Fascicule IV

La Grandeur

 

 

 

 

Sommaire

 

1.    Introduction

 

    2. La Grandeur (poème)

 

 

Introduction

 

 

 

Mai 2006

 

Bonjour, très chère maman. Il me semble que cela fait longtemps que je ne t’ai pas écrit. Quatre ans au moins, je crois. Pourquoi? Peut-être une sorte de lassitude après les choses bien sérieuses dont je t’ai entretenue dans le troisième fascicule. Il faut dire aussi qu’entre temps j’ai écrit bien d’autres choses que très certainement tu as lues et appréciées, même si elles ne t’étaient pas adressées directement.  Mais voilà qu’on remet ça. Et de façon plus reposante. Cette fois-ci, je vais te causer musique. Et pas n’importe laquelle ! La grande musique classique. Celle de Couperin, Mozart, Wagner et autres Jean-Sébastien Bach !

 Depuis ma plus tendre enfance que je la fréquente, que je m’en repais, qu’elle fait partie de ma nourriture quotidienne, il était temps que j’en parle. Rassure-toi, je n’ai pas l’intention de te raconter la vie de qui que ce soit (peut-être un peu tout de même). Je vais plutôt essayer de rejoindre l’essentiel (comme toujours). Et de t’exposer ce qui constitue à mon avis l’idée directrice, le noyau organisationnel de la majeure partie de cette merveilleuse histoire de la musique classique.

 As-tu déjà entendu parler de la structure ternaire en musique ? Sûrement pas. J’ai cru longtemps que c’était moi qui en avais identifié le concept et inventé le terme. Mon fils, qui est pianiste et qui a fait des études en musicologie, s’est chargé de m’enlever mes illusions. Il s’agit-là en fait d’une notion fondamentale dans l’évolution de la musique classique, du moins telle qu’elle s’est déroulée dans le monde occidental.

Je vais essayer de t’expliquer en quoi ça consiste. Tu connais bien la chanson enfantine : Ah ! Vous dirais-je, maman. Tout le monde connaît ça. Mais, essayons de voir de plus près en quoi consiste sa structure interne, sur le plan musical. On y découvre une première phrase. Puis une seconde  , divisée en deux parties : l’air initial est d’abord un peu tourné à l’envers , comme une sorte de petit développement, à effet de contraste, puis est repris comme il était à la première phrase . C’est ça, ce que j’appelle la structure ternaire, dans son essence même. Ses origines sont lointaines. La grande majorité des danses du Moyen Âge sont construites sur ce modèle, en plus élaboré, bien sûr. Elle existait peut-être même avant, mais je ne suis pas assez ferré en histoire de la musique pour l’affirmer. Et, après tout, que sait-on vraiment de la musique grecque ou égyptienne au néolithique ?

Toujours est-il que très vite les compositeurs ont découvert tous les sentiers que cet univers triadique pouvait leur ouvrir et ils s’y sont engouffrés. A un moment où la musique se dotait petit à petit d’une rhétorique destinée à créer des impressions diverses chez ses auditeurs, les ensembles contrastants tels : affirmation -questionnement - réaffirmation, calme – tempête - apaisement, bonheur – tristesse - bonheur retrouvé (j’arrête là, il y a des nuées de combinaisons), ne pouvaient que séduire les créateurs et leurs auditeurs.

 Les choses ont vite évolué. Déjà au Moyen Âge, on a pris l’habitude de faire alterner les pièces musicales elles-mêmes, en donnant à celle du milieu une coloration différente de celle des deux autres qui l’encadrent. Par  exemple , un menuet , construit de deux phrases (chacune est répétée , mais cela est un détail) , est suivi d’un autre menuet (souvent appelé trio , pour des raisons techniques) , qui lui-même précède le retour du premier menuet (cette fois , les phrases ne sont pas répétées , mais cela est un autre détail ).

 Petite précision : mon fils (encore lui) prétend qu’il s’agit-là d’une structure binaire et non ternaire. A-t-on mis au monde des enfants pour qu’ils s’amusent à nous contredire? Mais je suis mal placé pour me plaindre, j’ai fait la même chose à mon père quand j’étais jeune. Quoiqu’il en soit, je pense qu’on peut parler d’une combinaison des deux structures, et affirmer que la ternaire va finir par triompher.  

 C’est effectivement à l’époque classique qu’elle va s’imposer et occuper toute la place. Et là, on s’en est donné à cœur joie. D’abord dans la structure intime des pièces musicales. Certaines formes ont gardé presque sans modification l’héritage médiéval. La forme lied, par exemple, la plus simple, dite ABA : un thème A, joué deux fois, de part et d’autre d’un thème central B, d’allure contrastante. Le menuet non plus n’a pas changé (menuet - trio - menuet), même si Beethoven va le modifier quelque peu en lui substituant le scherzo. Mais c’est avec la forme sonate que l’explosion se produit. Avec son exposition bithématique, son développement central de plus en plus élaboré, voire démesuré, sa réexposition finale, elle va progressivement atteindre une ampleur considérable, au point de friser le délire, dans les derniers moments de l’époque romantique.

