITI : 200 ANS D’INCERTITUDE

 

 Aujourd'hui , c'est le premier jour de l'an . Et aujourd'hui , nous allons nous souhaiter toutes sortes de bonnes choses . Et c'est très bien ainsi , nous les méritons tous .

 Mais aujourd'hui , c'est le premier janvier 2004 . C'est le 200ème. anniversaire de l'Indépendance d'Haïti . Cela fait 200 ans que ce vaillant petit peuple d'anciens esclaves et de fils d'esclaves s'est révolté contre l'oppresseur étranger et , au terme d'une lutte acharnée , a fondé un état souverain . Un exploit en soi , quand on pense aux peuples qui , encore maintenant , doivent se battre désespérément pour se donner enfin leur nation .

 Ce qui est le plus remarquable , c'est le moment et l'endroit où cela s'est réalisé . J'ai déjà écrit quelque part que la naissance d'Haïti avait été un non-sens historique et géographique . Qu'un îlot franco-créolophone ait jailli ainsi entre deux mers hispanophone et anglophone , c'était déjà inimaginable . Mais que surgît la première république noire indépendante, avec une structure démocratique de style occidental , alors que la colonisation de l'Afrique n'avait même pas commencé encore , et que les noirs américains croupissaient toujours sous le joug de l'esclavage , cela tenait du prodige . Les Etats-Unis nous l'ont bien fait payer d'ailleurs, en nous imposant pendant des décennies , un ostracisme international dévastateur . Mais ce prodige est encore salué par les pays africains comme le symbole même de leur libération future .

 Aujourd'hui , après deux cents ans , ce peuple en est encore à se battre dans les rues pour se débarrasser d'un des pires faux-prophètes de son histoire , qui , sous le couvert d'un messianisme religieux et libérateur , a fait comme la plupart de ceux qui l'ont précédé , et a détourné à son profit personnel l'appareil d'état et les quelques ressources financières qui auraient dû servir à améliorer la vie quotidienne de ces pauvres gens .

 Vue de loin , la lutte devrait se terminer à brève ou moyenne échéance par la victoire populaire . Mais , ce qu'il faut souhaiter ardemment pour 2004 , c'est que ce soit enfin , enfin , une porte ouverte sur l'instauration , en Haïti , d'une vraie démocratie , avec ce que cela comporte de liberté , de paix , et d'un minimum de prospérité . Il est à souhaiter qu'on ait pris conscience de l'inanité des messies pseudo-libérateurs , et de l'importance inéluctable des organisations populaires démocratiques qui , seules , peuvent forcer le pouvoir à oeuvrer dans le sens de la reconstruction , avec compétence et honnêteté .

 Il est temps qu'enfin Haïti devienne ce qu'elle aurait dû toujours être , un endroit où il fait bon vivre , pour tout le monde .

Bonne et fructueuse année à nous tous .

ET VIVE HAITI !

 

Quelques échanges de mots avec mon neveu Dja

 

 17 avril 2003

 Re-bonjour, mon cher Dja,

 J'ai fouillé les quelques livres que j'ai ici à ma disposition, et personne n'a jugé nécessaire de définir le terme homo sapiens. Comme si le sens était évident. Alors je me suis dit: et si homo sapiens voulait simplement dire: homme savant, et homo sapiens sapiens: homme deux fois plus savant que le premier? Se pourrait-il qu'on ait voulu tout simplement insister sur la formidable évolution opérée par le second, surtout dans sa capacité de conceptualisation, lui qu'on a surnommé l'inventeur de l'inutile ?

 On va continuer à chercher, mon cher Dja, jusqu'à notre dernier soupir, même si cela ne sert à rien du tout. "C'est bien plus beau lorsque c'est inutile", comme disait Cyrano.

 C'est tout de même extraordinaire de savoir qu'on est capable d'apprendre !

 Maurice

 

10 mai 2003

 Mon cher Dja,

 Je n'avais aucune raison particulière de ne pas envoyer mon message de reprise de contact à bedemoso. Je l'ai envoyé à tous mes correspondants habituels. J'ai dû passer par-dessus l'adresse du groupe, par simple inadvertance, c'est tout. A mon âge, on est peut-être, comme tu dis, sage et chargé d'expérience, on est aussi très distrait.

 Je ne suis pas sûr, du reste, d'être particulièrement enthousiasmé de me faire traiter comme un sorte de patriarche, prêt à partager sa sagesse et ses connaissances avec la jeune génération. Personnellement, j'ai toujours considéré ce genre de personnage comme profondément ennuyeux. Tu sais, mes meilleurs amis, à l'heure actuelle, ont entre 4 et 17 ans. Ils se foutent royalement de ma sagesse. Pour eux je suis un ami, pour certains, le meilleur, et même pour d'autres, le seul. Bien sûr, je suis là pour leur rappeler souvent le bon sens et le respect d'un certain nombre de réalités. Je leur refile des petits trucs pour les aider à mieux profiter de l'existence, comme relaxer, mieux s'entendre avec les copains, avoir de meilleures notes... Mais, la plupart du temps du temps, sais-tu ce qu'on fait? On rit et on s'amuse comme deux petits fous. C'est peut-être là le commencement de la sagesse.

 Ta question sur le drapeau m'a prodigieusement intéressé. Je vais te dire tout simplement ce que j'ai appris et retenu. Quand Dessalines et Pétion ont conclu leur alliance historique en vue de chasser l'armée coloniale, Dessalines a pris un drapeau français tricolore, a arraché la partie blanche et collé ensemble le bleu et le rouge, signifiant ainsi l'alliance des noirs et des mulâtres. Ensuite, il a décidé de placer les deux bandes de façon verticale, et non horizontale, comme dans le drapeau français, pour éviter qu'une seule, la bleue, soit attachée à la hampe, et symbolise la supériorité d'un groupe sur l'autre. Combien de temps s'est écoulé entre le premier geste et le second, je n'en ai aucune idée. Une seconde? Cela suffirait pour dire que le premier drapeau haïtien (tu me permettras d'employer l'ancienne orthographe?) fut formé de deux bandes verticales, la bleue étant attachée à la hampe.

 J'ai essayé de vérifier en consultant Mr.Thomas Madiou, dont l'Histoire d'Haïti a enchanté mon enfance. Horreur! Je n'ai que les deux premiers tomes et le deuxième s'arrête en février 1803, quelques semaines avant la création du drapeau! J'ai failli appeler le 911 !

 Et c'est pas fini. Car notre cher drapeau a subi bien des avatars, heureux ou malheureux, par la suite. Particulièrement le remplacement du bleu par le noir, d'abord  par Dessalines , ensuite par Duvallier . Si tu me demandes quel est le drapeau actuel, je t'avouerai que je n'en sais rien. Si tu me demandes quel est MON drapeau à moi, je te répondrai que c'est celui que j'ai connu et vénéré toute mon enfance avant mon départ d'Haïti en 1963: Bleu et rouge, le symbole même de toute mon appartenance à ce pays qui sera le mien jusqu'à ma mort.

 Cela m'amène à poser une question à tous les jeunes qui sont nés sous le régime Duvallier et qui n'ont connu que le drapeau noir et rouge, jusqu'à la chute de Duvallier: lequel des deux est LEUR drapeau, le symbole de leur appartenance ?

 Bonne fête du drapeau à tous,

 Maurice

 

11 mai 2003

Mon cher Dja,

Hier, j'ai passé la soirée avec un groupe d'haïtiens de ma génération. J'en ai profité pour lancer la question du drapeau. Tout le monde est d'accord (à tort ou à raison) sur les circonstances de sa création. Là où les avis divergent, c'est sur le moment du passage de la verticalité à l'horizontalité. Moi, je prétendais que cela avait été fait très tôt, par Dessalines lui-même. D'autres ont affirmé que c'était Pétion qui en était responsable. Une dame a même affirmé que le drapeau est resté vertical (noir et rouge sous Dessalines, redevenu bleu et rouge sous Pétion) jusqu'à Boyer.

Le débat est ouvert. Mais il ne faudra pas essayer de trouver le troisième tome de Madiou: il est épuisé. A force de chercher, on risque de l'être, nous aussi. Je veux cependant poser une question à tous ceux qui ont vécu sur place la grande "noirceur" duvaliérienne: le drapeau noir et rouge, qui était censé reproduire le drapeau dessalinien, était-il vertical ou horizontal? Moi, je ne l'ai jamais vu... en personne, si j'ose dire, mais seulement dans un dictionnaire Larousse, et il était horizontal !

Qui dit vrai? Allez, tous à vos livres d'histoire ! Et à vos souvenirs

 

12 mai 2003

Mon cher Dja,

Je te remercie pour ta belle et instructive leçon de vexillologie (pas de panique: c'est la science des drapeaux!). Inutile de te dire qu'après t'avoir lu, je me suis précipité sur mon texte... pour me rendre compte, à ma grande honte, qu'en effet j'avais commis une erreur. Pourtant, j'avais relu mon texte plutôt trois fois que deux pour être sûr que je ne m'étais pas trompé. Simple question d'inattention (je te l'ai dit, à mon  âge, on est distrait, c'est ce que je me répête d'ailleurs depuis l'âge de 5 ans), car, quelques lignes plus bas, dans le même paragraphe, je rétablis la situation, si j'ose m'exprimer ainsi, en décrivant le drapeau français de façon tout à fait correcte.

Je tiens du reste à te rassurer: dans la vie de tous les jours, j'ai encore une vision entièrement appropriée des notions de verticalité et d'horizontalité.

Tu me permettras d'exprimer mon désaccord sur ta "tendance à considérer le drapeau de notre première constitution comme drapeau national originel". Tu touches ici à la définition même du mot nation, qui possède deux significations: l'une sociologique, et j'ajouterais politique, et l'autre, juridique qui suppose le souveraineté. Ce débat est très connu au Québec qui est un bel exemple de nation sociologique et politique. D'ailleurs, ici, même avec un gouvernement libéral résolument fédéraliste, on parle sans opposition de drapeau national, de Fête Nationale, d'Assemblée Nationale etc. Est-ce que tu dénierais actuellement aux Palestiniens le droit de considérer leur drapeau comme national, même si la nation palestinienne, qui est indéniablement une réalité sociologique et politique, n'existe pas encore sur le plan juridique? Je crois que le geste du 18 mai a été l'affirmation de l'existence, vieille déjà de plusieurs années, de la Nation Haïtienne. Et le drapeau qui est né ce jour-là peut très bien être considéré comme le premier drapeau national.

Maurice

 

 

 

UN ETHNIQUE EN COLERE

 

Il paraît qu’au lendemain du référendum de 1995 , après les fameux propos de Jacques Parizeau sur les votes ethniques , Bernard Landry aurait demandé la démission de son chef . Ce qu’il nie d’ailleurs . Mais la question fait la manchette un peu partout au Québec . D’anciens ministres péquistes ont même exigé la démission de Landry . Grosse affaire , n’est-ce pas ? Moi , si j’avais été à la place de Bernard Landry , je lui aurais dit , à Parizeau : « Sacre ton camp et farme ta yeule » . Sauf le respect que je dois à Monsieur , bien sûr .

 Je suis un ethnique , moi . Seulement moi , j’ai voté oui aux deux référendums . Peu de temps après mon arrivée au Québec en 1963 , après une lecture attentive de l’Histoire du Canada , j’étais acquis à l’idée de l’indépendance . N’ayant même pas encore le droit de vote , j’étais sympathisant RIN , et je suivais passionnément la trajectoire d’un certain René Lévesque . J’ai vécu durement la double défaite référendaire , surtout la deuxième , alors qu’on est passé si près de la victoire .

 Le reproche qu’a adressé Jacques Parizeau aux ethniques m’a atteint en plein cœur . Je me souviens ce soir-là avoir reçu des appels de certains amis haïtiens qui , connaissant mes convictions souverainistes , voulaient savoir ce que j’en pensais . Bien sûr , j’ai essayé de recoller les morceaux du pot cassé . J’ai parlé de la déception du vieux guerrier aigri et blessé qui frappe tout ce qui bouge autour de lui . J’ai rappelé , en comparaison , la grandeur de René Lévesque le soir du 20 mai . J’ai surtout insisté sur le fait que la poursuite d’un idéal aussi grandiose que la souveraineté devait transcender les petitesses même des personnes qui sont sensées le véhiculer .

 Aujourd’hui , la question me semble sans intérêt (sauf pour les historiens , bien sûr) . Que Saku Koivu et Mike Ribeiro se soient tapoché la margoulette durant un entraînement du Canadien , cela n’a aucune importance , pourvu qu’ils nous rapportent la Coupe Stanley . La seule interrogation qui compte , c’est la suivante : où en est le peuple québécois dans sa quête de sa nation souveraine ? La réponse n’est guère évidente .