 Malgré toutes ces modifications et ces amplifications, la fidélité au modèle ternaire s’est maintenue, de façon quasi-générale. Il y a des exceptions, bien sûr. Le mouvement lent de la troisième sonate pour violoncelle et piano de Beethoven ne se compose que d’une seule phrase de dix-huit mesures, qui s’écoule comme l’eau de la source, sans structure aucune et qui, pourtant, atteint la quintessence même du sublime, comme si la musique cessait de recourir à des sophistications inutiles pour se contenter, tout simplement, d’être. Mais il faut du génie pour faire ces choses-là. N’est-ce pas d’ailleurs Beethoven qui écrivait cette phrase (en français, avec le dernier mot en allemand) : « Aucune règle n’est supérieure à Schöner (plus beau) ». Traduction personnelle : Si la musique est plus belle ainsi, c’est comme ça qu’il faut l’écrire, même si c’est contraire aux règles.

 La structure ternaire a également pris en main l’organisation des différentes parties, appelées mouvements, telles qu’on les trouve agencées à l’intérieur des principaux genres musicaux. Pour éviter les complications, je vais prendre l’exemple du concerto et de la symphonie. Dans le cas du concerto, c’est plus évident car il ne comporte que trois mouvements, ce qui permet une utilisation quasi automatique de l’alternance triadique. Mais on la retrouve aussi même dans la symphonie qui comporte en général quatre mouvements. En effet , le menuet (ou le scherzo) qui s’intercale , le plus souvent, entre le deuxième mouvement lent et le quatrième plus animé , ou parfois entre le premier et le troisième  , ne joue qu’un rôle de transition ou  même de tampon entre l’Intensité dramatique ou l’explosion lyrique de ses deux voisins . C’est donc entre les trois autres mouvements qu’il faut chercher les oppositions ou les rapprochements caractéristiques de la série triadique.

 Des exemples ? D’abord une pièce en trois mouvements, la très connue Sonate au Clair de Lune que Beethoven a écrite, semble-t-il, à la suite d’une de ses nombreuses déconvenues sentimentales, celle-là avec Giuletta Guicciardi. Frantz Liszt l’a ainsi caractérisée : une fleur entre deux abîmes ! On y retrouve en effet un premier mouvement très lent, d’une tristesse alanguie, qui frôle parfois les limites d’une profonde dépression, un deuxième, sorte de  délicieux petit rêve qui évoque tout le bonheur simple qui aurait pu exister, et un troisième, brutal retour à la réalité, qui exprime le désespoir jusqu’à l’exaspération. Du ternaire à son meilleur, et surtout, de la grande et très belle musique !

 Et maintenant, la Cinquième Symphonie, toujours de Beethoven. On dit souvent La Cinquième, tout simplement, comme s’il n’en existait qu’une seule dans toute l’histoire de la musique. Moi, je l’ai découverte, j’avais peut-être 13 ou 14 ans et j’ai été envahi par toute l’intensité du drame qui s’y vivait. J’ai pu l’écouter assez souvent, malgré la pénurie de disques et d’émissions radiophoniques dédiées à la musique classique à cette époque (on est à la fin des années 40). Mais mon ami Jerry a découvert au fond des valises de sa mère un album (en 78 tours, bien sûr !) de la Cinquième jouée par je ne sais plus quel orchestre sous la direction du grand Arturo Toscanini lui-même, que la chère maman avait rapporté d’un voyage en Italie. Et, comme elle s’était également munie d’un magnétophone  (les premiers modèles, en fil métallique), Jerry avait enregistré toute la Cinquième Symphonie, ce qui nous permettait de l’écouter sans les nombreuses interruptions qu’imposaient les disques en 78 tours . Et souvent, le samedi matin, j’appelais Jerry au téléphone et je lui demandais de me la jouer. Je l’écoutais, avec avidité, avec volupté, avec respect. Je peux d’ailleurs affirmer que je suis le seul individu qui, au début des années 50, écoutait la Cinquième Symphonie de Beethoven, au téléphone, le samedi matin («allô! Mr. Guinness, s’il vous plaît!»).