 Nous avons vu , lors du dernier débat des chefs , la façon presqu’immorale avec laquelle celui qui est devenu depuis notre premier ministre a éludé la question fondamentale du destin national des québécois que lui posait Bernard Landry. Il a ramené sur le tapis la vieille histoire des ethniques de Parizeau . Il avait l’air d’un petit gamin écervelé qui courait au sous-sol avec sa tapette à mouches à la recherche de bibittes à tuer . Alors que Landry était à l’étage supérieur , ouvrant toutes grandes au peuple québécois les fenêtres sur le vaste monde où sa place est désormais réservée . Et c’est le petit gamin qu’on a élu .

 Il se passe bien des choses à Ottawa de ce temps-ci . Bien sûr , on dénonce les malversations financières qui ont profité aux petits amis du régime . Mais , à part Foglia qui hurle , et avec raison , où est-ce qu’on entend , dans la société québécoise , de véhémentes protestations contre le fait même d’employer des millions pour acheter l’adhésion d’un peuple , et des millions qui lui appartiennent en plus ! Et le déséquilibre fiscal , dont l’existence ne fait plus de doute pour personne au Québec ? Tout ce qu’on voit , c’est notre ministre des finances qui va jouer les quêteux à Ottawa , sans grand succès , d’ailleurs . Est-ce que l’on voit dans les rues des foules de gens , fleurdelisé en main , criant à notre gouvernement que la seule façon de régler définitivement le problème , c’est d’en sortir , du système fédéral , et de récupérer la pleine maîtrise de nos affaires ?

 Non mais , qu’est-ce que vous attendez , vous les VRAIS québécois , pour la faire  , la souveraineté ? Qu’on la fasse pour vous , nous les ethniques ? Comme s’il dépendait des immigrants de décider du statut national de leur peuple d’accueil ! Quand vous aurez mis de côté vos tergiversations et vos querelles de clocher pour prendre résolument le leadership du mouvement souverainiste , nous , les néo-québécois , on vous suivra . Pas avant .

 J’ai vécu deux référendums . J’ai bien hâte au troisième , en espérant que cette fois-ci sera la bonne . Cela voudra dire qu’enfin , nous , peuple québécois , nous aurons secoué notre apathie . Sinon , je ne me réjouirai que d’une chose : je ne serai pas là au référendum du 20 mai 2080 !

 Comme on dit en Haïti : M’finn palé ! J’ai dit ce que j’avais à dire .

 Maurice Benjamin

Haïtiano - québécois

 

PENDANT CE TEMPS

 

Je suis allé dans un marché d’alimentation ,

Adonis , qu’on l’appelle ,

Miam-miam , que c’est bon ,

Des viandes assaisonnées ,

Du poulet au yogourt ,

Des crevettes au gingembre ,

De l’agneau au citron et à la menthe ,

Du veau romariné

Du goût plein les yeux ,

Des promesses de plaisir plein le ventre

Miam-miam , que c’est bon !

 

Et pendant ce temps , au Darfour …

 

Mon ami m’a montré son dernier achat ,

Un appareil qui fait du café

Au doigt et à l’œil ,

Du grain à la tasse ,

Huit cents dollars que cela a coûté !

Quel bonheur , le progrès ,

Le téléphone photographe ,

Les dévédés au laser bleu ,

L’ordinateur de poche ,

Le téléviseur gigantesque ,

Et que sais-je encore

Quel bonheur , notre bonheur !

 

Et pendant ce temps , au Darfour…

 

Vive les phoques !

Sauvés , ils seront sauvés !

La belle Isabelle A.

Vient de reprendre le flambeau

Que lui tendait le bras trop faible

De la grande B.B. la Walkyrie

Défenseure des petits blanchons

Au museau rose et aux yeux éplorés !

Réjouissons-nous , amis fidèles

Des animaux victimes de la rapacité humaine !

 

Et pendant ce temps , au Darfour ,

Combien de petits négrillons

Vont crever , dans la sécheresse du désert ,

Chassés , poursuivis , délogés ,

Le ventre vide de tout aliment ,

Et l’âme de tout espoir ,

S’ils avaient su , s’ils avaient pu ,

Ils seraient nés ailleurs , pas loin d’Adonis ,

Ou autre chose , petits blanchons , tiens ,

Eux aussi goûteraient au bonheur

D’un poulet mariné aux cornichons ,

De la micro ordi et de la méga-télé ,

Et de la sur-protection d’une super-belle héroïne !

 

Arafat est mort !

 

 Arafat est mort . Je vais dire une banalité , mais c’est l’expression de la réalité : une page d’histoire vient de tourner . Que va-t-il se passer maintenant ? Nul ne peut le prévoir . La guerre peut bien continuer encore bien longtemps , avec d’autres chefs , car le peuple palestinien n’abandonnera jamais sa quête de liberté . Il se peut fort bien aussi qu’Ariel Sharon , maintenant qu’il a enfin assouvi sa haine personnelle contre Arafat , se montre plus accommodant face à l’éventualité d’un état palestinien . Tout est possible .

En ce qui me concerne , Arafat fait partie des quatre seuls grands personnages de l’histoire de la deuxième moitié du vingtième siècle que j’ai admirés , avec Gandhi , Nelson Mandela et René Lévesque . Un de mes amis m’a suggéré , avec raison , d’ajouter Charles de Gaulle à cette prestigieuse liste . Tous , des libérateurs de peuples . Et , du moins en projet , des fondateurs de nations .

Deux d’entre eux seulement sont parvenus à réaliser leur rêve avant leur disparition . Les autres sont tombés sur le sentier de la guerre . Arafat lui-même , prévoyant peut-être cette issue , se considérait comme le Moïse des Palestiniens : celui qui a conduit son peuple dans le désert , mais a dû laisser à un autre la gloire de l’amener à la Terre Promise . En temps qu’haïtien , je dirais plutôt qu’il aura été leur Toussaint Louverture . Celui qui leur a donné une conscience de peuple , a posé les bases de l’organisation de l’état à naître , mais s’est fait éliminer par l’ennemi avant d’arriver au but ultime .