 En exergue de la partition, Beethoven aurait écrit : « Ainsi le Destin frappe à la porte ». En effet, au moment où il écrivait cette symphonie, Beethoven était déjà complètement sourd, frappé ainsi par un implacable destin dans l’outil sensoriel le plus important pour un musicien compositeur. Cette musique grandiose est l’histoire, si l’on peut dire, de la bataille titanesque qu’il a dû livrer contre ce cruel destin. C’est d’abord, dans le premier mouvement, rapide, l’attaque dévastatrice du destin et de la lutte inégale qui s’ensuit. Le deuxième est une sombre mélopée, plusieurs fois répétée, où l’on retrouve l’expression de sentiments divers, lancinants mais impuissants : la détresse, le doute, la révolte. Le troisième mouvement, le scherzo, joue à merveille le rôle transitionnel que j’évoquais tantôt et conduit sans interruption à la dernière partie. C’est une phase d’extrême tension, durant laquelle on va puiser au fond et autour de soi toutes les ressources dont on dispose pour se tirer de l’abîme et parvenir à la victoire finale, que chante de façon éclatante le dernier mouvement.

 On n’est plus là  dans la simple alternance de thèmes opposés visant à tenir l’auditeur en haleine. Ici on rentre de plain-pied dans une perspective philosophique et l’on retrouve une merveilleuse illustration de ce mouvement dialectique dont le philosophe allemand G. W. F. Hegel décrivait les principes de base : Une situation de départ ou thèse, suivie d’une réaction dite antithèse, et enfin la synthèse, résultat de la confrontation entre les deux premiers. Mécanisme du devenir, qui explique bien des phénomènes importants de l’évolution du monde physique et des êtres vivants. Ici donc, la musique atteint les sommets et rejoint la trame même de la dynamique de la Nature.

 Mais aussi, et surtout, cette musique est un hymne puissant à cette merveille que l’homme a découverte dès les premiers temps de son existence et qu’il a su exploiter au maximum durant son histoire : la GRANDEUR. Le dépassement, la réalisation de soi, envers et contre tout. Le destin nous attaque, nous défait malgré une lutte désespérée. On pleure, on doute, on se révolte. Enfin l’on fouille autour et au fond de soi et l’on déterre des outils, des armes, des ressources inconnues et l’on vainc ! C’est la grandeur de  bien  de personnages illustres. Celle de Beethoven qui tirera de son infortune elle-même la source de son œuvre future. Celle de Démosthène qui , affligé très jeune de troubles de l’articulation , s’est exercé à réciter des poèmes, des cailloux plein la bouche, sur une plage, devant des vagues rugissantes et est plus tard devenu l’un des plus grands orateurs de toute l’antiquité. Mais c’est aussi celle d’humbles personnes tout à fait anonymes, qui accomplissent en silence de minuscules exploits (je les appelle des petites grandeurs de tous les jours), totalement ignorés mais dignes de respect et d’admiration. C’est enfin la grandeur des peuples, qui,  broyés par d’intolérables cataclysmes, qu’ils soient naturels ou causés par l’effarante bêtise des hommes, reconstruisent leur existence, avec une inaltérable patience et un courage insurmontable.

 Je me suis toujours dit qu’un jour j’écrirais un immense poème sur l’idée, et l’air, de la Cinquième de Beethoven. C’est le genre de rêve qui s’infiltre en nous à l’aube de nos vingt ans, qui se tapit quelque part, en veilleuse, dans notre esprit, qui s’y tient coi toute notre vie, et qu’on essaie péniblement de réaliser, à 70 ans, alors que justement les cellules cérébrales et les fonctions intellectuelles entament leur lente et inexorable descente vers l’ultime déclin. Alors, on ramasse ce qui nous en reste et l’on fait ce que l’on peut, en espérant que le résultat ne sera pas trop ridicule. Immense défi, d’ailleurs, car suivre Monsieur Beethoven dans les élans de sa pensée et la puissance de ses développements mélodiques tient tout simplement du prodige. Tout ce que j’espère, c’est qu’un jour j’arriverai au bout de ce projet et que mes amis et lecteurs pourront s’installer, texte en main, disque en marche et jouir de cette belle musique en lisant les pauvres mots qui tentent de l’accompagner.

 

 

La Grandeur

Poème sur l’air, et l’idée, de la 5ème.Symphonie de Beethoven

 

 

 1er. Mouvement

2ème. Mouvement

3ème. Mouvement

4ème. Mouvement

 

 

1er. Mouvement

 

 

|| :  C’est le Destin ! C’est le Destin !

C’est le Destin qui frappe fort à notre porte,

C’est le Destin qui rentre ainsi dans notre vie,

Sans nous le dire,

Sans crier gare,

Le Destin est bien là !

C’est le Destin !