Je n’ai cependant aucune crainte pour le peuple palestinien . Souvenons-nous de ce que disait Toussaint au moment de son arrestation par les soldats de Napoléon : « En m’arrêtant , on a abattu seulement le tronc de l’Arbre de la Liberté . Mais il repoussera , car ses racines sont profondes et vivaces. » . Si nous , nous avons réussi en 1803 à vaincre la plus forte armée de l’époque, avec de nouveaux leaders , il est certain que les palestiniens réussiront à le faire à leur tour .

Arafat est mort ! Vive la Palestine libre !   

 

 

MA SŒUR FIFIE EST MORTE

 

Il faudra bien se faire à l'idée qu'elle ne sera plus là . Cela fait mal . Pour ceux qui l'ont côtoyée jour après jour durant ces dernières années , cela doit créer un vide difficile à supporter . Pour moi , qui ne l'ai pas vue depuis des décennies , ce sont surtout les souvenirs qui se bousculent , mêlés aussi , je dois l'avouer , de quelques regrets bien tardifs .

 J'ai le souvenir d'une femme d'une personnalité exceptionnelle , que j'ai admirée dès ma plus tendre enfance . Elle alliait une extrême fragilité et une infinie douceur à une remarquable capacité d'affrontement et d'altière résistance aux intempéries de la vie . Elle était intellectuelle , cultivée . C'était une musicienne d'une exquise sensibilité qui , en d'autres temps et d'autres circonstances , eût pu mener à bien une belle carrière de pianiste . Elle fut mon seul professeur de piano . Je me souviens qu'elle pleurait presque , quand son élève , par manque de travail , lui avait offert une performance indigne de son "grand talent " . Mais je n'avais que quatorze ans . Et, à cet âge , on a d'autres priorités que de pratiquer sa gamme de sol majeur . Aujourd'hui , je me serais défoncé pour lui faire plaisir et jouer Beethoven et Chopin comme elle savait si bien le faire .

 Plus tard , à l'orée de ma vie adulte , ce furent ces années d'intense collaboration au sein du comité exécutif national de l'Action Catholique Haïtienne . Necker , son futur compagnon de vie , en était le président ,  et moi , j'en assumais la vice-présidence . La secrétaire , c'était Fifie . Quelle belle équipe nous formions alors ! Puis Necker est retourné diriger la J.O.C. , et je l'ai remplacé à la présidence . Mais la secrétaire , elle , est restée la même . Qu'aurions-nous fait sans elle ? Sans ses conseils judicieux et pondérés que l'on respectait toujours ? Qu'aurais-je fait , moi , sans sa façon bien à elle de tempérer mes ardeurs souvent trop belliqueuses ?

 Avec elle , les échanges d'idées étaient toujours une expérience enrichissante . Elle était très croyante et indéfectiblement attachée aux dogmes religieux . Mais jamais , il n'y a eu d'affrontement entre nous à ce sujet . Pourtant , tous les dieux savent que mes idées n'avaient rien de particulièrement orthodoxes . Elle était écoute , elle était ouverture , et , avec son turbulent petit frère , elle était toute indulgence aussi , je crois , mais sans jamais déroger de ses principes .Et , quelle merveilleuse capacité d'empathie et de compréhension devant les souffrances et les faiblesses d'autrui !

 Ce furent enfin les trop longues années d'éloignement , et forcément de silen-ce , pointillé seulement de quelques échanges épistolaires , que je me reproche aujourd'hui de n'avoir pas intensifiés davantage . Mais quels merveilleux moments que ces quelques lettres , où , dans un style d'une pureté et d'une élégance irrésistibles , elle savait exprimer délicatement ses sentiments et ses idées d'intellectuelle raffinée . La dernière remonte à quelques huit ans , alors que je lui avais fait parvenir mes premiers écrits . Elle m'avait envoyé de lumineux commentaires , dont certains m'avaient forcé à modifier des passages qu'elle jugeait trop obscurs .

 Maintenant , c'est fini . Je jette sur tout ce passé que j'ai vécu avec elle un regard embué de larmes certes , mais arc-en-ciélisé de souvenirs ensoleillés . Je referme doucement la porte . Avec douleur . Avec respect . Avec tendresse . Avec reconnaissance . Avec tout mon fraternel amour . Nous nous retrouverons bien un jour , ma chère soeur , quelque part , dans l'interminable univers . Et simplement , nous reprendrons le dialogue . Pour l'éternité .

 Maurice

 

Papes et ayatollahs , même combat !

  Habemus papam ! Et c’est le cardinal un tel ! Il n’en faut pas plus pour déclencher tout un concert de commentaires les plus divers , allant de l’enthousiasme à l’amère déception , concernant le dogmatisme conservatiste ou l’ouverture d’esprit du nouveau Saint Père au réalités nouvelles . Qu’est-ce que l’on attend donc , un pape révolutionnaire qui va sacrifier de larges pans du dogme catholique pour encenser des courants de pensée et des modes de vie modernes ? Qui va ouvrir toutes grandes les portes du sacerdoce aux femmes et bénir les homosexuels ? Mais voyons donc !

 Vous avez vu les richissimes costumes d’apparat dont il est affublé ? Vous l’avez vu tendre la main à baiser aux autres cardinaux agenouillés devant lui ? Vous avez admiré tout ce rituel que l’on retrouve plus nulle part , même dans les cours royales les plus réactionnaires ? Mais cet homme est un empereur du Moyen-Âge , égaré dans notre monde démocratique et républicain ! Et il est en plus le gardien du Dogme , le garant de l’Orthodoxie , le Représentant de Dieu sur terre , et presque Dieu lui-même , puisque , lorsqu’il parle urbi et orbi il est investi de l’infaillibilité de l’Esprit Saint lui-même !

 L’Église a évolué , bien sûr . Le temps n’est plus où le Pape pouvait , sous la menace de la toute puissante excommunication , obliger un monarque européen à venir en pénitent à Canossa implorer le pardon du Souverain Pontife . L’Inquisition n’est plus qu’un mauvais souvenir . Même le fameux Index , qui faisait trembler , il n’y a pas si longtemps encore , certains auteurs d’œuvres littéraires , s’est caché sous un vocable inoffensif . Mais si l’Église a changé bien de ses diktats impitoyables , c’est qu’elle n’a pas eu le choix . C’était ça , ou disparaître .