En un instant tout est détruit, notre maison n’est plus que ruines,

Nos belles amours sont effeuillées, notre raison s’en est allée,

C’est le destin qui nous accable,

Qui fait tarir nos grands talents,

Qui nous ravit notre jeunesse

Qui prend nos yeux, nous ferme l’ouie,

Qui prive un peuple de liberté,

Le noie de boue, de trombes d’eau,

Le jette en soif, en plein désert,

Emmène ses hommes en esclavage,

Tue ses enfants, viole ses femmes,

Confère au crime

Et au malheur

Les pleins pouvoirs!

Ah!

 

Il se proclame vainqueur !

 

Pleurants, vidés, cœurs en morceaux,

La vie brisée, toute éclatée,

On n’entend plus, on ne voit plus,

On veut se dire que tout cela

N’était au fond qu’un mauvais rêve

Qu’il est parti, le monstre horrible,

Et que nos morts ne sont pas morts,

Que le bonheur est revenu

C’est le Destin qui nous revient

Il nous rappelle que tout est vrai,

Que le passé n’est plus que deuil,

Il nous accable, impitoyable,

Comme la nuit en plein midi,

Comme l’enfer en plein hiver,

Sur son passage il nous ravage

Comme la mer sur nos maisons,

Et la faucheuse dans le champ d’blé,

Nous n’avons plus le temps d’pleurer,

Il nous martèle ses interdits,

Il ne veut pas qu’on soit heureux !

Tout est fini!                                              : ||  (reprise)

 

Cruel Destin !

Pauvres de nous!

 

Péniblement, avec courage, on se relève

Déterminés, reprenant force, on lui fait face

Pour échapper

A ce géant

On veut se battre

A poings fermés

Faisant une arme

Du moindre outil

De toutes nos forces

On se défend

Tête baissée

Même contre un mur de fer

A bout de souffle

Nous ne voulons

Ni reculer

Ni lui céder

Il n’est plus temps

De réfléchir

Ni de pleurer

Ni d’espérer

Quelque pitié

Nous nous battons, crocs en avant, dents acérées

Comme deux loups qui se disputent le rôle de chef

A ces attaques

Il nous faut

Résister

Mais ce cynique destin

Jamais ne laisse

Aucun répit

Il est toujours présent

Jamais on ne peut

Se reposer

On se mesure

On s’étudie

On se prépare

À s’affronter

En corps à corps

Comme une danse

Où chaque pas

Est un combat

Où le plus fort vaincra!

Se taire, souffrir

Le jour, la nuit

Car ce Destin

Est implacable

Quoique l’on fasse

Ou que l’on dise

On ne peut pas

Lui échapper

C’est le Destin! C’est le destin!

Yeux clos, on se rappelle ce que furent la vie

Nos espoirs et les plaisirs de nos jours

 

Mais maintenant tout est détruit, notre maison n’est plus que ruines

Nos belles amours sont effeuillées, notre raison s’en est allée

C’est le Destin qui nous accable

Qui fit tarir nos grands talents

Nous a ravi notre jeunesse

A pris nos yeux, fermé notre ouïe

Privé un peuple de liberté

Noyé de boue, de trombes d’eau

Jeté en soif, en plein désert

Mené ses hommes en esclavage

Tué, violé enfants et femmes

Donné au crime

Et au malheur

Les pleins pouvoirs

Ah!

Serait-il donc vainqueur!

 

Pleurants, vidés, cœurs en morceaux

La vie brisée, toute éclatée

On n’entend plus, on ne voit plus

On ne peut plus se souvenir

 De ce qui fut notre existence

On ne peut plus même rêver

Que le bonheur va revenir

C’est le Destin qui nous revient

Il nous rappelle que tout est dit

Que la vie n’est plus que deuil

Il nous accable, impitoyable

Comme la nuit en plein midi

Comme l’enfer en plein hiver

Sur son passage, il nous ravage

Comme la mer sur nos rivages

Il ne veut pas qu’on soit heureux

Que reste-t-il de nos amours?

Où sommes-nous? Où allons-nous?

Nul ne le sait

Nul ne le dit

Un courant fou

Irrésistible

Vers les bas-fonds

Nous entraîne tous

On ne peut rien

Contre le destin! Contre ce Destin!

Tout est fini

Réalité inéluctable

Dans notre vie, bien installé, le monstre infâme nous fait la loi

C’est cette vie

Qui désormais sera la nôtre avec son lot de privations et de souffrances

Il est bien là

Notre Destin

Nous entendons ses grondements

Où que l’on aille

Nous subissons ses avanies

On se débat, on tend les bras

Pour essayer de surnager

Notre courage s’est émoussé

Comme une épée toute ébréchée

Car le désastre est bien trop fort

Et nos efforts s’en vont sans but

Comme l’animal décapité

Tournoie en vain

Jamais

Ce compagnon indésirable

Ne s’en ira

Il est en nous, nous sommes à lui

Et tous nos pas entremêlés

Dansent ensemble

Dans la plus folle des bacchanales

Faisons le deuil de ce qu’on fut

Beauté, richesses, belles amitiés

Tout n’est plus que futilités

Ce que nous sommes

Et ce qu’il est

Sont devenus inséparables

C’est dit ! C’est fait !