 La Révolution française a presque complètement laïcisé l’Europe . Au moins , elle a mis en branle le processus qui devait aboutir à la laïcisation quasi-complète des états européens . Le pouvoir temporel du Vatican , autrefois considérable , s’est réduit à néant . Mais surtout , les mentalités ont changé . L’influence du communisme , les guerres anti-colonialistes , les luttes anti-racistes , la révolution sexuelle , le mouvement féministe , les organisations d’homosexuels et bien d’autres facteurs de changements ont entraîné nos sociétés vers une pratique de la tolérance à un point jamais atteint dans l’histoire de l’humanité . 

 Il s’en est suivi un clivage de plus en plus évident entre les églises chrétiennes , surtout celle de Rome , et les chrétiens eux-mêmes . Cela s’est manifesté par une distanciation face au dogme et par des modes de vie qui ne respectaient plus les exigences morales des autorités religieuses . Et aussi par une désertion croissante des lieux du culte , ce qui est encore bien plus inquiétant pour l’Église . Les débats se font plus acharnés au sein même des communautés chrétiennes pour une plus grande ouverture de la hiérarchie ecclésiastique face aux conceptions modernes .

 Face à cette dérive , Jean-Paul II n’a pas hésité : il a posé les freins et réaffirmé de façon systématique la prééminence du Dogme chrétien . Fini le mariage gai , le sacerdoce des femmes , l’avortement et le droit au condom comme moyen de prévention du sida . Même la théologie de la libération , si chère au clergé sud-américain , n’a pas trouvé grâce à ses yeux . Dans les autres églises chrétiennes , du moins aux États-Unis , on observe même une tentative délibérée de prise en mains du pouvoir politique par les fondamentalistes religieux . L’histoire récente de Terri Schiavo est particulièrement éloquente à ce sujet . La réaction immédiate et sans équivoque de l’opinion publique et même le refus du pouvoir judiciaire de cautionner cette intrusion du politique dans la vie privée sont très révélateurs de l’état de laïcisation de la société occidentale . 

 La situation est bien différente dans le monde islamique . D’abord , il n’y a pas de direction unique , comme dans les religions chrétiennes . Il y a , disséminés un peu partout dans le monde musulmans , des imams et des ayatollahs indépendants qui interprètent le Coran à leur façon , allant d’une certaine souplesse à l’intransigeance la plus absolue . Ensuite , l’emprise politique et sociale des autorités religieuses est encore considérable et va , dans certains pays comme l’Iran et l’Arabie Saoudite , jus qu’au contrôle quasi-absolu de l’appareil d’état , au point que certains parlent même de théocratie .  En Iran , des jeunes se font battre dans les rues s’ils sont surpris à écouter la musique occidentale . En Arabie Saoudite , les femmes n’ont même pas le droit de conduire une voiture . Et même en Égypte , pourtant relativement laïcisé , l’homosexualité est un crime punissable d’emprisonnement .

 Ce qui complique le problème , c’est la situation de guerre ouverte ou larvée qui fait de l’Islam un facteur de cohésion , d’identification et même de leadership face au monde occidental , particulièrement contre le géant américain . La misère et l’insécurité chroniques qui sévissent dans toute la région , et le sentiment d’humiliation constamment entretenu par les interventions américano-israéliennes créent un terrain de choix pour les mouvements islamistes (l’islamisme étant l’utilisation politique de l’Islam) comme le Hamas , le Hezbollah , et surtout Al-Qaëda . Il y aura difficilement de changement vers la démocratisation et la laïcisation tant que dureront ces irritants majeurs que sont le contentieux israélo-palestinien et l’occupation étrangère en Irak .

 Malgré tout , faut-il penser à la possibilité d’une révolution dans le monde arabe , comme dans la France de 1789 ? Cela me semble inévitable . Elle est même déjà commencée , et l’on voit à l’heure actuelle des signes non-équivoques de revendications populaires en faveur d’une plus grande libéralisation . Bien sûr , cela prendra des formes modernes où les médias électroniques et informatiques joueront un rôle prépondérant . Mais elle risque aussi de prendre des aspects plus traditionnels et donc d’être plus violente dans au moins deux pays : l’Iran , tenu en laisse par les ayatollahs chiites intégristes et l’Arabie Saoudite , bastion du wahhabisme fondamentaliste .Il faut espérer qu’elle ne sera pas trop meurtrière .

 Quand la voix du muezzin tombera du minaret dans l’indifférence générale , que les mosquées seront à peu près vides à la prière du vendredi comme les églises à la messe du dimanche , et que les fatwas ne feront plus peur à personne , les autorités religieuses de l’Islam sauront qu’il est grand temps et de leur intérêt de changer de discours et de modérer leurs exigences . Ne rêvons certes pas d’une société égalitaire , cela n’existe pas nulle part . Mais , au moins , des questions comme la place des femmes et les droits des minorités de toutes sortes feront l’objet de luttes ouvertes et protégées par la loi , comme c’est actuellement le cas dans les sociétés occidentales , autrefois dites chrétiennes . Et papes et ayatollahs devront suivre ou disparaître .

 

 

Londres , Bagdad : l’horreur et l’impuissance

L’horreur à Londres en ce début de juillet 2005 . Le carnage abject ,sauvage , gratuit . Bien moins de morts et de blessés qu’à Madrid l’an dernier , encore moins qu’à New York  en 2001 . Mais ce n’est pas le nombre qui compte , c’est la signification de l’acte lui-même . Actuellement toutes les capitales d’Europe et d’Amérique sont en état d’alerte . Mais qui , dans le monde occidental en choc , pense actuellement qu’à Bagdad cette horreur fait partie de la vie quotidienne depuis plus d’un an ? Et que les armées d’occupation , américaine et britannique , ont dû tuer encore plus de civils innocents que les terroristes eux-mêmes ?

L’horreur est en train de s’installer comme mode de « dialogue » privilégié entre ces deux mondes , islamique et occidental . L'horreur des Bush , des Blair , et d'autres Ariel Sharon , assassins en cravate , qui se posent en défenseurs de la liberté et de la civilisation . L’horreur des Al-Zarkaoui et des Ben Ladden , dont le discours théocratique plonge dans les profondeurs du pire obscurantisme moyenâgeux que l’on puisse imaginer . Le problème , c’est que chaque coup porté d’un côté comme de l’autre les conforte dans leur conviction d’avoir la raison et le bon droit de leur côté .

Entre les deux , nous . Les victimes innocentes , d’abord , leurs familles et amis et toute une population prise inutilement en otage . Puis , tous ceux qui assistent à cette guerre idiote et cruelle et se demandent bien comment un jour on pourra s’en sortir . Et qui ragent d’humiliation , car chaque acte terroriste les oblige à se réfugier bien malgré eux derrière des dirigeants politiques ou des seigneurs de guerre dont ils sont loin de partager les idées et d’approuver les actions . L’immense majorité des occidentaux sont contre l’occupation de l’Irak . De même , seule une infime minorité des musulmans doit être en accord avec les pratiques assassines des chefs islamistes .

Le problème , c’est qu’actuellement , il n’y a personne d’autre . Personne qui ait le prestige international suffisant pour s’interposer entre les deux camps et les forcer à briser ce cercle vicieux terrorisme – répression , et à entreprendre enfin la résolution des vrais problèmes . On en vient à souhaiter l’émergence d’un Gandhi , d’un Mandela , américain et arabe , leaders charismatiques , figures emblématiques , qui réussiraient à galvaniser et à rassembler les forces de cette majorité résistantes et finiraient par imposer un certaine rationalité dans cet effroyable gâchis . Mais , il faut bien se l’avouer , quand on en arrive à souhaiter l’apparition d’un messie libérateur et salvateur , cela s’appelle de l’impuissance .

8 juillet 2005

 

 

Lendemains d’élections

 

Nous revenons d’une dure bataille

Longue comme une froide nuit d’hiver

Meurtrière comme une mitraille imprévue

Qui, sans pitié, est venue faucher

Certains de nos meilleurs amis

Nous en sommes sortis meurtris

Nous crions victoire mais d’une voix qui fausse

Nous bémolisons des notes

Qui se voudraient claironnantes

Nous célébrons la Terre Promise

Selon nous toute proche

Mais ne pouvons cacher notre inquiétude

Devant des revers inattendus

Et d’inquiétantes désertions.

 

Mais dans les moments incertains

L’on s’accroche à des bribes d’espoir

Comme un point clair dans la grisaille du temps

Une halte chaude dans la traversée glaciale

Un hublot qui s’entrebâille vers des rives accueillantes

Pour ne pas sombrer dans le vil pessimisme

Nous croyons qu’un jour, heureusement, il y aura…

Un peu de chance !

 

Bon Avenir, Québec !

 

Bien sûr, les commentateurs fédéralistes se bidonnent. Le mouvement souverainiste est en recul. La troisième période est loin d’être gagnée puisque la première est perdue. Il y a un fond conservateur un peu partout, et un désir inaltérable de donner une dernière chance au fédéralisme…

Tant mieux pour eux si cela leur fait du bien de penser ainsi. Ils ne me reprocheront pas, j’espère, de m’accrocher, moi, à un autre facteur qui me paraît extrêmement important : LA CHANCE! En termes de hockey, on parle souvent du joueur qui se retrouve au bon endroit au bon moment. Jusqu’à présent, il faut le reconnaître, cela n’est pas arrivé aux souverainistes.

Je prends deux exemples. D’abord Meech. Après l’échec de cette entente, l’appui à la souveraineté a grimpé à 75%, un sommet qu’il n’a plus atteint depuis. Qui était au pouvoir à Québec à ce moment-là? Robert Bourassa. Et si cela avait été Parizeau? Il y aurait eu un référendum. Facilement gagné. Et si Bourassa avait eu un peu plus d’envergure historique et qu’il avait décidé d’être le Georges Washington québécois? Il l’aurait réalisée, lui, la souveraineté et bien plus facilement que n’importe qui.

Ensuite Gomery. Dès les premières révélations de cette commission, l’appui à la souveraineté est monté à 54%. C’était suffisant pour gagner un référendum de façon indiscutable, d’autant plus que les fédéralistes étaient alors complètement désorganisés. Qui était au pouvoir à Québec? Si cela avait été Bernard Landry, comme tous les sondages l’avaient annoncé pendant la plus grande partie de la campagne, que se serait-il passé? Manque de pot, comme disent les français, ce n’était pas Landry, mais Jean Charest. Misère.

Deux fois, ça suffit. Peut-on se permettre d’espérer que la troisième fois que les fédéralistes vont recommencer à cafouiller devant leur but, on sera en bonne position pour marquer, et sans équivoque possible, le but de la victoire? Il est à peu près temps et on l’aura bien mérité.

 

Bonne Chance, Québec!

 

6 Février 2006

 

 

 

Israël : la logique de guerre

 

Quelqu’un a écrit (j’ai complètement oublié son identité) : «Les temps incertains sont les temps les plus sûrs, car on sait alors à quoi s’en tenir sur le monde». Cela n’a jamais été aussi vrai que ces jours-ci, alors que bien des gens, surtout des politiciens et des commentateurs médiatiques, se prononcent allègrement sur le conflit entre Israël et ses voisins immédiats. Très peu prennent position ouvertement en faveur du Hezbollah. La plupart se bornent à déplorer l’ampleur démesurée de la réaction israélienne. Mais là où les sophismes pleuvent, c’est du côté de ceux qui ne cherchent même pas à cacher leur pro-israëlisme primaire.

«Entre une État démocratique comme Israël et le Hezbollah terroriste, le choix est évident. Israël a le droit de se défendre, car il a été attaqué!». Tout cela me ferait bien rigoler, si ce n’était aussi tragique. Le Hezbollah a tué une quarantaine de civils. A mon sens, c’est quarante de trop, bien sûr. Mais Israël en a tué aux alentours de mille. Qui est le plus terroriste? Israël a le droit de se défendre? Mais qui a vraiment commencé? Le Hamas et l’enlèvement d’un soldat israélien? Mais voyons donc! Toute cette belle histoire a débuté en mai 1948, quand les juifs ont unilatéralement proclamé la naissance de l’État d’Israël, et se sont mis à chasser manu militari les palestiniens de leurs maisons, causant des centaines de morts et des milliers de réfugiés.

Israël est un pays démocratique, bien sûr. Mais seulement à l’intérieur de ses frontières. À l’extérieur, c’est l’un des pires prédateurs des temps modernes. Déjà la création de l’État d’Israël, de la façon dont cela a été fait, a été un acte de piraterie internationale, cautionné par l’ONU et soutenu par les forces armées britanniques et la politique américaine. Depuis, ce jeune état, profitant de la faiblesse militaire des pays arabes, n’a jamais cessé de provoquer des guerres expansionnistes qui ont abouti à la situation actuelle. Qui a jamais parlé du droit des palestiniens et des libanais de se défendre contre cette agression permanente que constitue l’occupation de leurs terres par les forces israéliennes?