Nécessité ! Fatalité !

Rien n’y changera

C’est comme un pieu qui s’est plantée dans notre chair

Profondément

Supplications, imprécations, regrets amers :

C’est le Destin qui gagne enfin!

Comme l’agneau devant le loup

Il nous faut bien nous incliner

De notre vie

Il est le Maître

Dès maintenant et pour toujours, nous serons tous

Sa Proie!

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2ème. Mouvement

 

 

 

Fatigués de lutter en vain,

L’âme brisée,

Les yeux éteints,

Le cœur vidé,

Sans nulle force,

Sans nul espoir,

Nous nous taisons

Et contemplons

Toute l’horreur qui nous entoure

Et qui nous laisse anéantis

Nous regardons sans larmes

Tous les morceaux

De ce qui fut notre vie

Dont maintenant

Ne restent plus

Que débris !

Le bonheur est parti,

Le présent, craquelé,

L’avenir, un néant

Notre vie n’est plus qu’un gouffre sans fond !

Mais pourquoi ces malheurs ?

Et pourquoi rien qu’à nous ?

Et nos dieux ? Où sont-ils ?

Sommes-nous si méchants

Que le ciel lui-même se détourne

Et nous laisse tout seuls ?

 

 

Dépourvus de tout moyen

De nous sortir de ce cachot

Où nous enferme ce lourd destin

Nous regardons la terre

Endroit bientôt d’oubli et de repos

Où sont ensevelis

Ceux qui jadis en paix y ont passé leur vie

Ne pourrions-nous pas

Maintenant les y rejoindre

Nous y enfouir

Et pour toujours?

Que vienne donc la mort

Et que sa main

Nous libère à tout jamais

Pourquoi survivre?

À quoi sert-il d’exister?

Le bonheur est perdu

Disparu, l’avenir

Nous restons impuissants

Enténébrés dans ce gouffre sans fond

Pourquoi donc, pourquoi donc

Sommes-nous si punis

Nos dieux se sont enfuis

Avons-nous tant péché

Qu’indifférents à notre sort

Ils nous aient tant abandonnés?

 

Que de malheurs inattendus

Que de souffrances imméritées

Un ciel serein, et tout à coup

Survient l’orage dévastateur

Et la tornade ratiboisante

Une existence

Jusqu’à présent belle et paisible

Est dévastée

Et tout un peuple est menacé

De disparaître

Affreux destin qui nous sépare

Qui nous isole

Et nous enlève tous nos espoirs

    La vie est-elle devenue folle?

    Grand musicien sourd à jamais

    Un bon pianiste qui perd sa main

    Un grand athlète, paralysé

    Enfant vaincu par le cancer

    Mère tuée devant sa fille

    Par son conjoint

    Maison détruite par l’incendie

    Adolescent blessé, tué

    Par l’inconscience d’un conducteur

    Ivre d’alcool et de vitesse

    Vieillard lésé par un filou

Monde en péril!

Trombes de boue, un tsunami

Tout un village enseveli

Populations terrorisées

Et décimées

Un virus fou, épidémies

Enfants soldats, jeunes assassins

Sans instruction

Filles soldates, esclaves de sexe

Sans instruction

Femmes violées

Peuple affamé dans le désert

Et à ses trousses des assassins

EST-CE BIEN LA VIE SUR TERRE

OU L’ENFER À CIEL OUVERT?

 

Silence

Le calme

La paix

L’oubli

En ce temps de recueillement

Naît un rêve qui nous montre au loin

Deux oiseaux encore affamés

Tournoyant sans fin

Scrutant les débris

Espérant trouver, dans ce champ de dévastation

Un seul signe d’espoir

Un petit clignement d’œil, un bourgeon naissant

Simple promesse

De renaissance

À petits pas

Sans nous presser

Nous les suivons

Nous accrochant

A cette lueur

Encore lointaine

Qui menace sans cesse de disparaître

Ô bonheur si cher

Reviendras-tu jamais

Nous sommes prêts

A t’attendre, bien longtemps

Donne-nous rien qu’un signe

Nous aussi, dans la nuit toute opaque

Tournoyons en toupie

Dans un délire vertigineux

Sans même savoir où nous allons

Sans réfléchir aux lendemains

Sans plus sentir le cœur qui geint

Dans la grisaille qui nous entoure

Et le ronron qui nous endort

Plus rien n’existe

Qu’un tourbillon étourdissant…

 

Mais le rêve s’est évanoui

Ce n’était donc qu’une illusion

Et le soleil s’en est allé

Sans qu’il ait pu nous réchauffer

Nos mains transies, nos cœurs gelés

Là! Même nos chers oiseaux

Ne tournoient plus

Dans ce ciel mort, vidé d’étoiles, gris de nuages

Tout semble éteint, tout rétrécit sans fin

Devons-nous vivre sans espoir?