Cela devait forcément entraîner un mouvement de résistance de plus en plus forte, de mieux en mieux organisée. Aucun peuple au monde n’accepterait une situation pareille. Ce sont donc des mouvements populaires d’inspiration politico-religieuse : l’OLP, le Hamas, le Hezbollah, qui ont pris la place de gouvernements fragiles ou corrompus et mènent la lutte contre l’occupant. Malheureusement, cette lutte a souvent dégénéré et abouti à des actes de terrorisme contre la population civile israélienne. Les attentats-suicide ont terni la légitimité de cette résistance et conforté Israël dans sa logique de guerre : frapper le plus fort possible ses assaillants éventuels dans le but évident de dissuader qui que ce soit de l’attaquer.

L’un des aspects les plus problématiques de cette logique, c’est qu’Israël fait la guerre comme elle se pratiquait au début des années quarante, avant la signature des accords de Genève, particulièrement par les armées nazies. Quand des résistants français, par exemple, tuaient un officier allemand, les nazis arrêtaient vingt des habitants du village voisin et les fusillaient sur la place publique. Les israéliens font la même chose. Un attentat-suicide, un quartier palestinien rasé au bulldozer. Une roquette du Hezbollah, un quartier de Beyrouth anéanti sous les bombes. C’est tout de même remarquable que ce peuple ait appris à faire la guerre de ceux qui furent leurs pires bourreaux. Quiconque a lu Anna Freud pourra parler d’identification à l’agresseur.

Tout cela ne semble pas pouvoir aboutir à une fin acceptable. Mais l’Histoire est pleine d’exemples de surprenante réconciliation. Regardez aujourd’hui la France et l’Allemagne. Un jour, dans une cinquantaine d’années, peut-être, Israël demandera pardon à ses voisins arabophones de tous les dommages qu’il a causés en ravages matériels et en vies détruites ou saccagées. Il leur demandera aussi de bien vouloir lui faire une place honorable parmi eux, ce qu’il aurait dû faire en 1948. En attendant, il est condamné à entreprendre et à gagner des guerres interminables et de plus en plus meurtrières. Le prix à payer est considérable. D’abord le coût humain auquel nous assistons présentement. Ensuite, la détérioration totale de l’image de ce pays à travers le monde. Pour la grande partie des habitants de cette planète, Israël est et sera pour longtemps encore un état voyou, et Tsahal, une armée terroriste.   

 

8 août 2006

 

 

 

J’ai fait un rêve, moi aussi!

 

1er. Janvier 2008! Fête Nationale de tous les Haïtiens! 204 ans d’indépendance! 2 janvier, Jour de tous nos Aïeux, la Fête par excellence de la Famille Haïtienne! Jours de réjouissances et de célébrations, assombries cependant par les images et nouvelles de misère et d’insécurité qui nous parviennent encore.

 

Alors, comme Martin Luther King, j’ai fait un rêve. J’ai vu un pays en pleine transformation, mis en chantier par un vaste et courageux «koumbitt» de tous ses habitants. J’ai vu des mers bleutés, claires, pures et chaudes, grouillantes de myriades de petites et grosses bestioles multicolores. J’ai vu nos grandes montagnes solidifiées par des arbres costauds bien enracinés. J’ai vu nos plaines verdoyantes, mises en valeur par le travail compétent et dévoué de nos hommes et femmes de la terre. J’ai vu ce dévouement récompenser ces rudes travailleurs par de l’aisance et la quiétude du lendemain.

 

J’ai vu le courant électrique venir de toutes parts, courir partout, éclairer vaux et montagnes, hameaux et grandes villes. J’ai vu le Port du Prince, noble, altier, prospère et tranquille. J’ai vu Le Cap, l’intellectuel. J’ai vu Les Cayes, Saint Marc, Jacmel, et de beaux villages, tous fiers de leur histoire et tenant bien en main leur avenir. J’ai vu Gonaïves, la ville sainte devenue martyre, la patrie de ma mère et la mère de notre patrie, lavée de sa boue, née de nouveau toute fastueuse de ses souffrances et plus belle que jamais, drapée dans sa dignité retrouvée.

 

J’ai vu des élèves s’élever avec entrain et discipline, bûcher grammaire et maths, sciences et histoire, parler avec aisance nos deux belles langues officielles et même baragouiner celles de nos voisins. J’ai vu des hôpitaux et des dispensaires, bien outillés, essaimés partout jusque dans les coins les plus reculés. J’ai vu la grande Culture, qui a longtemps fait notre fierté, jaillir encore de l’esprit et des mains de nos écrivains et de nos artistes.

 

J’ai vu des élus zélés, épris du bien public et non des biens de l’État. Tous appelés, mais peu d’élus, rien que des purs, des vrais serviteurs de la communauté. J’ai vu des juges juger avec justice et dans le respect des lois. J’ai vu des fonctionnaires fonctionner, alertes et compétents, dévoués et…bien payés. J’ai vu une police efficace et policée. Et même des prisons proprettes et bien encadrées, où l’on apprend à bien vivre et non à voler, tuer et crever. J’ai vu des usines productives, du commerce intensif, du travail et du bien-être pour tout le monde.

 

J’ai vu enfin du plaisir, partout où mon regard a pu s’insérer. J’ai vu des danses sous la tonnelle, des étals de grillots et de bananes pesées au bord du chemin. J’ai vu de langoureuses festivités carnavalesques, de savoureux gueuletons au cabri boucané, et, partout, de la chaleur humaine et de l’amitié. J’ai vu nos visiteurs venir et revenir en grand nombre, se faire dorer sur nos plages ensoleillées, s’émerveiller de l’accueil de ce peuple sympathique, et se détendre dans ce petit paradis où il fait si bon vivre.

 

J’ai rêvé et je rêve encore, je le sais. Un rêve émaillé de quelques vieux et chers souvenirs, d’ailleurs. J’espère cependant qu’un jour, pas trop lointain, avant que mes atomes et molécules ne se dispersent dans le vaste univers et ne deviennent pour toujours des poussières d’étoiles, je pourrai ouvrir l’œil, voir les choses même de loin et m’écrier, dans un intense ravissement : «Mais… ce n’est plus un rêve! C’est vrai!».