Sommes-nous nés pour le malheur?

Et pour un sombre dénuement?

C’est ça, la vie sur terre

Qui nous enlève tout ce qu’elle nous avait donné

Qu’en reste-t-il?

Des chiquetailles

Disséminées

Quant à nos dieux, ils sont dans quelque wahlala

Suprêmement endormis dans leur quiétude

Sublimement indifférents à nos souffrances

Et seuls, sans aide

Nous sommes condamnés

Oublions le bonheur

Doux et berceur

Qui jamais

Ne reviendra

Baissons la tête

Courbons l’échine…

 

Allons, oh!

Tout brisés que nous puissions être

Il faut vivre avec ce qu’on a

Grand merci à tous nos vrais amis

Qui, contre vents, marées

Nous ont accompagnés

Car tous nos dieux sont partis

Emportant avec eux nos espoirs

Et nos rêves les plus chers

Ils punissent

Sûrement

Tous nos anciens péchés

C’est maintenant le temps

De ramasser

Ce que le sort nous a laissé

Nous laverons dans l’eau boueuse

Nos souvenirs éclaboussés

C’est ainsi

Nous n’avons

Plus rien d’autre

Ce qui reste

N’est que vide et chaos

Comme un monde en folie

Qui soudain a perdu ses soleils

Ses repères, ses boussoles

Et jusqu’à ses raisons d’exister

On n’y peut rien

Plus rien

C’est la Destin!

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3ème. Mouvement

 

 

Une voix nous crie dans le désert

«Aplanissez les chemins»

Une voix nous dit d’ouvrir la route

Afin que puisse entrer la Vérité!

Mais il est où

Le vrai chemin

Qu’on doit ouvrir

Pour nous sauver

Tout est fumée

Brouillard épais

Cachant la vue

Et les étoiles

Craintives

Se sont enfuies

Voilées, noircies,

Peut-être éteintes

 

Une voix nous crie dans le désert

D’aplanir tous les chemins

Une voix nous dit

D’ouvrir la route

Pour faire entrer la Vérité

Eh!…nous faut-il, nous faut-il

Encore le répéter?

Où est-il donc

Le bon chemin

Qu’il faut ouvrir

Pour nous sauver

L’épais brouillard

Nous interdit

Toute vision

Et nos étoiles

Ne nous

Éclairent plus

Perdues, figées

Peut-être mortes

 

Une voix nous crie dans le désert

« Aplanissez les chemins!

Faites entrer la Vérité! »

Mais tout seuls et sans lumière

Sans un bon guide

Auquel on peut faire confiance

Nous tâtonnons

Et nous perdons

Les repères d’une bonne issue

Notre front se heurte

Sur une muraille

Que nous ne pouvons franchir

Nous cherchons

Désespérés

Une fissure

Où nous pourrions

Nous évader

Pour toujours

De cette geôle!

Qui guidera

Nos pas boiteux

Nous montrera

La Voie?

 

||: Mais non jamais, au grand jamais

Ne nous laisserons mener

Vers de sombres aventures meurtrières

         Par de cyniques chefs de guerre

         Aussi criminels

         Que les fous qu’ils prétendent combattre…

                    Nous repoussons avec ardeur…

                              Ces dieux obtus

                              Créatures nées de l’ignorance

                              Et qui oppriment

                              La Justice

                              La Vérité

                              La liberté   :||

La liberté!

 

Trouverons-nous le sens

Que nous voudrions donner

A ces souffrances

Déchirantes, inutiles

Dans la vengeance, la haine et l’oppression

Le mépris des droits d’hommes

               De femmes et d’enfants

               Dont l’existence sans cesse est de partout menacée…

                          Nous récusons tout arbitraire…

                                    Nous voulons crier notre opposition

                                    À tous ces apôtres

                                    De haine, de violence

                                    Qui par le mensonge

                                    Recueillent les fruits

                                    De toute la misère

                                    Et de l’amertume

                                    De gens opprimés

                                    Il leur faut

                                    Respecter

                                    La Justice

                                    La Vérité

                                    La Liberté

La liberté!

 

Mais où trouver donc un sens

A notre vie en lambeaux

Où, dans la paix

La confiance et l’espoir

Pouvons-nous retrouver

Le chemin disparu

              Seuls, sans guide et sans phare                                                                                                                              

              Sans trop savoir où est le but

              Où aller, ce qu’il faut chercher…

                          Devons-nous suivre de près

                          L’oiseau blessé

                          Qui cherche à retrouver

                          Son cher petit nid, son vrai port d’attache

                          Partir avec lui

                          Dans la nuit

                          Le silence qui l’imprègne

                          Et revenir à l’essentiel…

                            

 

Que nous dit la voix dans un murmure

«Cherchez votre propre chemin»

Que nous clame-t-elle quand on veut l’écouter

«Consultez les secrets de votre cœur»

Le dur destin

S’est accompli

Le dos courbé

L’esprit crispé

Sans guide aucun

Nous comprenons

Que le secret

Est bien tapi

En nous

Et que c’est là

Qu’il faut trouver la clé

De cette porte close

Nous allons creuser, avec nos ongles

Même le roc, si dur qu’il soit

Même le mur qui nous encercle

Nous tendons nos cœurs altiers

Comme des arcs

Nous raclons

Tous les coins de nos caboches

Provoquons le déclic

Découvrons l’idée – choc

Qui pourra nous sauver

En ces moments critiques

L’ennemi cruel

Il nous faut le changer

En un bon et fidèle serviteur

C’est donc ainsi

Qu’on le vaincra

C’est donc ici

La Voie!

Aaaaaahhhhhh

La Voie s’est ouverte toute grande

Et belle, et claire

Pareille au clin d’œil

D’une étoile

Telle l’aube d’un jour très pur

On s’y est engouffré

Avec la confiance

D’avoir trouvé

La bonne issue

Et nous avons chanté…

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4ème. Mouvement

 

La Victoire,

Celle des inconnus

Qui dans l’ombre

Dans l’oubli

Affrontent seul

Et sans espoir

Leurs ennemis

L’adversité

La maladie

Et la misère

La haine aveugle

Ou simplement

L’indifférence des gens heureux

Ils pétrissent de leurs mains ensanglantées

L’univers contraignant où ils doivent survivre

Répétant aux fil des jours les mêmes gestes

Prennent soin sans relâche

D’êtres chers éclopés

Luttent contre un destin

Qui leur a enlevé

Leurs espoirs légitimes

Et leur a coupé les ailes

Mais ils regardent

Leur long combat

Si douloureux

Interminable

Et malgré tout

Dans leur malheur

Ils en ressentent

De la fierté

Ils sont les vainqueurs

Oui, ils sont les vainqueurs

Car, avec leurs lambeaux de vie

Des miettes d’anciens bonheurs

Chaque heure de souffrance

Chaque ondée de larmes

Engendrent sans fin

De la grandeur

De tous les jours

Petits miracles

Inaperçus

Toujours discrets

Et sans éclats

 

Mais cet exemple

Leur vient d’en haut

De gens connus

Ce musicien

Qui n’entend plus

Et ce pianiste

Qui perd une main

Et cette athlète

Aux pieds gelés

Et beaucoup d’autres

Aux noms célèbres

Ils ont souffert

Ils ont pleuré

Vécu à fond

Leur impuissance

Ils ont crié

Tourné en rond

Cherché partout

Une voie d’issue

Qui eût conduit

À l’excellence

Ils ont re-trou-vé

Tous les morceaux éparpillés

De leurs espoirs déchiquetés

Et

Tel un «dieu aveugle

Qui créerait des soleils»

Ce musicien nous entraîne

Vers les sommets

L’athlète aux mains d’acier

Défie le temps véloce

Tous, ils font rêver des jeunes

Qui prennent en mains leur existence

Ils sont des phares

Qui éclairent

Dans la nuit

Le chemin à suivre

 

 Aaaaahhhh !

Mais

Qu’auraient été

Ces existences

Sans ce Destin ?

La belle athlète

Eût-elle été

Une déesse

Si elle avait

Tous les moyens 

Des gens normaux ?

Le musicien

Sans sa prison

Eût-il atteint

L’inaccessible ?

Un bon destin

Porte à se contenter du gazouillis des gais serins

Et c’est aisé

De faire en sorte de ne produire que du joli

Mais les malheurs

Dont on se plaint

Donnent parfois

Un idéal

D’accomplissement

Qu’en temps normal

On n’eût osé

Imaginer

Et nous insufflent

La volonté

De le poursuivre

Sans nul répit

Et le clairon

Clame l’amorce

D’un élan

Vite dépassé

Porté

Par le Destin

On va

Grâce au Destin

Plus loin

Destin porteur

Plus vite

Destin monture

Plus haut

Destin tremplin

On crée

Destin idée

Plus beau

Destin servile

Hissé

Destin ami

Près des étoiles

Et

Quand on parvient

À harnacher

Le dur Destin

Quand il devient

De force ou gré

Notre complice

Jusqu’aux sommets

Nous pourchassons

L’I-dé-al !