2 Janvier 2008

 

 

 

Claude et moi parlons d’Obama, en noir et blanc

 

 

Le 8 juin,Claude Dambreville m’a écrit :

Bonjour Maurice,

J'ai lu ton dernier granule, et je suis tout à fait d'accord avec son contenu.  Maintenant, les barrières sont bel et bien tombées, peut-être hypocritement et obligatoirement, et un Noir pourra désormais briguer sans réticence la présidence des Etats-Unis.

Maintenant, un petit commentaire personnel. Obama n'est pas vraiment noir, mais noir et blanc. Comme on dit dans notre créole haïtien, Msyeu se yon blan.  Il a été élevé comme un blanc, au milieu de parents blancs, et il n'a ni les manières, ni les réactions, ni les petits complexes des noirs. C'est pourquoi je me demande si le peuple américain blanc l'aurait accepte si facilement, s'il était un noir pur, c'est-à-dire le produit d'un couple noir.  Naturellement, les Américains ne font pas  forcement dans les nuances.  C'est blanc ou c'est noir, même si dans le sang, il y a une seule goutte noire.

Maintenant, une question indiscrète. Toi, la ravette blanche, comment te catalogue-t-on ? Blanc ou noir ?

Autre point. Je n'aime pas tellement le terme Afro Américain, pour designer les Noirs américains, sauf dans le cas d'Obama et de ceux qui, comme lui, sont réellement  Africains Américains. Je ne crois pas qu'un Haïtien naturalise serait content de se voir coller l'étiquette de Afro Américain.  Et puis, s'il faut cette précision pour les noirs, il en faudrait une également pour les blancs : Irlandais Américain, germano Américain, etc. Apres tout, peut être que cette désignation pour les noirs sonne moins offensante a leurs oreilles que negro ou nigger.

C'est grâce a Cyperpresse qui essayait de répondre a la question  "pourquoi Obama est-il noir", que j'ai découvert l'intéressante web page  Rue89.com   La connais-tu déjà ?

Je te souhaite un bon dimanche

Claude

 

Le 9 juin, je lui ai répondu :

Bonjour, mon cher Claude et merci pour le site rue89.com dont j'ignorais l'existence. J'ai lu l'article sur Obama avec beaucoup d'intérêt. Et, puisque tu me poses la question, je vais te dire ma position personnelle sur la question.

Je n'ai jamais cru à l'existence de demi noir ou de quart de noir. J'ai toujours partagé la théorie du « one drop ». Il y a d'un côté les blancs , de l'autre les noirs qui , pour des raisons historiques , forment un groupe très hétérogène , allant du nèg noèr au presque blanc , en passant par le marabout , les griffes et griffonnes , la brune pêche , le grimaud , le mulâtre , le quarteron et bien d'autres catégories que j'ignore (une sociologue québécoise a déjà présenté une thèse de doctorat sur la question et en a répertorié un nombre considérable) . Tout ce beau monde a UN point commun : ils sont des NOIRS !  

Mon frère Dady m'a déjà confié que notre oncle Fernand, le frère de ma mère, dans les dernières années de sa vie, alors qu'il vivait à New York, lui répétait avec fierté qu'il n'y avait pas une goutte de sang noir dans sa famille. Cette fierté-là, on la retrouve en sous-jacence chez un grand nombre de blancs, même si à peu près personne n'osera l'avouer.

Te souvient-il d'avoir vu ce film des années 50 : « J'irai cracher sur vos tombes » ? A cette époque, aux Etats-Unis, bien de ces noirs blancs d'apparence profitaient de leur couleur de peau pour sauter la clôture et mener une vie de blanc, avec tous les avantages que cela pouvait procurer. C'était, bien sûr, à leurs risques et périls, car s'ils faisaient l'objet d'une dénonciation, c'était la mort qui les guettait. C'est ce qui est arrivé au héros du film, qui avait une liaison amoureuse avec une fille blanche. A la fin, ils sont assassinés tous les deux par la police américaine, alors qu'ils tentaient de franchir à travers bois la frontière canadienne.

C'est évident qu'on n'en est plus là. Mais cette insistance à souligner le côté blanc de Barrack Obama me semble avoir quelque chose de suspect. C'est comme si on lui cherchait un titre de noblesse que son parent noir ne peut lui conférer. Il y a quelques années, un des bons pianistes classiques américains de la deuxième moitié du siècle dernier, André Watts, lui aussi un sang-mêlé dans le genre d'Obama, a donné un brillant concert à Toronto, du Beethoven, je crois. A la sortie, on a entendu une dame, blanche évidemment, s'écrier avec admiration : « On voit bien que sa mère est une allemande ! ». Sans commentaire !

Je ne partage pas ton point de vue sur l'éducation dont a bénéficié Obama. On ne peut la qualifier de blanche, car alors ce serait affirmer que les seuls vrais noirs sont ceux des ghettos. C'est l'éducation classique que reçoit l'élite des jeunes américains, noirs et blancs, et qui produit chez les noirs toute une flopée d'intellectuels, d'artistes, de professionnels noirs, beaucoup de grande valeur. Condolezza Rice en est un bel exemple. Combien d’entre eux garde une conscience profonde de leur appartenance à une race bien particulière avec son histoire, sa culture, qui n'est pas encore sortie entièrement de la condition d'infériorité qui fut la sienne pendant des siècles ? Obama semble l'avoir fait. Condy Ric, ce n'est pas sûr.

Je ne sais pas si Obama se rend compte qu'il est, comme disait un humoriste québécois, « condamné à l'excellence » ? S'il devient président et qu'il échoue, ce sera l'échec de tous les noirs. Il aura échoué parce qu’il est noir. Du moins, c'est ainsi que ce sera perçu. Comme disait Frantz Fanon : « Quand un blanc rencontre un blanc, il rencontre un homme. Quand il rencontre un noir, il rencontre un noir ! ».

Signé : Ravette, blanche peut-être, mais ravette quand même !

 

12 juin :

Salut Maurice,

Avec mon français haïtien, quand je t'ai dit qu'Obama a été élevé "en blanc",  je ne faisais pas allusion á son éducation intellectuelle, mais plutôt aux usages de société, bons ou mauvais que lui ont inculqués les blancs de sa famille.  Il est un fait certain que les noirs, aux Etats Unis s'entend,  vivent d'une façon toute particulière, qui n'a rien à voir avec la vie des blancs. Et je le sais assez bien, pour avoir passé un mois dans une famille noire de Baltimore.  Par la suite, en séjournant chez des blancs de Washington, j'ai pu noter la différence…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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