Quel dieu infâme

Quel sort injuste

Peuvent empêcher

Que l’on vainque

Nos démons

Qu’on devienne

Malgré tout

Contre tout

Ce qu’on veut

Que l’on soit ?

Mais…

 

Prenons un peu le temps

De nous rappeler

Ces durs moments

Où nous avons

Fouillé nos cœurs

Pour y trouver

La vérité

Elle était là

Au fond de nous

Toute belle

Nous avons donc conjuré le sort

Et nous avons chanté…

 

La victoire

Celle de tous ces peuples

Embourbés

Bombardés

Que la Nature et la bêtise des autres hommes

Ont assaillis de toutes parts et sans pitié

Sous le regard indifférent des autres peuples bien nantis

Quant ils fouillent de leurs mains ensanglantées

Les décombres tout fumants de leur existence

Ils découvrent, ensevelies, déchiquetées

Quelques maigres parcelles

De vie et de survie

Laissées éparpillées

Par les catastrophes

Sans cesse répétées

Qui les ont assaillis

Mais ils regardent

Leur long combat

Si douloureux

Interminable

Et malgré tout

Dans leurs malheurs

Ils en ressentent

De la fierté

Ils seront vainqueurs

Ils seront les vainqueurs

Car, c’est avec la fange infecte

Où baignent leurs pieds meurtris

Qu’ils vont pouvoir édifier

De belles et grandes cathédrales

Et de grands palais

Pour y abriter

Leurs grandes Valeurs

La Vérité

Et la Culture

Se rebâtir

Un avenir

De dignité

 

A travers eux

Suit son chemin

L’Humanité

Chemin semé

De cataclysmes

De crimes aveugles

De guerres iniques

Elle a lutté

Contre des monstres

Qui ne voulaient

Que leur profit

Elle a crié

Et protesté

Des courageux

Se sont levés

Pour inventer

Des voies d’issue

Et reconduire

L’Humanité

Sur le chemin

De l’excellence

Elle a re-trou-vé

Après des ravages insensés

Des façons d’émerger toujours

Et

A changé en bienfaits

Tout ce qui l’a blessée

Bien de ces engins de mort

Sont devenus

Agents de guérison

Ou d’excellents outils

Elle enthousiasme

Sa belle Jeunesse

Si généreuse

Nous impose

Les Droits d’Autrui

Pour protéger

Les démunis

Les opprimés

Les tout-petits

Elle est passée

De prédatrice

À protectrice

De la Nature

L’Humanité

De son Destin

Maîtresse enfin

Mais d’où tient-elle donc

Cette impulsion

Vers l’excellence

Nous viendrait-elle

De l’aube des temps de notre espèce

D’un ancien legs  

Du Très Grand Ancêtre ?

 

Un jour, seul dans la savane

Un Homme s’est mis debout

Né faible et tout démuni

Nu et sans défense

Sans griffes puissantes

Sans ailes porteuses

Ni dents acérées

Pour survivre et se faire sa place

                     Pendant qu’autour de lui s’égaye

Pataud

                    Une flopée d’êtres ailés

Lourdaud

                    Épanouis dans la nature exubérante

Sans Avenir

Con-dam-né !

Un jour, seul et contre tous

Cet Homme s’est redressé

Met à profit ses ressources

Sa faiblesse même

Son intelligence

Encore toute fraîche

Se crée des outils

Dompte cette hostile Nature

                    Devant ces folles envolées

Rusé

                    Haute voltige et gambaderies

Vaillant

                    Face à ces êtres plus doués

A repoussé

Toutes ses limites

Intellectuelles

A raffiné

Ses grosses mains

Même esquissé

Sur les rochers

Les premières lignes

De L’Art Humain

Jeté les bases

Du Sens Moral

Oui

L’Homme

Surmontant les défis

De ses propres origines

Partant à la conquête

Du très vaste Univers

Par delà les horreurs

Qui barbouillent son histoire

A travers les ravages

Crimes et destructions

Que ses démons idiots

Et l’insouciante

Folle Nature

Ont pu causer

Clame fort,

Et pour toujours

Sa Victoire !

Des sombres cataclysmes

Il émerge toujours

Ensanglanté, déchiqueté, et tout meurtri, désespéré

Plus fort

La Nature et les fils et filles de l’Homme

Claironnent

Leur fierté

Devant ce grand pouvoir

De tant se dépasser

De forcer, d’avancer, de lutter et de triompher !

Tout, tous

Scandent un mot

GRAN – DEUR !

 

 

24 Juin 2009

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